Mère laitière à l’hôpital

Billet originalement publié le 23 mars 2011 sur le blog de McMaman, au retour de 6 jours à l’hôpital avec mon fils de 8 mois, pour une bronchiolite surinfectée, et partagé dans le numéro 88 du magazine Allaiter Aujourd’hui.

Oui, oui, j’avais dit que le sujet était clos. Mais je sais que tu les aimes, mes seins, et que tu ne t’en lasses pas. Et puis j’avais envie de t’en parler de la folle semaine de mes nichons en Pédiatrie, alors voilà. Après tout, on est chez moi, non ?

Mes nibards et moi sommes indissociables dans l’esprit du précieux : 8 mois et des brouettes que ça dure. Maman = Seins (entre autres). Mère laitière, je te dis. On était parvenus à un accord tacite qui nous convenait à tous les deux : tétées à volonté, mais dans sa chambre, juste nous deux. Bah oui, le petit garçon en pleine découverte Tchoupiesque de la vie a tendance à se déconcentrer facilement, et les étirages de tétons, ça va bien 5 minutes.

En arrivant aux urgences pédiatriques, j’ai vite compris 3 choses :

1. Mes nibards calment mieux et surtout plus vite le précieux qu’un suppo de Doliprane (surtout quand on l’attend 3 heures).

2. J’allais devoir allaiter sur une chaise pliante sans accoudoirs, dans l’encadrement d’une porte, sans intimité ni respect. Et donc avec étirage de tétons. Génial. J’ai découvert des positions d’allaitement dignes du Cirque du Soleil : passer sous les fils, hop, ne pas écraser la perf, attention au capteur… Du sport.

3. L’allaitement, pourtant recommandé blablabla par l’OMS blablabla, ça passe parfois pour une médecine alternative un peu vaudou aux yeux du personnel médical. Et j’allais donc devoir me battre (à coups de pelle) pour dégainer mes miches quand bon me semblait. Tu me diras, avec mon tshirt mamaNANA « Open all hours » (pas encore niqué à l’époque), je crois que le message était assez clair. Voire limpide.

Petit florilège de réflexions entendues pendant cette semaine fort agréable :

« Ah vous allaitez encore ? Bon, il va falloir le mettre au repos digestif, car l’allaitement ça fatigue. Donc pas de tétée ». Compte là-dessus. Mon précieux, s’il voit sa mère et qu’il veut téter, il tète. De toute façon j’ai pas le choix : il va s’arquebouter, se contorsionner et réussir à me laisser une jolie auréole de bave sur le tshirt pour m’expliquer en toute simplicité que c’est là qu’il veut aller. Et maintenant. Alors je l’ai expliqué, genre 46 fois, que je le connaissais un peu mon précieux, rapport au fait qu’on formait une équipe assez solidaire depuis quelques mois, et que si je lui donnais pas le sein, il allait juste hurler à la mort pendant des heures. Et que forcément, l’aspect « l’allaitement ça fatigue » se trouvait bien contrebalancé par « hurler à la mort ça fatigue aussi, et pas que le bébé ».

Faut pas rêver, m’ont pas crue. M’en fous, j’avais déjà le sein dans la bouche du petit, qui, en l’occurrence, tétouillait plus qu’autre chose, comme s’il avait besoin (oh ?) de se rassurer et d’être réconforté. « Vous avez pas une tétine plutôt ? » J’en ai deux, connasse.

Bien sûr, quelques heures plus tard j’ai eu droit au paternalistement casse-ovaire « On vous avait pas dit pas d’allaitement ? ». Si, mais j’ai dit que ça ne nous convenait pas. Vous voulez qu’il se repose ? Y a que comme ça qu’il arrive à s’endormir avec tout le bordel que vous foutez autour de lui. Venez pas me les briser.

La cerise sur le pompon, ça aura quand même été cette puéricultrice : « 8 mois et demi, vous l’allaitez encore ? Ah mais ce ne sont que des tétées plaisir pour vous alors ? » Bien sûr, je le force à me brouter le nichon car j’ai rien d’autre dans ma vie. J’aime tellement ça que je lui enfourne le mamelon quatre fois par jour, le pauvre, il en pleurerait presque. Et sinon, on vous a jamais dit que la base de l’alimentation des bébés et des tout-petits c’était le lait, et pas juste le Gallia qui trône sur votre chariot dans le couloir ?

Je frôlais le désespoir de l’allaitante esseulée en terre inconnue quand la diététicienne est venue me demander ce que mangeait le petit. Blasée, j’étais. Je réponds que je l’ai diversifié et que je complète tous les repas à sa guise avec du lait. Et là, une grande lumière envahit la pièce et mes canaux lactifères en frémirent de contentement : « De toute façon l’allaitement prime toujours sur le reste à cet âge. » Limite smiley panda sautillant et tout ça.

Pour vous dire qu’à partir de cet instant, j’avais une alliée, et qu’il fallait plus trop me faire chier. Bon d’accord, fallait déjà pas trop me faire chier avant, mais là c’était encore plus jouissif.

Pendant cette semaine longuissime, je n’ai pas quitté mon petiot, et lui n’a quasiment pas quitté mon sein. Il s’y endormait, s’y reposait, y riait et reprenait des forces contre moi. Je suis persuadée que ça l’a aidé à se battre, et moi à me sentir un peu moins inutile. Au milieu de toutes ces perfusions, tuyaux, capteurs, pansements, seringues… mon sein, tout connement, tout naturellement, l’aura aidé. Je crois que je n’ai jamais autant été heureuse d’avoir fait de cette relation un « allaitement long », comme on dit.

Le jour de la sortie, la pédiatre précédemment doté du super pouvoir d’invisibilité est venue ausculter le précieux, alors, bien sûr, pendu à mon sein. Louve et lionne, je m’attendais à une réflexion déplacée sur l’inceste, la régression ou la fusion. Mais c’est sur la pointe des mots qu’elle m’a dit que ça serait bien si je continuais encore un peu, rapport aux microbes et tout, et elle a été ravie quand je lui ai dit que mon lait n’était, me semble-t-il, pas périmé, et que je comptais bien continuer tant que le nain en aurait envie, besoin, qu’importe.

Vendredi, c’est la Journée Internationale de l’Allaitement, et j’aurais bien envie de les envoyer là-bas, les filles de la pédiatrie, pour qu’elles révisent un peu. J’allaite, et je t’emmerde toujours autant. Si ce n’est plus.

Bons nibards à toutes.

Une pensée à toutes les mamans allaitantes et tous les bébés lactoliques hospitalisés. Je suis une Seinte s’engage à soutenir et informer ces mamans et les professionnels afin que l’allaitement soit respecté, compris et encouragé dans des situations aussi difficiles.

Publicités

9 réponses à “Mère laitière à l’hôpital

  1. Merci pour ce superbe témoignage.
    Incroyable qu’il faille encore se battre pour une chose si simple, qui aide beaucoup plus que toutes les perfusions du monde. Un sein, du lait, une maman, un bébé. Je n’en reviens pas que ce soit le « corps médical » lui-même qui dénigre l’allaitement. Quand c’est la belle-mère, la boulangère, le cousin, etc, on se dit que bon ben oui, ils savent pas, ils sont restés sur les idées de y’a 20 ans, on répond/on répond pas, on s’en fout en fait. Mais les pédiatres, toubibs, puéricultrice, etc… là je tombe des nues. Bon courage, et merci pour ce blog.
    Une jeune maman (bb a 6 mois1/2) qui allaite et pensait cela comme une évidence et découvre que ce n’est pas si évident que ça dans un monde « civilisé » au XXIème siècle…

  2. Je comprends tout à fait, j’ai allaité mon fils 34 mois… Heureusement que je n’ai jamais eu à faire à des gens comme ça, sinon je n’ose même pas m’imaginer les réflexions auxquelles j’aurai eu droit quand mon « bébé » de 34 mois et de 1m05 était en train de tétouiller!

  3. super !!
    je suis aussi une mam’allaitante ❤
    j'allaite mes 2 petits de 33 et 9 mois, c'est que du bonheur !
    et comme toi "j'emmerde" tous ceux qui se mettront sur mon chemin :p

  4. ouaip !la tétée prime sut tout pour un ptit bout malade, angoissé, etc… moi ce qui me tue, c’est qu’il y aurait eu des mamans, contraintes car désinformées, d’arrêter d’allaiter face au personnel médical qui pete souvent plus haut que leur cul !! l’allaitement aide à une guérison plus rapide !!

  5. Très beau billet…
    En néonat, c’est une pédiatre ayant elle-même allaité ses enfants qui a sauvé notre allaitement. Sans elle, ma fille n’aurait eu mes seins que jusqu’à 5 jours de vie (donc elle n’aurait pas été allaitée). Ils étaient totalement incompétents en allaitement, sourds à mes demandes et exigences. Ils avaient le pouvoir de m’imposer leurs principes et leurs règles (puisque je ne pouvais pas débrancher ma fille sans l’aide du personnel), donc ils ne s’en privaient pas !
    Incapables de soutenir une mère allaitante, ou même de simplement écouter ce qu’elle a à dire, ce que le bébé souhaite, ce qui est le mieux pour lui et sa santé. Et pourtant, en néonat, ils réclament le lait des mères pour nourrir les prémas…

  6. Je crois que c’est sur cet article que je t’ai découverte ! (mode émotion ON).
    Dingue qu’en plus des seins il faille parfois des… ovaires bien accrochés !

  7. Super! Tout y est dit. Comme on est mis en doute dans des structures ou ce devrait être l’inverse. Comme on se retrouve face à des milliers de préjugés à la con. Et comme au final, on reste accroché à cette idée que non, on n’est pas des dégénérées de l’affectif qui comprenons moins bien que n’importe quel étranger ce qui est primordial pour notre enfant. Cet article renforce mes convictions et me prépare à affronter l’ennemi.

  8. Coucou !

    Je viens de voir ta photo dans le Grandir Autrement !
    Je vais lire l’article associé quand mini troll sera à la sieste.
    Ce n’a pas du etre évident à vivre (allaitement ou pas , dans tous les cas).
    Plein de bisoux !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s