Un appel qui a tout changé

Lors de ma première grossesse, je me suis un jour demandé si j’allais allaiter ou donner le biberon. J’ai posé la question au futur papa, et je revois encore ses yeux ronds quand il m’a répondu « Ben, évidemment on va l’allaiter ce petit ! ». Vous noterez le « on » qu’il employait déjà. Combien ce « on » deviendra important pour moi, pour nous, ensuite !

Je me suis donc renseignée…un peu. Après tout, la sage femme allait en parler durant les cours de préparation, et puis c’est naturel, non ? Ca ne doit pas être bien compliqué ! Je suis donc allée à ce fameux « cours d’allaitement », toute sérieuse avec mon gros ventre et mon petit cahier, pour noter scrupuleusement chaque parole de la professionnelle.

Ce que je ne savais pas, ce que je n’ai pas compris, c’est que ces conseils allaient faire disparaître tout le naturel, pour le remplir de normes, de chiffres, de règles… Moi, je suis une scientifique, alors ça m’allait bien ! J’allais donc devoir, sous peine de voir mes seins partir en lambeaux et mon bébé devenir un démon des Enfers :

–       Espacer les tétés de 2h mini (entre la fin de l’une et le début de la suivante). Sinon mon bébé vomirait et aurait très mal.

–       Noter l’heure des tétées dans un petit cahier, pour  voir le rythme.

–       Ne pas laisser tétouiller le bébé : il doit comprendre qu’on mange au sein, on ne s’amuse pas, ici, non mais !

–       Acheter une boite de préparation artificielle (qu’elle a appelé « lait ») et tout le matériel, au cas où un jour je n’ai plus assez de lait, pour ne pas laisser mon pauvre bébé avoir faim !

–       Emporter une tétine à la maternité pour pouvoir le laisser en pouponnière et me reposer (mais ça je ne l’ai pas fait, nous voulions éviter la tétine. Malgré des amis qui nous ont prédit « Vous verrez, avant 2 semaines vous en achèterez une ». Même pas !)

–       Pour lui apprendre à dormir, il faudra le laisser pleurer 5 min, puis 10, puis 15…

–       L’écharpe, il ne faut surtout pas l’utiliser ! Ca détruit le dos du bébé, il est trop mal tenu dedans !

Et moi, ben… j’y ai cru ! Lobotomisée par la grossesse ? Terrorisée par mon inexpérience ? Trop stupide pour me dire que tout ça n’avait rien d’instinctif, et que des générations d’enfants ont été nourris au sein avant l’invention de la montre et du chauffe-biberon ?

Mon bébé est arrivé (je vous passe les détails du travail sur le dos, la péri hyper dosée, la ventouse…). Il était magnifique. A part un peu de préparation donnée à la tasse juste avant ma montée de lait (en plein baby-blues, j’étais désemparée), je me suis retrouvée débordante de lait, mon fils tétait, nous le faisions patienter entre les tétés mais la prise de poids était bonne, tout semblait bien aller. Et puis il s’est mis à « faire ses nuits » à 3 semaines, le rêve pour une jeune maman ! J’avais même tellement de lait au réveil que je me suis mise à en donner au lactarium ! En fait, je sais maintenant qu’il s’économisait.

Troisième mois, la prise de poids se ralentit. Je cherche sur des forums, tout le monde me dit que s’il dort, c’est qu’il n’a pas faim. Et qu’il va bien. Il était très souriant, actif et tonique. J’ai repris le travail à temps plein. Hors de question pour moi de stopper ce lien avec mon bébé pour un boulot. Et si je peux travailler, alors je peux allaiter, ce n’est pas plus fatigant ! Je tirais du lait le matin et le midi, parfois un peu à mon retour le soir. Il demandait de plus en plus de lait dans ses biberons, boudait le sein. On a compris que le lait venait trop facilement au biberon, on a cherché les tétines avec le plus petit trou possible. Il a mis plus de temps à descendre son biberon. (Nota : pour ses frères, on a choisi un autre mode que le biberon à la crèche).

A 5 mois, le coup de massue : il n’avait pris que 120g durant le mois. Ultimatum de la pédiatre : vous devez donner des biberons. Il tète 6 fois par jour ? C’est suffisant, c’est donc que vous n’avez plus assez de lait, ça arrive, ce n’est pas grave.

M’aurait-elle dit de le faire téter plus souvent ? Ou de contacter une association d’aide ? Que nenni !

J’étais anéantie. Je pleurais, j’avais tout raté, je ne comprenais pas ce qui se passait.

J’ai alors décidé de tirer ma dernière cartouche avant d’acheter de la préparation. Appeler ceux qu’autour de moi on faisait passer pour le Diable, la secte, les méchants, ceux qui allaient me dire de laisser mon bébé mourir de faim plutôt que de lui donner autre chose que mon lait, qui allait m’insulter de travailler (et encore, je ne vous rapporte que les plus softs des allégations entendues à leur sujet) : la Leche League.

J’ai trouvé le numéro d’une animatrice près de chez moi. Geneviève m’a répondu. Je lui ai expliqué la situation. Elle a eu cette phrase terrible : « la priorité, c’est de faire prendre du poids à votre bébé ». Puis elle a enchaîné, j’ai pris claque sur claque, tellement je me sentais ridicule, tellement ce qu’elle me disait était logique, tellement elle me remettait la tête à l’endroit.

«  Pourquoi espacer les tétés ? Alors que votre petit doit prendre plus de lait ? Pourquoi le laisser téter son pouce au lieu de lui proposer le sein ? Pourquoi le laisser dormir si longtemps la nuit, au lieu de proposer 1a tétée quand vous allez vous coucher, et une autre au petit matin, dans un demi-sommeil ? »

Et aussi « Chaque gorgée supplémentaire bue, c’est un peu de gagné » ! C’est devenu un de mes slogans favoris !

Elle ne m’a pas demandé d’argent, ni d’engagement. Pourquoi, mais pourquoi colporter toutes ces fausses rumeurs ?

Trois semaines plus tard, mon fils avait repris 550g ! Sans une goutte d’autre chose que mon lait ! Et en travaillant à plein temps ! Et il commençait aussi à moins bouder les tétés et plutôt à bouder ses biberons !

Ce simple entretien téléphonique m’a changé la vie. Non, pardon, il NOUS a changé la vie ! Car j’ai arrêté de voir mon fils comme une machine qu’il ne faut surtout pas dérégler. J’ai appris à l’écouter, lui faire confiance. Et mon fils m’a appris à avoir confiance en moi. Devant cette sérénité retrouvée, le papa a adhéré lui aussi à cette organisation « au feeling ». Que nous avons ensuite adoptée comme mode de vie. Et nous vivons tellement mieux ainsi !

Mon fils aura finalement tété durant 4 ans, malgré une deuxième grossesse, et 2 ans de co-allaitement avec son petit frère. Je lui ai demandé d’arrêter de téter quand je suis tombée enceinte de notre troisième garçon. Mais depuis la naissance du bébé (qui a maintenant 9 mois et est toujours co-allaité avec notre deuxième enfant. Tout le monde suit ?), il lui est arrivé 2 ou 3 fois de re-téter, juste pour voir.

Je lui dis parfois qu’il est notre « bébé maîtresse », car c’est lui qui nous apprend chaque jour à être parents.

Aujourd’hui je n’en veux à personne d’autre qu’à moi. Car j’avais accès aux informations, et j’ai choisi de suivre les mauvais conseils. J’ai choisi de me tourner vers les mauvaises personnes.

Pour conclure ce témoignage, j’aimerais dire : Merci Geneviève. Je vous l’ai déjà dit, mais vraiment, vous avez tellement changé nos vies. Vous faites partie de ces rencontres précieuses dans une vie. Merci.

Vous tous, jeunes parents, n’hésitez pas à demander de l’aide à quelqu’un qui sait ! Pas à celui qui vous fera plaisir au nom du sacro-saint devoir de ne pas dire des choses qui fâchent, de ne pas vexer, de ne pas passer pour un ayatollah de l’allaitement, qui vous dira de sevrer pour ne pas vous « forcer » à allaiter. Un appel n’engage à rien. Pour nous il a tout changé.

Par Marie-Anne, du blog La blogueuse aux petits pieds, maman d’Antoine, Nicolas et William.

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14 réponses à “Un appel qui a tout changé

  1. Bravo pour ce témoignage que je trouve très juste dans le message…

    Samia

  2. superbe, ton témoignage. Merci pour cette jolie histoire de courage. J’imagine comme tu as du te sentir désemparée face aux conseils des « médecins »…

  3. Tres beau temoignage. Pas toujours facile de ne pas se laisser influencer par ceux a qui on a envie de donner notre confiance de par leur metier…

  4. Une très beau témoignage !
    Par contre, le discours de la sage-femme me choque.
    Mon parrain est « sage-femme » en libéral et il n’a jamais tenu un tel discours… après il a beaucoup lu sur le relationnel entre les gens, les parents, les enfants et leurs parents…
    Il est très critiqué dans le service public justement pour ça !!
    Heureusement que tu as trouvé quelqu’un avec le coeur sur la main et de vraies solutions d’amour et pas de scientifiques !!

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