Bref, j’ai voulu aider.

Une amie a eu un bébé. J’ai eu un texto. J’étais contente pour elle.
Quand elle est rentrée chez elle, elle a envoyé un mail à tout le groupe de copines. Elle avait stoppé l’allaitement. A la maternité, c’était trop confus. Chacun disait un truc différent. Elle voulait tellement bien faire ! Une puéricultrice lui a dit de donner le biberon pour ne pas prendre de risque. Elle l’a fait.
Je me suis demandée ce qu’elle aurait fait si cette dame lui avait dit de laver son bébé à l’eau froide pour ne pas risquer de l’ébouillanter. Je me suis dit que j’étais cynique.
Elle a écrit qu’elle pleurait d’avoir arrété. Qu’elle avait les seins tout gonflés.

J’ai voulu l’aider.

Elle habite près de Paris. Pas moi. Je ne pouvais pas aller la voir.
Je lui ai écrit de remettre son bébé au sein. De téléphoner à une association de soutien ou une consultante en lactation. Je lui ai envoyé les numéros de téléphone.
Elle m’a répondu qu’elle osait pas. Qu’elle avait trop peur d’affamer son enfant. Que son mari voulait pas. Qu’il voulait s’investir et nourrir leur bébé. Qu’elle pleurait mais que c’était sans doute mieux.
Chaque heure comptait. J’ai insisté. Un coup de téléphone n’engage à rien. Je ne voulais pas la laisser tomber comme son entourage. Je voulais qu’elle reprenne sa place de maman.
Une autre copine m’a envoyé un mail. C’était ma faute si elle se sentait mal. Car je m’exhibait en Miss Parfaite avec mes allaitements. Je la culpabilisait en lui disant qu’elle avait le choix de reprendre. Je devais la laisser tranquille.
J’ai eu mal. Pour mon amie. Pour son bébé. Pour ce qu’ils allaient rater. Pour les regrets qu’elle allait avoir. Pour ma fierté. Mais elle avait raison, elle ne voulait pas de mon aide, je devais la laisser.

J’ai baissé les bras.

J’ai envoyé un mail d’excuses. Que j’avais pas compris qu’elle avait seulement besoin d’une épaule pour pleurer.
J’ai vu cette amie quelques mois plus tard. Son bébé est adorable. Elle a pleuré en voyant mon bambin téter. Elle a avoué que son mari a du donner 2 biberons en tout à leur enfant.
J’ai rien su répondre.

Bref, j’ai voulu aider.

Par Marie-Anne, La Blogueuse aux Petits Pieds.

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32 réponses à “Bref, j’ai voulu aider.

  1. superbe ! effectivement les fois où j’ai donné des conseils à ma belle-soeur qui galérait avec son allaitement elle l’a mal pris. je crois qu’il ne faut rien dire, sonder, et puis ne rien dire. très bien écrit !

  2. Très bon texte, je suis émue, c’est vrai que dans ces cas là c’est difficile de se positionner …

  3. Beau billet , elle n’a pas peu prendre ton aide se qui es bien dommage pour elle et son bébé mais dis donc que même si tu pense avoir baisser les bras je ne suis pas d’accord déjà tu la soutenu et aider avec tes paroles a la façon que tu pensais la meilleure ! Après les personnes savent reconnaître si oui ou non cela aurait eté ou a été bénéfique pour eux ! Mais c’est quand même dommage que ton amie n’a pas pu aller au bout de son désir a cause d’un mari et d’un entourage peut compréhensif !

  4. C’est une situation toujours délicate, mais j’ai l’impression que si la maman ne demande pas ouvertement de l’aide, c’est qu’elle n’en veut pas…et qu’en fait si elle ne fait « que  » pleurer sur son allaitement raté, c’est qu’elle fait son deuil, pour elle la page est déjà tournée elle ne reviendra pas dessus. C’est du moins ce qu’il me semble constater !

  5. Je ressens tellement de culpabilité en lisant ton billet.

    C’est tellement pas facile et je trouve ce témoignage très intéressant, car en effet parfois on cherche tellement à aider (car c’est dans notre nature, car on aime pas voir les autres souffrir). Puis finallement, on se dit que l’on est à coté de la plaque et que la personne voulait juste un peu d’écoute.

    Mais doit on nous en vouloir ? Tu as fait le nécessaire, lui donner de l’info.

    Tu as cherché à l’aider, la soutenir, tu as cherché à remplir ton rôle d’amie. Même si la façon dont tu t’y es prise ne lui convenait pas, cela n’empêche que je suis sûre qu’elle est consciente de pouvoir compter sur toi si un jour elle aurait besoin de ton aide.

    Tu dis ne pas avoir su quoi répondre quand tu l’as vu… Parfois les mots ne sont pas nécessaire, offre lui ton écoute et une épaule pour qu’elle puisse pleurer sans gène et crainte du jugement.

    Encore merci pour ton témoignage.

    Samia

  6. Pour ma part, je suis à ce niveau là devenu cynique oui et je n’ai même pas le courage de donner mon épaule pour que la maman pleure ce pour quoi elle n’a pas voulu se battre. J’ai manqué faire cela avec une collègue de mon mari que je n’avais jamais rencontré, lui envoyer un message pour voir si elle voulait de l’aide et j’ai abandonné. Elle savait que j’étais joignable si elle le voulait.

  7. Écoeurant… mais si juste. Pas facile de trouver sa place, pour quoi que ce soit de personnel. On pense « aider », mais…
    En plus, dès qu’on parle allaitement dans ce pays, on est tout de suite cataloguer, et sous prétexte de ne pas vouloir « culpabiliser » les mère donnant le biberon, on va vous taxer de propagande pro-allaitement. Alors juste que l’on veut établir des faits, donner les bonnes infos, expliquer. C’est pas comme si on sortait de 20 ans de propagande pro-biberon, hein…

    Difficile d’être objectif et neutre avec un sujet pareil. Bravo d’avoir essayé, en tout cas.

  8. Ca m’est arrivé aussi…une mauvaise orientation dès le départ (à cause d’une belle jaunisse qui pompait l’énergie du bébé), et puis une jeune maman qui avait peur, qui disait être triste mais qui n’a pas prêté attention à mes conseils, qui a bien sûr parlé des biberons pour le papa (qui n’en donne au final que très rarement)…elle voulait allaiter, mais en fait pas trop je crois…ça m’a fait qq chose pour son petit, et puis je me suis dit que c’était son choix à elle, que je lui avais donné toutes les cartes pour redémarrer son allaitement et qu’elle n’avait pas voulu les prendre.
    Mais c’est toujours difficile quand on allaite, qu’on est épanouie et qu’on se retrouve face à cette situation d’appel-à-l’aide-mais-pas-vraiment.

  9. j’ai vécu la même chose avec une cousine mais avec qui j’ai peu de relations… j’ai tenté de l’aider, la conseiller, pas pour la culpabiliser mais pour l’aider dans ce projets car j’ai trop lu la sensation d’echec que ça procure… sa réponse : nan mais c’est bon, les LA sont pas si mal, ça va…

  10. Je comprends tout à fait… J’ai vécu ce genre de situations tant de fois… Comment savoir quoi dire, quoi faire, sans passer pour celle qui sait tout mieux que les autres…

  11. Totalement d’accord avec Vervaine.
    Je suis aussi un peu cynique: Aujourd’hui on a tout de même possibilité de s’informer avant la naissance grâce à internet par exemple. Je suis sidérée quand j’entends encore « je n’avais pas assez de lait »: elles savent lire ou quoi?
    Je trouve ce texte super en tout cas. Tellement représentatif des mentalités. La « copine » qui t’engueule car c’est ta faute si ton amie se sent mal. Hem, si c’était le cas elle te l’aurait dit toi-même non?
    le souci c’est aussi ça:
    theguardian/lifeandstyle/2012/jan/10/breastfeeding-babies-temperamental-study
    les bébés c’est pas tout mou/muet/doux!

  12. Sujet d’actualité ici aussi… Hier en sortant du sport, discussion avec une fille qui n’a pas allaité ses enfants, parce qu’elle n’était pas prête et qu’ils étaient en bonne santé, « c’est pas comme si ils avaient été prémas, là j’aurais allaité, ils en auraient eu besoin »…. Et moi, qui expliquais que j’allais reprendre le travail et allaiter en même temps et que le matin, c’était une petite organisation…. Choc de cultures, mais même pays, même génération…. Dans ces cas-là, pareil, je ne dis rien, mais ça me rend triste d’entendre ça…

  13. Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre… Dommage. Mais je pense que tu as semé des graines pour le futur.

  14. tellement vrai
    mais que souhaitait réellement cette dame ?
    une bonne excuse pour ne plus allaiter ? ou comment faire pour sauver son allaitement?

    pour ma part je suis perplexe quand j’entends les témoignages autour de moi
    j’aurai bien voulu mais j’avais pas de lait
    j’aurai bien voulu mais ça prends trop de temps
    j’aurai bien voulu mais alors on est esclave de son bébé
    j’aurai bien voulu mais je travaille moi (ben moi aussi ;-))

    alors oui j’aimerai bien aider mais …. ce que je fait c’est d’ouvrir des piste que la maman est libre d’ouvrir (livres; lien internet….) et si possible pendant la grossesse (c’est mon cadeau pour le bébé ;-))

  15. Je viens de tomber par hasard sur votre site et ce que j’y est lus ne m’étonne pas, aujourd’hui les gens, ceux qui se disent vos amis veulent que vous soyez là pour eux, que vous les aidiez dans les moments difficiles, ici elle ne voulait pas de conseils juste une épaule pour pleurer, si je traduit cela veux dire:
    -« soutiens-moi, je suis mal!!! tu peux te les mettre où je pense tes conseils!!! »

    Voilà il n’y a rien d’autre à comprendre, elle veux se lamenter, qu’on la plaigne, tant pis pour elle, une maman doit pouvoir se montrer forte, l’on veux un enfant il faut l’assumer, si là elle pleure pour ne pas avoir pus (voulu serait plus le mot) donner le sein, que se passera t-il le jour où son enfant lui dira qu’il ne l’aime plus parce qu’il viens de se faire disputer (j’adore se petit chantage des jeunes enfants cela prouve leur innocence et montre pourquoi on doit toujours les aimer encore plus)??? Elle va se suicider? Se mettre à genoux et le supplier? Que sais-je encore???

    Je suis personnellement déçu que ma femme, n’est pus donner le sein à mon fils (problème de « production »), s’est tellement beau une femme qui allaite, surtout quand il s’agit de la votre et de votre enfant, maintenant cette femme à compris qu’elle à fait une erreur et elle ne la reproduira pas pour son prochain enfant, s’il y a.

    Bien cordialement à vous.

  16. c’est très dur d’aller contre l’envie des gens moi aussi j’essaie d’aider le smamans qui commence un allaitement c’est tjrs difficile les premiers mois fatigue stress etcc
    mais il faut tenir bon c’est la clé de la réussite 🙂

  17. ce billet me fais frisonner et je ne comprendrais jamais pourquoi des mamans ayant le desir d’allaiter en arrive là, tu as fait ce que tu pouvais, bravo à toi.
    quand on est mamans allaitantes tout ce qu’on peut dire ou tenter de faire sera positif, meme si ce n’est pas sur le moment, petit à petit le chemin se fera et les mamans y verront peut etre le pourquoi de nos batailles….
    encore bravo

  18. la culpabilisation de la Femme est un héritage lourd et aberrant, une constante de siecles révolus qui pourtant à réussi à passer ages et révolutions.
    C’est triste à en pleurer.

    Allaitement ou biberon, on s’en fout….tant qu’on aime son gosse, le reste est accessoire.
    Mais il est horrible de constater qu’en france, l’ailletement maternel est personna non gratta en milieu hospitalier et ceci pour de cupides raisons financières.

    Sachez Mesdames que la loi française ne vous contraint à rester à la maternité que 2 heures aprés la délivrance du placenta. Passé ce délai, rien ne vous oblige à rester dans un service où on ne désire pas entendre vos discours et position sur l’aillaitement.

    Sahez aussi que si votre bébé n’a pas repris son poids de naissance et que vous désirez rentrer chez vous, l’hospitalisation à domicile de votre bébé est ENTIEREMENT PRISE EN CHARGE pendant les 10 premiers jours suivant sa naissance.

    Le coccon famillial et son calme sont vitaux pour la construction de la nouvelle famille…. et par conséquent pour la lactation, celle ci souffrant souvent dans nos socièté occidentales de la peur de la qualité/quantité de lait qu’une jeune maman peut fournir.

    Ma compagne n’a jamais eut autant de lait que le jour où elle a décidé d’arrêter… d’aillaiter: déchargée de la peur de ne pas donner assez, ses seins se sont transformés en pis de vaches.

    Signé: Un papa qui a subi pour sa première fille et qui a réagi pour sa seconde…. Plus jamais le corps médical ne se mettra entre moi et mes mômes…. et qui ne dé-rage pas 😉

    • Archiméo, on ne décide pas de quitter la mater plus tôt au motif qu’on « on ne désire pas entendre vos discours et position sur l’allaitement. »

      Bref, faire une fixation sur l’allaitement, comme si c’était le seul critère pour juger de la qualité d’une maternité réussi, de l’endroit où on accouche… Au secours !

  19. j’avoue que je n’ai même pas songé une seconde que ça soit un cas présent et réel… je trouvais ça tellement vrai pour quantité de gens… j’ai l’impression que ça m’arrive tt le temps ce genre de choses! je me suis juste dit « trop bien écrit, tellement vrai… »

  20. Super billet, c’est vrai que souvent en tant qu’allaitante, quand on veut aider une nouvelle maman, on a l’impression de devenir une ogresse du nibard… Ce qui me rassure, c’est que pour ma part, même si j’ai l’impression d’être devenue une folle furieuse lactolique, les amies reviennent vers moi me demander conseil, ou me poser des questions 😉

    En tout cas, super le mari hin, quel naze.

  21. tellement vrai ! on ne sait jamais si la maman qui annonce qu’elle veut arrêter son allaitement attend qu’on l’encourage à continuer ou si elle veut qu’on lui dise qu’elle a eu raison d’arrêter.

    Moi je remercie les chieuses allaitantes qui en voulant m’aider m’ont donné la force de continuer ce premier allaitement si dur que je voulais vraiment abandonner.

    Il ne faut pas arrêter de vouloir aider, certes les allaitantes sont culpabilisantes pour les autres mais pour les 2 ou 3 femmes à qui on peut donner un peu de courage pour continuer jusqu’à ce que l’allaitement devienne un plaisir pour elles, ça vaut le coup.

  22. ça fait mal de lire ça …. pas pour l’histoire biberon ou sein mais en pour le côté amical. Qu’est ce qu’une amie si elle ne peut pas aider, donner son point de vue, apporter un éclairage ? Ca a du te miner.

  23. Joli texte sur l’impuissance. De la part d’un père avant tout et d’un pédiatre ensuite.
    Ce dont a besoin plus que tout quelqu’un qui souffre c’est de quelqu’un qui entend cette souffrance. Tout concept, toute pensée, toute opinion, tout désir, même celui d’aider est un voile jeté devant la relation réelle. Même celui (ou celle) qui prend la posture de vouloir aider entre dans la souffrance ambiante, votre texte le dit très joliment.
    merci

  24. J’aime ce que disent les papas ici ( et le pédiatre 😉 ). C’est très juste, très beau.

    Une ami c’est quelqu’un qui est là pour  » entendre  » la souffrance de l’autre.

    Cette maman avait juste besoin de décharger sa culpabilité. Qu’on le lui autorise, qu’on lui autorise à pleurer quelque-chose qu’elle n’a pas réussi à mettre à bien. Bah oui, on n’est pas des wonder woman, on fait ce qu’on peut.

    La fatigue n’aide pas, en plus, à braver les difficultés de l’allaitement. Cette maman ne s’est pas trouvée  » à la hauteur « .

    Pauvre maman !

    Quel vision avait-elle de l’allaitement ?
    Du rôle de mère ?
    Quel type de maternage pensait-elle ?

    Et son mari : le pauvre ! Il a fait ce qu’il a pu et il pensait bien faire en souhaitant que son bébé passe au biberon. Quelle souffrance que de voir sa femme et son bébé comme ça 😦 Il n’est pas « naze » comme dit plus haut.

    Il a fait ce qu’il a pu, avec ses bagages à lui, sa culture et son éducation. C’est terrible de juger quelqu’un ! Personne n’est meilleur que l’autre : chacun fait comme il peut !

    Le principal c’est de savoir qu’une petite graine est semée et qu’elle germera un jour.

  25. Je remercie aussi mes vraies amies qui ont su pousser pour m’aider, malgré les risques de se faire repousser. Quand on vient d’accoucher, on est « naze », dans un épais brouillard dû à la fatigue. Et le papa n’est guère mieux : rarement préparé à la réalité d’un bébé, il pense que ca va marcher comme dans les films…

    Il faut aider les mamans avant qu’elles accouchent, leur dire qu’elles vont avoir envie de tout lâcher (allaitement ou autre) et leur donner de l’info et de l’aide externe (comme la LLL).

  26. Et oui il est difficile d’être bonne conseillère… moi aussi j’ai déploré ne pas pouvoir aidé ma meilleure amie qui voulait allaiter sa fille, et qui était d’un grand soutien pour moi dans mon allaitement. mais elle n’a pas appelé, n’a pas répondu à mes appels pendant les 3 premières semaines. je crois qu’elle voulait y arriver seule. elle a appelé quand elle a admis qu’elle avait échoué mais qu’elle était la mère de sa fille.
    et je dois avouer que lorsque mon allaitement a été mis en péril ce n’est pas vers les allaitantes de ma connaissance que j’ai pu me tourner mais vers une conseillère en lactation anonyme qui heureusement pour moi a été de bon conseil (mon amie a eu moins de chance). Je crois que j’avais besoin de me prouver que je pouvais y arriver seule et que cela voulait dire que j’étais MOI la mère de ce bébé (et pas les copines).
    allaiter ça ravive beaucoup de choses de l’intime… on dirait

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