Le bonheur est dans le Néné

Je ne sais pas trop par où commencer… Par le début ce sera bien, je pense. Voilà donc, en juin de l’année dernière, j’apprends avec joie et allégresse que je suis enceinte, oh, ah, super, chouette !!! La grossesse se passe bien, très bien même (je ne m’étale pas je risque de faire des envieuses). Nous choisissons une préparation à l’accouchement version haptonomie et souhaitons que tout cela se passe le plus naturellement possible. Notre premier achat sera une écharpe de portage et notre (ma) première décision ferme et sans concession sera l’allaitement ! Au moins jusqu’à six mois ! Je prévois d’ailleurs un congé parental… J’avale des tonnes de bouquins sur le sujet et je mets à profit mes heures d’insomnies en parcourant le web. Autour de moi personne n’allaite, pas de conseillère personnelle vers qui me tourner donc on fait avec les moyens du bord…

Le 23 février dernier, vers 2h du matin, sensation étrange et humide, nous filons à la maternité. Je me sens bien, confiante ; je me remémore les conseils de notre sage-femme, j’ai hâte de rencontrer notre fille. Arrivés là-bas, on nous installe dans une chambre ; tout en regardant un bon documentaire sur la musique rock, nous patientons. À partir de là, les choses ne se présentent pas forcément comme je le prévoyais… La poche des eaux déjà rompue, j’ai interdiction de me lever voire même de m’asseoir, je patiente donc allongée, sans pouvoir mettre en pratique ce que nous avions répété. Vers 10h, salle de travail. Je craque (premier échec personnel) et accepte la péridurale si gentiment proposée. On me dit que notre bébé n’est pas très bien positionné. Nous patientons encore et aux alentours de 15h, le verdict : « Nous allons devoir faire une césarienne »… Et vlan ! (deuxième échec personnel et pas des moindres)

Après avoir vu ma fille apparaître de derrière un grand drap bleu, je l’embrasse, et elle file avec son papa pendant que l’on me referme. Je la retrouve dans les bras de son papa, en salle de réveil. Je ne sais pas trop comment expliquer ce que je ressens à ce moment. Je sais bien qu’il s’agit de notre enfant, de ma fille, mais il me manque quelque chose. J’ai l’impression qu’elle est née par prestidigitation et même si j’étais au premier rang je n’étais que spectatrice.

Une puéricultrice me la dépose alors sur moi et m’aide à la mettre au sein pour sa tétée de bienvenue, elle tète très bien selon ses dires. Super ! En voilà une bonne nouvelle, après la claque que je viens de me prendre. Je m’abandonne… Je profite de l’instant présent et ne pense à rien d’autre, je me dis que tout va bien aller.

On nous installe dans une chambre et on me donne une feuille et une brochure sur l’allaitement maternel à lire attentivement où sont bien expliqués le colostrum, les tétées, la montée de lait,etc. Mon cher et tendre doit s’en aller, je reste seule avec ma fille et je ne peux pas bouger comme je voudrais. Je suis sonnée par l’opération, je suis perfusée et reliée par une sonde à un joli sachet plastique accroché à mon lit ! Je ne peux pas me lever et pour couronner le tout, on m’annonce que je n’ai pas le droit de manger jusqu’au lendemain.

Je suis donc forcée d’appeler pour qu’on m’aide à prendre mon bébé et à le mettre au sein. Je ne peux quasiment rien faire seule et ce sentiment d’impuissance s’ajoute au fait que je n’ai pas été capable de mettre au monde mon enfant ! Le premier jour se passe, ma TyPoulette dort beaucoup et tète peu mais bien, ou tout du moins elle a une bonne succion. J’essaie de digérer ce qui vient d’arriver mais j’ai le moral dans les chaussettes et je ne peux m’empêcher de pleurer. Le lendemain je suis bien contente d’avoir pensé à apporter un coussin d’allaitement et des oreillers, car mon ventre est très douloureux au niveau de la cicatrice et les tranchées n’arrangent rien… Ils me sont alors très utiles pour caler ma Poulette pendant les tétées en évitant de la faire reposer sur mon ventre. (Pendant les trois premières semaines, je n’ai allaité que grâce à la position de « ballon de rugby », ou éventuellement couchée sur le côté – quand cela a été possible – avec un coussin entre mon ventre et ses petits pieds.)

Cette nuit-là ma TyPoulette dort six heures d’affilées et la puéricultrice qui vient me voir le matin me dit que ce n’est pas bon pour la montée de lait, qu’il faut la réveiller pour qu’elle tète, ce qu’elle fait. Elle me la colle sur le sein, ma fille crie, je lui dis que je sais comment faire pour qu’elle s’en aille et je me débrouille tant bien que mal. Mais ma Poulette commence à faire de la fièvre, elle est brûlante, elle pleure et personne ne sait pourquoi. Et moi, je n’ai toujours pas de montée de lait, rien, que dalle ! On nous la prend pour lui faire des examens, on suspecte une infection, du fait qu’elle soit née plus de 12 heures après la rupture de la poche des eaux… rien, tous les examens sont négatifs. Elle pleure, elle perd du poids à vitesse grand V et reste fiévreuse alors on m’annonce qu’il va falloir la complémenter en attendant cette fichue montée de lait (jamais deux sans trois… échecs). On me prête un tire-lait et on m’explique qu’en cas de césarienne la montée de lait est plus souvent retardée qu’en cas d’accouchement par voie basse.

Pendant deux jours, notre emploi du temps est réglé à la minute près. Je fais téter ma fille toutes les trois heures minimum (plus si elle le demande) puis je tire mon lait péniblement. Et pour finir, je regarde en pleurant ma fille avaler à grands traits les pipettes que lui donne la puéricultrice, pipettes qui contiennent en premier mon lait puis, en complément, du lait artificiel. Quand elle a terminé, je la garde en peau à peau tout contre moi pour qu’elle s’endorme. J’avale des litres de tisane d’allaitement. Je lis et relis ce qui est devenu mon livre fétiche sur l’allaitement : Fleur de Lait, d’Anna Rousseaux-de Léo.

Avec le recul, je me dis aujourd’hui que le fait d’avoir accouché par césarienne m’a donné la force nécessaire pour attendre la montée de lait ; et le fait de réussir finalement à allaiter ma fille m’a réconcilié avec cet accouchement raté. Je ne suis pas sortie de ma chambre avant que ma Poulette n’ait fait une vraie tétée, une tétée où on la voit et on l’entend déglutir, une tétée qui la fait s’endormir dans mes bras et ne la laisse pas affamée. Une semaine après sa naissance… Une éternité.

Nous sommes donc rentrés à la maison ; j’ai eu des crevasses pendant près de trois semaines, quelques engorgements, le premier pic de croissance a été si intense que nous avons rappelé la maternité pour être rassurés… Nous avons pris rendez-vous avec une consultante en lactation qui nous a encouragés. Depuis, il y a eu d’autres pics de croissance, deux mastites, des mâchouillages et des tirages de téton, mais ça n’est pas grave. Je savoure chaque tétée à sa juste valeur, cela fait maintenant plus de six mois que cela dure et je croise les nichons pour que cela continue encore longtemps.

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16 réponses à “Le bonheur est dans le Néné

  1. Bravo Madame, saches regardez devant maintenant !! Et une grand merci pour ce beau témoignage…^^

  2. Je suis heureuse de lire que je ne suis pas seule à vivre mon accouchement comme un échec (idem : mauvaise présentation, césarienne 17 h après rupture de la poche des eaux et 14 h de travail, puis on m’a enlevé mon enfant sans même me le présenter, sans me rassurer sur le fait qu’il soit resté silencieux… j’étais complètement shootée, et terrorisée à l’idée que mon bébé aille mal… ).
    L’ après-accouchement également fut difficile : le lait n’est pas monté, on m’a reproché de n’être pas heureuse d’avoir un bébé, alors que c’est lui qui me faisait tenir le coup face à un corps médical complètement absent (paraît-il que c’était pour m’habituer à ce que j’allais vivre à la maison : 4kg à porter tous les jours toute seule, et cette balafre de 15 cm qui me lançait constamment…)
    Je pense également que l’allaitement m’a réconciliée avec cette naissance, comme un mauvais départ bien vite rattrapé en dépit de toutes les pensées et remarques de l’entourage. J’ ai eu tellement le sentiment de me battre pour et avec mon loulou contre tous, que la rencontre s’est enfin faite, et le lait est enfin venu … Cela fait 5 mois, je pense allaiter jusqu’à ses 6 mois… mais je crois que le plus beau de l’allaitement est déjà fait : je me suis prouvée et j’ai prouvé à tout le monde que je suis une bonne mère, que je peux nourrir mon enfant et me battre contre tout (tous !) pour lui donner le meilleur.
    Toutes les mères sont libres d’allaiter ou non, mais personnellement je trouve dommage de ne pas essayer, car c’est en allaitant que j’ai découvert qu’au-delà des anti-corps et de la « nourriture bio » (ben oui, déformation professionnelle, je suis une scientifique), l’allaitement restera peut-être le plus intense échange que j’aurai avec mon fils, et c’est grâce à l’allaitement que je me suis sentie devenir mère.

    • Je pense qu’effectivement nous sommes nombreuses dans ce cas, une césarienne -encore plus faite en urgence- est difficile à accepter mais trop souvent à mon goût on entend « Oh mais le principal c’est que le bébé et la maman aillent bien ! » Sous prétexte qu’on vient d’avoir un enfant on a pas le droit de se sentir mal…Je suis heureuse d’avoir pu construire ce lien manquant avec ma fille grâce à l’allaitement et suis plus que convaincue de ses bienfaits à long terme et je mise aussi dessus pour nous aider, ma fille et moi, à surmonter la séparation due à la reprise du travail d’ici quelques temps.
      Vy

  3. bravo à toi, je suis toute émue… et un peu terrorisée à l’image d’une nana qui se croise les nichons 😉 ! bon vent et surtout encore de longues et belles tétées !

    • Effectivement, j ai eu la chance (mis à part deux ou trois personnes) d’accoucher dans une maternité où l’on m’a soutenue et où mon mari a pu être présent lors de la césarienne et prendre notre fille en peau à peau juste après. Elle n’a pas été baignée tout de suite et a pu profiter de sa première tétée avant que je sois amenée dans ma chambre. Et même lorsqu’elle a été complémentée, jamais il n’a été question de biberon. Et le document dont je parle dans mon texte, j’en ai mis une copie sur la page facebook des Seintes de McMaman.

  4. je me reconnais totalement dans ton histoire, meme sentiment, et maintenant 8 mois et demi d allaitement, et tjs en cour,et je travaille et suit la formation d aide soignante pour a mon tour soutenir ces nouvelles maman dans leur debut a la mater et donner des conseils de vecu, et non pas des conseils de protocole

  5. Merci pr ton témoignage ds lequel je me retrouve aussi : 2 césariennes suivies de 2 allaitements réussis (dont un tjs en cours) qui m’ont aidée à les accepter

  6. merci pour ce témoignage plein de force et d’amour! et meci pour le « je croise les nichons » qui m’as bien fait rire!

  7. Superbe témoignage… Que de moments difficiles, et pourtant surmontés avec tant de force… Chapeau bas madame Vy.

  8. Jolie témoignage !
    Pour nous aussi, un accouchement plus que raté… Trop de monde se bousculait au portillon des salles d’accouchement, j’étais la première et s’était long (parait il ?), j’allais bien, bébé allait bien… Mais césarienne ! AAaahh, que je leur en veux !!! Et pour couronner le tout, l’obstétricien préparait son déjeuner du 14 juillet, au Golf, avec sa femme au téléphone pendant qu’on faisait naître ma fille !!! Un échange de regard et hop, la voilà parti ! Bien sur papa n’est pas appelé pour les premiers soins… Et est, quasiment, immédiatement renvoyé dans la chambre avec notre fille… Un peu pommé le jeune papa… Les grands parents gagattent… Ils lui font pleins de câlins avant moi… Enfin je remonte. A passer de bras en bras, elle s’est refroidi… On tente le sein… Réussite grisante !!! Ma goulue se calme enfin… Et se réchauffe. Nous commençons notre grande aventure !
    Les montées de lait ont été presque immédiates (comme j’étais heureuse, j’avais tellement peur que cette foutue césarienne fasse aussi foirer mon allaitement…) !
    Et nous sommes parti pour 13 mois et 13 jours de tétées à gogo qui se sont terminée par un sevrage naturel… Ma grande fièreté !

    Ça n’a pas été très facile au début (crevasse, mastite, dépression,…), mais je ne regrette pas d’avoir persévéré, ce fut tellement fabuleux ! Une tétée et j’allais mieux !

    BB2 est attendu pour février, j’espère que l’allaitement se déroulera aussi bien et encore plus longtemps ! J’ai hâte de retrouver cette sensation de bien être après la tétée, à regarder mon amour s’endormir repu de MON lait…

  9. Je me retrouve également dans ton témoignage, nos débuts ont été scabreux aussi, et ma sauterelle a atterrit en néonat pour une infection et une déshydratation… Dur de garder confiance en soi dans ces conditions…

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