« Il vaut mieux donner un biberon avec amour que le sein à contre-coeur » : NON !

Ahhh cette phrase qu’on ressort à toutes les sauces pour déculpabiliser les mères qui n’allaitent pas !

Alors, d’abord, mettons les choses au clair: oui, évidemment, l’amour de la mère est absolument important pour l’enfant. Et oui, bien évidemment, une mère qui n’allaite pas (par choix ou par échec) peut tout à fait aimer son enfant de tout son coeur. Et ce n’est pas parce qu’elle n’allaite pas que cela fait d’elle une mauvaise mère, évidemment que non !

Cela étant dit, je ne suis pas d’accord avec cette fichue phrase: « il vaut mieux un biberon donné avec amour qu’un sein donné à contre-coeur ». Parce que justement, de toute façon, une mère aime inconditionnellement son enfant. Donc, allaitement ou pas, l’enfant est aimé. Et le sein est tellement largement supérieur au biberon que je ne comprends pas qu’on puisse dire qu’il peut « mieux valoir » un biberon qu’un sein. Imaginons un enfant allergique aux PLV (protéines de lait de vache). Imaginons même qu’il y a soit fortement allergique, du genre dangereusement. Est-ce qu’il est vrai qu’il vaut mieux que sa mère lui donne un biberon de lait artificiel plutôt que de lui donner son sein ?

Bien sûr, tous les bébés ne sont pas de grands allergiques. Mais pour tous, la qualité du lait maternel surpasse celle du lait artificiel, et cette qualité aura des influences sur sa vie entière.

Et puis surtout, hormis ce petit laïus méchamment culpabilisant, il convient de rappeler que l’allaitement nous fait produire de l’ocytocine en grande quantité. L’ocytocine, pour rappel, est l’hormone de l’amour. Je me demande donc si il est vraiment possible de ne pas aimer un enfant qu’on allaite?
Quant au fait de donner le sien à contre-coeur, je dois reconnaître que j’ai vécu cette situation durant quelques jours, peut-être quelques semaines, même. A partir du 3ème jour de ma fille, j’ai eu de vives douleurs lorsqu’elle tétait, même si je n’avais pas de crevasses et que la position était correcte (avec le recul, il me semble que le problème devait venir de sa bouche trop peu ouverte). Lui donner le sein était un combat, j’en pleurais. Mais je voyais bien qu’elle en avait besoin, que mon corps était fait pour l’allaiter! Alors j’ai persisté… Et avec le temps, les douleurs se sont atténuées et ont fini par disparaître. Aujourd’hui, j’allaite encore avec plaisir après plus de 2 ans. Et pourtant, il arrive encore que certaines tétées m’exaspèrent: quand elle tète trop longtemps à mon goût, d’une façon agaçante, en me pinçant, etc… Oui, il m’arrive de lui donner le sein à contre-coeur. Mais je reste entièrement persuadée que ça reste largement préférable à un biberon, fusse-t-il donné avec amour les yeux dans les yeux.

De nombreuses femmes vivent mal leur grossesse, ne se sentent pas bien psychologiquement et/ou physiquement en étant enceinte. Oserait-on pour autant dire qu’il vaut mieux un bébé prématuré mais aimé en couveuse qu’une grossesse mal vécue jusqu’à son terme ?

C’est mon point de vue, il a le droit de ne pas être partagé, j’ai l’habitude !


Billet publié initialement sur le blog Maternage d’Hélène, le 23 février 2011.

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15 réponses à “« Il vaut mieux donner un biberon avec amour que le sein à contre-coeur » : NON !

  1. Bien d’accord avec toi!! Merci pour cet article qui reflète ma pensée et surtout l’analogie avec la grossesse qui est bien trouvée. Pour ma part grossesses très dures et même vécu du début de mon 1er allaitement (qui est tjs en cours, bientôt 2 ans), beaucoup de douleurs, de rejets pendant 3 semaines (bébé nourrit à la seringue… je tire-allaitais), mais alors ZERO regrets et le sentiment satisfaisant d’avoir donné le meilleur à ma fille malgré tout même si les 1ers temps n’ont pas été évidents.

  2. 3 ans de tétées avec n°1 et nous en sommes à 25 mois avec n°2… Bien sûr qu’il y a eu du « à contrecoeur » (quasi 1 an de tétées allongée pour le deuz, merci le REF, et j’ai tenu et maintenant c’est extra et on a bien fait de s’accrocher !)… Mais je suis sûre que les mamans/papas qui donnent le bib le font parfois à contrecoeur ! Tout comme parfois ça nous gonfle de bercer 3 plombes, de sortir avec le porte bébé/une poussette parce que il n’y a que ça qui l’endort… Et pourtant on aime être parents ?

  3. Cette phrase-là, qu’est-ce que je la déteste depuis qu’une puéricultrice me l’a sortie à ma sortie de la maternité. Je cherchais de l’aide pour bien démarrer mon allaitement, on me proposait le biberon, cherchez l’erreur…

    Tu exprimes parfaitement ce que je ressens ! Merci pour ton billet !

  4. J’ai accompagné des jeunes mamans pour qui l’allaitement était une épreuve vraiment insurmontable pour elles , tu dois pas nier cela , parce quel’accompagnement on le rencontre et franchement t’as bô être pro allaitement , tu sens bien que pour certaines mamans c’est un acte qu’elle n’assume pas et situ voyais leur bébé c’est aussi très difficile pour eux …..Même si le sein et le lait maternel est le lait le meilleur on le sait !

    l’acte d’allaiter demande bcp de détermination , il nous invite a nous surpasser dans certains cas , a grandir la continuité du passage de l’accouchement ….. Mais pas toutes sont prêtes ale vivre et a le mettre en place ….

    Donc j’ai vu des mamans qui pour elles a ce moment donné dans leur vie du moment donner un biberon avec amour ……

    Ce sont mes expériences en tant que consultante à Marseille .

  5. Hélène, ton billet me conforte dans l’idée qu’allaiter se prépare. Se réconcilier avec certaines périodes de sa vie, certaines parties de son corps.
    Pour les douleurs, je les ai ressenties aussi, mais je sais pas comment t’expliquer, je savais que j’allais avoir mal à un moment ou à un autre. Du coup, je l’ai mieux vécu.
    Ah et bien sûr j’aime beaucoup ton billet !

  6. Moi je dis que c’est quand même dommage qu’on en soit arrivé à dire que l’on souffre d’un allaitement. Je ne dis pas qu’il n’y a pas des mamans qui souffrent vraiment. Je trouve ça dommage qu’on en soit arrivé à se poser une question si simple et si évidente (normalement). Le LA a fait des ravages pas seulement sur les bébés, mais sur la nature humaine. C’est quand même triste de se dire qu’on est obligé de se préparer à allaiter (psychologiquement), moi même je me suis retrouvée perdue avec cette petite chose dans mes bras, à ne pas savoir comment faire pour la mettre au sein. Je trouve pas ça logique. La génération biberon de nos parents nous a fait du mal qu’on le veuille ou non. On ne sait plus allaiter naturellement, on a jamais eu de modèle autour de nous. Par contre on sait tous donner un bib…

    • Je suis d’accord avec toi, il y a eu une rupture générationnelle.
      Peu de nos mères nous ont allaité et mes grands-mères me parlaient de l’allaitement comme une contrainte, bien heureuse de pouvoir donner du lait concentré Nestlé à leurs bébés de 3 mois.
      Pourtant mon arrière-grand-mère par exemple avait allaiter mon grand-père jusque ses 3 ans.
      Quand on connait l’histoire du biberon, il était loin d’être une méthode hygiénique pour nourrir un enfant…

  7. J’ai connu une fille qui avait une vraie répulsion à l’idée d’avoir son bébé accroché à son sein. Elle en parlait avec des mots très durs qui me choquaient, mais c’était une amie alors j’essayais de comprendre …
    Jamais elle n’aurait pu envisager un allaitement

  8. je suis une de ces mamans qui souffrent en allaitant. mon fils a 21 mois, il n’a jamais eu de biberon, jamais eu de LA. que du LM à la source. et pas loin de 99% des tétées sont ultra douloureuses. je suis passée par les crevasses sanglantes du début, et les « au bout de 6 semaines 2 mois, ca disparait, faut s’accrocher ». Je me suis accrochée, les douleurs aussi hélas.
    Tout a été étudié : position, succion, frein de langue, palais creux, mycose, staphylocoque doré, candidose, j’ai eu des médicaments contre la douleur, des corticoïdes même (nerisone); et mon pdiatre, spécialisé dans l’allaitement, titulaire d’un DU allaitement, et consultant en lactation, ancien président de la cofam, se trouve impuissant face à ces douleurs. Tout est normal chez mon fils et moi.
    Elles varient d’atroces (j’en ai vomis de douleurs) à « supportables mais quand même ». mais pas le choix, je ne pouvais pas lui donner de LA, donc j’étais condamnée à donner le sein… donc dans mon cas, on peut dire que je l’ai donné bien souvent à contre coeur, mon lait… mais quelle fierté de voir qu’il grandissait grace à moi et à mon lait magique et que même si je souffrais, lui il n’avait pas à en payer les conséquences…
    Voila, nous allons doucement vers le sevrage naturel, nous tentons de fabriquer le petit frère ou la petite soeur… et j’espère très sincèrement ne plus revivre ces douleurs. mais si c’est le prix à payer pour assurer à mon futur enfant un bon départ dans la vie, eh bien tant pis
    donc cette phrase, vous n’imaginez pas ce qu’elle peut me faire du mal. parce que j’ai eu un accouchement merdique et que mon allaitement cétait la seule chose que je pouvais offrir à mon fils en compensation, et pour que moi même je puisse me pardonner du jour de sa naissance. la seule chose qui me rattachait à l’idéal maternel que j’avais. alors donner le biberon, jamais. j’aurai pas pu. j’ai fait une dépression du post partum après l’accouchement, à cause des conditons de la naissance. même aujourd’hui je ne me suis pas encore guérie… donc le biberon, ca aurait été mon arrêt de mort…
    pardon pour ce pavé

  9. Tout a fait d’accord avec toi,je ne supporte pas non plus cette phrase.

    Malheureusement,dans pas mal de maternités elle sert d’argument,plutôt que d’aider les allaitantes a surmonter leurs soucis, on les guide vers une solution de facilité (pour eux,pas pour la maman),c’est tellement plus simple de coller un bib dans la main d’une maman affaiblie et en difficultés en la déculpabilisant plutôt que de prendre du temps a lui expliquer comment mettre son bébé au sein,pourquoi elle a mal et lui dire que cette douleur n’est que provisoire, la rassurer, corriger ses éventuelles erreurs … et qu’ensuite elle fasse passer le message aux futures mamans de son entourage.
    Et la comparaison avec le bébé préma en couveuse est tellement juste.

  10. Bien que pas forcément d’accord avec ce que je lis, je peux comprendre votre pt de vue sur allaitement. Par contre la comparaison avec la couveuse est totalement fausse. Un enfant prématuré peut mourir en couveuse car ses poumons ne sont matures mais aucun enfant ne mourra si sa mère choisit le biberon ( avec ou sans bisphénol) plutôt que son sein.
    Allaitement =plaisir partagé. Si tel n’est pas le cas alors ne vaut-il mieux pas donner le biberon ? De plus on peut faire un refus d’allaiter au 1er bb et avoir envie d’essayer au suivant.
    Ayant vue le regard courroucée de mes collègues car je ne voulais pas allaiter, je n’ai pas pu partager leur expérience sur la maternité.

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