Une maman moderne

Tout a commencé il y a 9 ans, avec ma grande. J’étais toute jeune et je ne me suis pas posé de questions : j’ai allaité. Je crois que le côté pratique et économique s’imposait, ma mère a elle aussi allaité ses 4 enfants. Si j’ai oublié beaucoup de choses, je me souviens encore de cette 1ère tétée, quand on me l’a posée sur le torse, qu’elle faisait des bulles et qu’elle a rencontré mon sein. Je crois qu’on ne pas demandé, on me l’a mise au sein, comme on ne m’a pas demandé grand chose d’ailleurs. Mais bon là, pour le coup, je me suis laissée faire avec plaisir. Première rencontre magique.

Je l’ai allaitée 1 mois ½, c’était super et vraiment trop pratique. Vive les nuits et les balades. Mais à ce moment là j’ai repris une formation pour laquelle je partais la journée entière une fois par semaine. J’ai eu des engorgements, je ne m’en suis pas sortie avec le tire-lait que j’avais (manuel), ça s’est tari et j’ai arrêté. Je n’ai pas cherché à continuer l’allaitement, sûrement que je trouvais ça plus pratique, je ne me souviens plus bien. Tout cela ne m’a pas posé plus de problèmes ou de questions que ça. La chose dont je me souviens, c’est ce qui a suivi : 2 mois de coliques, de changements de lait artificiel, de pleurs, de bercements et de fatigue. Avec du recul, je sais pourquoi…

Bon, j’étais dans une période difficile de ma vie : jeune adulte qui commence à bosser et termine sa formation, un bébé « surprise », un père qui se barre, un enfant en bas âge à élever seule et un rêve de vie de famille foutu. Encore avec du recul, je crois que cette situation difficile m’a rendue dépressive et que j’avais des petits problèmes d’attachement avec ma fille. Le côté relationnel et câlin de l’allaitement, je suis un peu passée à côté.

Ma mère m’a dit récemment qu’elle n’a pas voulu parler de cet arrêt de l’allaitement avec moi à l’époque, car selon elle j’avais d’autres soucis. Je pense au contraire que seule, désespérée, quelques bolées d’ocytocine (l’hormone de l’amour sécrétée pendant la tétée) m’auraient fait le plus grand bien et m’auraient peut être permis de surmonter ma dépression plus vite, d’éviter le bord du gouffre, et de moins m’éloigner de ma fille.

2010 : le bébé « projet », rêvé, désiré, attendu.

J’ai moi-même grandi, mûri, changé, ma vision du monde aussi et mes valeurs se sont affirmées. J’ai un « projet d’éducation » qui implique forcément l’allaitement, j’y tiens énormément ! Alors du coup, quand mon p’tit minus de bout de chou est placé direct en couveuse sans le passage par la case nichon magique, je suis assez déçue même si on se dit tout de suite « bon tout va bien, il vaut mieux le surveiller et qu’il soit en bonne santé ».

Bon, le problème dans ma mat’, c’est que les avis sur l’allaitement se croisaient et que ça nous a un peu déstabilisés ; on s’est un peu laissé faire quand on nous conseillait la tétine pour le besoin de succion, le chronomètre parce que téter trop longtemps donne des crevasses, le bib’ complément parce que téter fatigue le petit…

Le démarrage de l’allaitement en maternité n’a pas été facile, donc déstabilisant. Je ne m’attendais pas à ça, car pour ma grande tout s’est fait très, très facilement, elle ne m’a jamais posé aucun souci pour rien. Pour lui, je ne savais plus rien, ni allaiter, ni le calmer… catastrophe ! j’avais tout oublié et je ne pouvais bien sûr pas compter sur mon instinct, vu que j’ai jamais eu de pif pour rien.

Je commençais déjà à flipper grave en mat’, et le retour à la maison : au secours ; et la fin du congé paternité : gros baby blues ou petite dépression post-natale, je sais pas exactement, mais un mois à chialer, à me dire que je n’allais jamais y arriver, à me sentir une vraie nullipare moche en pyjama pas lavée et pas coiffée, tachée de vomi et des auréoles aux nichons. Et un bébé qui pleurait tout le temps.

Bien sûr les circonstances ont fait qu’on a aménagé et qu’on a commencé des travaux au moment de la naissance, donc en plus de ça, c’était le dawa dans la baraque et je ne me sentais pas très à l’aise dans la nouvelle maison. Je fuyais dès que possible avec mon cosy pour aller me réfugier à la PMI, chez ma mère, des copines, ou au relais-parents de ma ville. Mais comme le fourbe s’endormait dès que je roulais, personne ne me croyait vraiment ni ne comprenait mon désarroi.

J’ai eu des crevasses, je pleurais à chaque tétée rien que de penser à la prochaine. J’ai entendu une bonne dizaine de fois : « Tu verras, avec le biberon ça ira mieux », « Passe-donc au biberon !! »… Je me sentais alors « prisonnière de l’allaitement » et en même temps je culpabilisais de ne pas y prendre plus de plaisir. Je disais : « C’est la dictature du nichon » ; on me disait que « j’achetais ma tranquillité » en donnant le sein au bébé dès qu’il pleurait et que ça ne devait pas être aussi long, ni régulier…

Même mon copain m’a dit : « Si tu veux, on donne le biberon », et j’ai chialé de plus belle : mais non, je ne veux pas !!

J’ai ressenti que je pouvais laisser tomber l’allaitement à ce moment. Même si je souhaitais allaiter de tout mon cœur, car à cette époque c’était plus une question de cœur que des bienfaits du lait maternel. J’avais aussi l’impression, peut-être un peu fausse (mais c’était mon ressenti), qu’on ne me soutenait pas trop, pire qu’on voulait me faire flancher, pour mon bien.

J’ai craqué à la visite du 1er mois chez le pédiatre, qui m’a fait comprendre qu’il ne fallait pas forcément donner le sein dès que le petit pleurait ou se réveillait (ce qui est plutôt sensé). Par contre il m’a dit d’espacer fermement les tétées de 3 heures, m’a parlé d’autonomie. On l’a fait quelques jours, je me suis sentie posséder les choses, mais finalement pas à l’aise avec la rigidité du conditionnement, j’ai réduit l’espacement et j’ai surtout repris confiance en moi.

Du jour au lendemain, mon fils a fait ses nuits, et s’est « calmé ». J’ai dit : « Il s’est calmé à partir du moment où sa mère s’est calmée ».

Avec du recul je me dis que j’étais tellement fatiguée nerveusement que ça se passe mal que j’ai écouté le premier conseil validé scientifiquement, aussi mauvais puisse-t-il être. Parce qu’honnêtement, je m’en veux un peu d’avoir imposé ce rythme de 3h à mon bout de chou d’un mois à peine. J’aurais dû lui faire confiance plus tôt, me faire confiance et surtout ne pas écouter tout ce qu’on disait.

Cette première phase de fusion, autant dans les sentiments que dans le corps-à-corps, a été dure à accepter pour moi. Peut-être m’a-t-elle fait peur ? Je suis persuadée que ce passage difficile est induit par notre environnement culturel et notre entourage proche s’il n’est pas positif. On nous encourage au plus vite à nous séparer de bébé (transat, poussette, sa chambre, son lit, reprise du boulot, garde…) et les réflexions vont bon train. Or, dans ses premiers mois, ce dont bébé a le plus besoin, c’est de sa mère : sa présence, son attention, son odeur, son lait, sa chaleur, ses bras, son amour.

Maintenant que j’ai compris tout cela, je dirai : « Il s’est calmé à partir du moment où sa mère a réussi à être à son écoute, avec toute la disponibilité nécessaire ».

Depuis ce jour je vis un allaitement serein, assez bien réglé mais tout de même à la demande (je propose aussi souvent), où je fais confiance à mon fils et à moi-même. J’essaie d’écarter les remarques négatives et je prends du recul par rapport à la toute suprême autorité médicale qui m’aurait fait stopper mon allaitement pour un pauvre traitement antibio incompatible.

J’ai rencontré des personnes qui savent soutenir et accompagner sans juger ou décider « à la place de ».
Je me suis rendu compte que si l’allaitement est naturel, il ne va pas forcément de soi.
Je suis contente d’avoir réussi à franchir quelques obstacles qui ont conforté mon envie d’allaiter, ma conviction que c’est le mieux mais aussi tout à fait normal.
J’ai découvert, naïve que je suis, que l’allaitement est sujet à polémique et qu’il faudrait presque le défendre, du moins bien argumenter !
J’ai aussi découvert avec stupeur que tous les professionnels de santé ne sont pas forcément du côté de l’allaitement.
Et enfin j’ai compris que passer un message positif sur l’allaitement se faisait par des échanges spontanés, un savoir être et pas par un militantisme agressif. Informer et lutter contre la désinformation, pouvoir entendre les histoires ou les parcours difficiles, mais malgré tout pas d’hypocrisie ni de langue de bois. Et rester sûre de soi et de ses convictions.

1 an d’allaitement (en cours, dont 6 mois exclusifs) : un beau bébé éveillé et en pleine forme, une maman moderne, bien dans sa peau et qui a repris le travail il y a peu. Si j’ai pu pendant ce premier mois difficile donner une mauvaise image de l’allaitement, je me rattrape aujourd’hui en affichant une belle complicité avec mon petit et un allaitement naturel et décomplexé !

Encore une chose, je disais : « J’ai un peu de mal avec l’allaitement long », mais je crois bien que j’ai franchi le cap et je n’ai pour l’instant pas du tout envie de parler de sevrage !

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7 réponses à “Une maman moderne

  1. Bravo et merci pour ce partage Nas’ tu es une super maman moi qui te connais en live tu peux être fière du parcours accompli !!! Je confirme que tu as ta place ais sein de Rassemb’lait et je crois même que tu va encore passer un cap bientôt chut surprise je t’en dirais plus lundi… ;o) Biz ma belle

  2. superbe récit, je l’ai lu avec les larmes aux yeux !! cela m’a rappelé beaucoup de souvenirs car moi aussi j’ai allaité ma fille.
    Et ce dont je me souviens comme si c’était hier, c’est sa bouille et son regard à chaque fois que je lui donnais le sein !
    J’espère que tu ne vas pas t’arrêter là dans l’écriture ! j’attend la suite !!

  3. merci pour ce billet, je me retrouve un peu dans ton histoire.Un premier allaitement et jeune maman solo, un second bébé plus tard mais plus de maturité, un autre contexte, … et résultat: allaitement long et co allaitement.

  4. Très beau témoignage ! Belle aventure en tout cas et pourvue que ça continu !!! Biz biz Nas

  5. merci pour vos commentaire les filles. Je ne sais pas si vous avez remarqué mais il y a 2 formules qu’on retrouve très souvent dans les différents récits d’allaitement
    « se faire confiance et faire confiance à bébé »
    et  » j’ai repris confiance en moi »

    Bises à Jade, et Laurie tu excites ma curiosité ! 😉

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