Lettre à Elisabeth

Chère Elisabeth Badinter,

Toi qui penses plaider pour la liberté des femmes, tais-toi.
Toi qui penses lutter pour leurs choix, réfléchis.
Toi qui penses tout savoir sur la liberté des femmes, écoute ça.
Excuse-moi tant de familiarités, mais ce que les femmes libres ont à te dire est important.
En disant que l’allaitement est une manière de priver les femmes de leur liberté, tu te fourres le doigt dans l’œil, jusqu’au coude. En disant cela, tu les enfermes et tu les empêches de choisir librement.

Tu n’as pas compris que le vrai débat ce n’est pas donner le choix aux femmes d’allaiter au sein ou au biberon. Le choix, tu l’as aujourd’hui : les pubs des lobbyings agro-alimentaires s’en chargent, je t’en remercie (je rappelle au passage que tu es actionnaire du groupe Publicis… hum). Et je crois qu’aujourd’hui les femmes qui donnent le biberon à leur bébé de 22 mois sont moins montrées du doigt comme des hérétiques que celles qui ont décidé de choisir l’allaitement long.
Parce que l’égalité homme/femme ne se joue absolument pas sur le front de l’allaitement et de la maternité. Je suis femme, j’ai des seins, ils sont faits pour nourrir : tant mieux. Je suis une femme et une mère, pas seulement une mère et l’allaitement ne m’enferme aucunement dans le rôle de mère. Allaiter, c’est justement permettre aux femmes de se réapproprier le rôle nourricier usurpé par les marques d’agro-alimentaires, de nourrir elles-mêmes leur enfant et de savoir ce qui est bon pour lui.

Le vrai débat c’est : « Les femmes sont-elles bien informées sur l’allaitement ». La réponse est non, sinon les Seintes n’existeraient pas, sinon je ne serais pas là en train de m’énerver t’écrire. Il faut leur dire aux femmes que oui, allaiter, d’un point de vue nutritionnel et psycho-affectif, c’est mieux que le biberon ; que non, ce n’est pas facile au début même si c’est naturel ; que oui, c’est juste beaucoup moins onéreux que le biberon ; que oui, c’est top d’allaiter la nuit, à moitié endormie, sans allumer la lumière ou sortir du lit ; que oui on peut bosser ET allaiter ; que oui, c’est plus de liberté d’allaiter car on n’a pas de bib à laver, stériliser, préparer, trimballer, prévoir, faire chauffer quand on sort, y’a qu’à dégainer le sein et hop (en plus tu n’as pas le stress de brûler bébé avec le lait).
Le vrai problème ce n’est pas la pression faite aux femmes pour qu’elles allaitent, mais c’est bien que l’on ne leur donne aucun outil pour y parvenir. Si l’on en vante les vertus on n’en indique pas la voie. Pis : on leur met des bâtons dans les roues. Complément de préparation artificielle remis à la sortie de la maternité, puéricultrices et pédiatres qui se contredisent, les généralistes je n’en parle pas… On nous désinforme !
Parce que bien sûr les femmes peuvent s’informer. Oui, je peux aller lire 10 000 livres sur l’allaitement. Mais celle qui se tape 1h30 de trajet pour bosser, qui n’a pas d’argent pour acheter des livres ou qui ne trouve pas ces bouquins hyperspécialisés à la bibliothèque municipale, elle fait comment, elle ? La liberté des femmes c’est aussi être sur un même pied d’égalité et donner la bonne information à toutes, par exemple dans les cours de préparation à l’accouchement (tu sais ceux où on te montre au mieux un film des années 80 d’une maman qui allaite, soit une heure sur l’ensemble des cours de préparation à l’accouchement…).

Tu peux aussi te dire que tu peux te faire confiance et écouter ton instinct. Il faut pour cela une grande force de caractère, être épaulée, entourée… surtout quand les hormones chutent et que tu te retrouves isolée à la maison. L’histoire personnelle fait que parfois on ne s’en sent pas capable. Et là, si on n’est pas informée et bien conseillée, on se décourage très vite.

Excuse-moi de te tutoyer mais je te parle de femme à femme. Tu en as fait des choses pour nous Elisabeth, sûrement. Je suis d’accord avec toi sur la répartition des tâches ménagères, l’égalité des salaires… Ne te trompe pas de cheval de bataille aujourd’hui. Si tu pouvais te mettre de notre côté et faire en sorte qu’il y ait un vrai enseignement sur l’allaitement dans les écoles de sages-femmes, les facultés de médecine, ça, ça serait vraiment sympa. Parce que continuer en entendre de telles conneries sur l’allaitement en 2011, ça fait peur.

Allez, la bise Elisabeth.

Par Kiki.

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20 réponses à “Lettre à Elisabeth

  1. C’est PARFAIT ! il ne faut pas se tromper de combat et tu l’as magnifiquement dit.(surtout la partie sur le film des années 80: j’ai eu ça aussi: que des meufs moches/mal coiffées/ soutifs laids/pulls jacquard hideux, puis l’autre moitié du DVD consacré au caca du bébé allaité, le truc génial quand t’es enceinte….)
    Oui! On peut être féministe et allaiter, évidemment!!! d’ailleurs quand on allaite c’est qu’on a souvent un mec qui aide pour l’intendance!

  2. alors là je dis bravo !!!!!!!!! à fond d’accord on en a marre de se battre pour ces choses aussi naturelles.
    merci Kiki 😀

  3. j’adore… je suis tout a fait d’accord, yen a marre de se battre sur des choses naturelles, de devoir se justifier sur notre choix d’allaiter, que lorsque sa va pas dans lallaitement la premiere chose dite c’est donner donc du complement. je parle en connaissance de cause.

    je te remercie pour cette jolie lettre adresser a mme elisabeth

  4. super ! c’est justement ce que j’avais envie de lui dire ! Oui, E. Badinter a fait bcp pour les femmes, mais là, elle se trompe de combat. Peut-être est-elle même une « victime » de toute cette désinformation sur l’allaitement. Le pb, c’est qu’elle relaie ce message négatif et qu’elle a une voix qui porte. Alors, si elle pouvait porter un autre message…

    Parce que, franchement, hein, laver, stériliser, préparer des biberons, acheter de la poudre, de l’eau, compter, mesurer… c’est la libération de la femme, ça ?

  5. Est-ce la liberté de donner à son bébé du lait infantile enrichi de métal ?

    Est-ce la liberté que de ne pas savoir quelles seront les conséquences sur la santé de bébé, de lui avoir fait ingurgité quotidiennement du métal mélangé au lait en poudre ?

    Est-ce la liberté d’être, du jour au lendemain, obligé de changer de marque de lait (qui vient de se voir retirer des rayons des magasins), surtout, quand on connaît toutes les difficultés de trouver le lait qui convient au petit bout ?

  6. lol y en aurait des choses à dire sur l’allaitement à Elisabeth !!!
    Pour moi être féministe c’est bien partager les tâches : allaiter pour moi/ la cuisine pour lui, les courses pour lui/le linge pour moi etc… On a fait ça au vu de nos capacités et des corvées qui nous semblent le moins pire… la fois où il en a eu marre j’ai proposé, pour varier, d’échanger 😀 au vu de la pizza cramée il a préféré que je continue à allaiter !!

  7. Merci les filles, merci 🙂 J’aurais préféré à ne pas avoir à écrire cette lettre. Je m’arrête là sinon je vais encore m’énerver hein…

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