Allaitement : un petit rien qui peut tout faire capoter…

En tant qu’accompagnante à la naissance et monitrice de portage, je suis souvent confrontée à des témoignages pleins de culpabilité concernant des sevrages non désirés.

Il y a 3 points qui reviennent souvent, lorsque je rencontre de jeunes mamans qui me parlent de leur échec d’allaitante.

Premier point : En cas de fatigue de la maman due aux multiples réveils du nouveau-né la nuit, le conseil d’amies biberonneuses qui n’ont pas allaité ou très peu (3 jours) ou de l’entourage qui n’y connaît que dalle, est : “Complète avec un biberon de LA, le petit dormira mieux”.

=> Un nourrisson n’est pas réglé comme une horloge et cela peut durer plusieurs mois, alors même gavé il se réveillera la nuit car à son âge on ne distingue pas le jour et la nuit… Il ne sait pas que la nuit on dort et le jour c’est l’inverse. Donc biberon ou pas, il faudra quand même se lever pour le nourrir ou plutôt le rassurer. L’avantage du sein étant qu’il n’y a pas besoin de préparation à faire au préalable, on cale bébé à côté de soi dans son lit et on s’endort avec lui qui téte au sein. Plus reposant non ?

Second point : En cas de non prise de poids du bébé (en ne se basant que sur 2 pesées d’une semaine de décalage), le professionnel va inconsciemment faire comprendre à la maman qu’elle n’est pas une bonne mère et que le bébé est en danger, car il va lui dire : “Votre lait n’est pas assez nourissant, il faut complèter”.

=> Les chiffres ne savent pas tout, les chiffres peuvent être manipulés comme on le veut… Un enfant qui n’est pas dans la moyenne, n’est pas forcément mal nourri par la lait de la mère, parfois ou souvent le problème peut être ailleurs, ou tout simplement il n’y a pas de problème ! Par contre la vitalité de l’enfant, le fait que celui ci soit en bonne santé, qu’il tète bien etc… montre que le lait de maman est parfait pour bébé.

Troisième point : En cas de bébé « pleurnicheur » qui cherche à téter sans arrêt, les amies biberonneuses, la famille, ou les professionnels vont accuser la maman de ne pas être une bonne vache laitière faite pour allaiter : “Vous manquez de lait, il va falloir passer au LA”.

=> Certains bébés pleurent plus que d’autres, c’est un fait, ce n’est pas parce qu’ils ont bien tété, qu’ils refusent le sein parce qu’ils sont trop énervés ou qu’ils demandent constamment à téter, qu’ils sont énervés car y’a rien dans le néné. Le lait se fabrique au fur et à mesure de la tétée. Il peut y avoir des périodes où il faut multiplier les mises au sein (pic de croissance par exemple), mais n’oublions pas que, avant 4 mois l’allaitement n’est pas totalement mis en place.

Voilà généralement les raisons pour lesquelles je ramasse de jeunes mamans à la petite cuillère car elles ont foiré leur allaitement. Elles ont été mal conseillées, je ne les blâme pas, elles se sont fiées aux personnes qui semblaient être les meilleures pour les conseiller. Par contre faute de les blâmer, j’ai beaucoup de peine, car il n’y a pas pire que le remord de l’échec quand on est une mère et consciente que l’on a pas donné le meilleur à son enfant.

L’allaitement ce n’est pas que des chiffres, des courbes, des pesées, une moyenne de tétées par jour, un nombre de ml par tétées, l’allaitement c’est tellement plus simple que ça ! L’allaitement c’est de l’écoute, c’est de la sensation, c’est physiologique, instinctif.

Les problèmes de prise de poids, d’anxiété du nourrisson, de fatigue de la mère, dans les cas extrêmes ne sont pas à remettre systématiquement sur le dos de l’allaitement maternel ! C’est trop facile de sortir des solutions préconçues aux problèmes de ce genre. Il faudrait que les professionnels se cassent un peu plus la tête avant de diagnostiquer que le lait de la mère n’est pas nourrissant, ou qu’il n’y en a pas assez ! Car lorsque l’on contribue consciemment ou non au rattage d’un allaitement, on ne se rend pas compte des dégâts émotionnels que l’on entraîne chez la mère (et chez le bébé qui se retrouve privé du meilleur aliment fait pour lui).

Je peux à la rigueur ne pas bondir de colère quand les copines avancent des conneries, mais quand ce sont les professionnels, c’est pire, car ils sont censés être formés, et c’est leur boulot de rassurer.

Par Samia, initialement publié sur son blog le 8 Janvier 2012.

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14 réponses à “Allaitement : un petit rien qui peut tout faire capoter…

  1. Très belle article, je me reconnaît un peut…et c’est pour ça que j’espère devenir animatrice de lll…

  2. Voilà mon histoire.
    Du début à la fin, tu as raconté ce que j’ai vécu.

    Je ne m’en suis pas encore remise, et je crois que je m’en voudrai toujours.
    Même si j’ai la chance d’avoir un magnifique petit garçon de deux ans et demi en pleine santé, il y aura toujours ce pincement au coeur quand je vois une maman allaiter.

    Alors autant dire que le jour où mon fils aura un petit frère ou une petite soeur, je ne me ferai pas avoir de nouveau. C’est inconcevable.

    Merci, en tout cas, de me montrer encore une fois que ce n’était pas ma faute.
    Je le sais, mais parfois c’est dur.

    • Merci Zima,

      Nous apprenons de nos expériences, parfois il faut passer par de mauvaises expériences pour y voir plus clair par la suite.

      Tout pleins de bonnes choses à vous.

  3. 100 % d’accord !
    Encore eu le cas récemment avec une amie de ma soeur, sortant tout juste de maternité et qui demande des tisanes d’allaitement car elle trouve « qu’elle n’a pas assez de lait » !!! Car à la mater, comme la montée de lait tardait à venir, il lui ont passé des bib de préparation infantile… Grrr

  4. Une question me taraude : que peut-on faire pour informer les professionnels qui sont complètement à côté de la plaque ? Je pense à la 1ère pédiatre que j’ai vue, qui m’a dit entre autres que 8 à 9 tétées par jour, c’était beaucoup trop (à 1 mois !!!!), que je devais les espacer d’au moins 3 ou 4 heures… Sachant que j’étais primipare, que mon bébé était au-dessus des courbes de poids, qu’il avait tendance à régurgiter (non, pas de RGO, plutôt une réaction à mes propres tensions…), et que son papa me reprochait d’être trop au service du bébé, que se serait-il passé si je n’avais pas été mieux informée avant ? J’ai la chance d’être maman toujours allaitante d’un petit bonhomme de 20 mois, mais d’autres ne l’ont pas eue ou ne l’auront pas, avec des « bons conseils » comme ça… Alors, comment faire pour déclencher un petit rien qui empêcherait de tout capoter ?

    • Bonjour Oriane,

      Je viens de lire ton commentaire et je trouve tes questions très intéressantes…

      Dans un premier temps, il faut savoir que depuis les années 2006/2007, l’allaitement regagne du terrain, le terrain que le lait artificiel lui a pris il y a très longtemps et pendant plusieurs décennies.

      De ce fait, avec une demande agrue de mamans qui souhaitent être plus soutenues et rassurées (que finallement conseillées, l’allaitement restant de l’instinctif avant tout), poussent les professionnels à chercher à en savoir plus ou à être formés pour mieux conseiller. Le gros pb, c’est que généralement ces personnes font le pas de se former sur le sujet, par eux même. Ce que je veux dire, c’est qu’au niveau des formations de base (celle que l’on suit dans le but d’obtenir un diplome) actuelles (auxiliares puér, infirmières, SF), il y a peu de modules (voire pas du tout) sur le thème de l’allaitement. D’où le fait qu’il est de moins en moins rare de voire des SF, des AP ou autre pros de la santé effectuaient des formation sur l’allaitement pour renseigner au mieux les paturientes sur le terrain. Mais biensur lorsque ce personnel effectue ces formations, c’est une initiative spontanée (pas le chef du service qui a dit que fallait le faire) et propre au professionnel. Je ne sais pas si je suis claire ?

      Quand je vois un peu comment se passe les cours de prépa sur l’allaitement, je me dis y’a encore bcp a faire (bon en même temps mes grossesses remontent à 2006 et 2007, alors ça a surement du changer), mais la volontée y est, donc on ne peut qu’aller de l’avant.

      Aujourdh’ui internet aussi change bcp la donne, il y a de plus en plus d’infos, de blogs, d’associations qui sont là pour informer et accompagner.

      Celle qui loupe son allaitement une première fois, y verra plus claire dans le temps et prendra surement le temps ensuite de contacter des gens qui vont vraiment savoir la renseigner ou l’aider pour le prochain allaitement.

      Ce n’est qu’un début, mais c’est comme tout, ça peut prendre du temps, car nous sommes encore dans l’ère du LA, mais le lait maternel va reprendre sa place. Il faut juste continuer le travail sur le terrain.

      Ca ne répond pas vraiment à ta dernière question, mais c’est ainsi que je le vois. Ce n’est que mon avis biensur, un regard extérieur.

      Bien à toi,
      Samia

  5. Comme c’est bon d’allaiter et de se foutre de tout ce qu’on peut nous dire.
    Merci d’avoir écrit cet article qui traduit si bien ce que j’ai vécu pour mes deux premiers bébés.

  6. très bon article, qui vient rappeler à nos jeunes sœurs que la meilleure santé possible d’un BB passe par le tété. Elles doivent savoir si elles ont été créées avec les seins c’est pour ce rôle là d’abord, et non de prétendre les garder pour qui ou pour quoi. Elles seules savent. Il convient aussi de noter qu’un allaitement sain est conditionné par une bonne hygiène du sein, donc une attention particulière. Une astuce ici :

    http://moiaussije.wordpress.com/2012/01/08/lauto-examen-des-seins/

  7. Je n ai quasiment pas été aidé pendant mon allaitement,je parle surtout de min entourage proche ,famille ,amis ,d’ apres eux je me compliquais la vie!!!!
    Que j étais esclave,si il pleurait ,lait pas assez nourrissant…..j en ai vraiment souffert,mais j ai tenu!
    Maintenant il ne me reste plus que la tétée du matin,car mon grand souffre beaucoup de mon indisponibilité ,dc J AI pris la décision de diminuer,mais en aucuns cas « Grace « aux autres!!!
    Je précise qd même que mon mari a toujours été avec moi;)

    • Si le mari suit, c’est déjà un très bon soutien, toutes les femmes n’en bénéficient pas malheureusement.
      Pourtant l’allaitement est aussi une histoire de couple.
      Bravo à toi d’y être parvenue malgré le non soutien de ton entourrage et puis, on s’en fout des autres, on pense à bébé d’abord et puis c’est tout !

  8. Je n’ai pas été soutenue par ma famille au début de mon allaitement, je n’ai pas eu de soutien à la maternité non plus, heureusement mon mari était là pour me soutenir, il m’a vraiment fait tenir (et oublier les « et si ils avaient raison ? et si je n’avais pas assez de lait ?), et mon fils ❤ un tétouilleur de l'extrême ! si ce n'était pas lui on aurait peut-être pas connu ce plaisir des tétées pendant 2 ans.
    Il a arrêté quand je suis tombée enceinte du 2ème.
    J'ai tellement appris grâce à lui !
    Et pour notre petit 2ème je vais me fiche de ce qu'on me dit, ne pas écouter, n'écouter que mon bébé, et peut-être que mon fils voudra reprendre la tétée avec son petit frère/petite soeur 🙂

  9. bonjour à toutes, je suis heureuse de lire ce post après ce qu’il s’est passé hier soir. J’ai une petite princesse d’un mois et demi et hier soir apres la tetee elle continuait de pleurer je la remettais au sein et rien n’y faisait elle s’énervait en fouissant. finalement a 22:30 j’ai cédé et je lui ai fait un bib de LA, elle a bu 95 ml apres avoir tetee 20′ sur un sein et 10 sur l’autre, je m’en veux et surtout je suis triste. Pour monnfils je l’ai allaite jusqu’a un an et j’avais eu des petits pb parfois. est ce que si je ne bois pas assez cela peut jouer? que faut il que je fasse? j’espere que vous me repondrez. je vous souhaite une bonne journee, tatiana

    • Bonjour,

      Il s’agit d’un pic de croissance, c’est normal et indispensable. Le pic des 6 semaines est parfois très rude.

      Il ne faut surtout pas donner de biberon, ce qui fausserait la demande du bébé et empecherait une stimulation adéquat des seins. Il faut le mettre au sein encore plus souvent, parfois même « tout le temps ». Le pic dure entre 24 et 72 h. Il ne faut surtout pas complémenter, sans quoi le pic ne pourrait pas etre passé et ta lactation ne pourrait pas s’adapter a ses nouveaux besoins !

      Même si tu as l’impression que tes seins sont vides, c’est faux : ils produisent au fil de la tétée, mais ne stockent pas car pas le temps ! Arrete les biberons, augmente les tétées, collés collés pendant 2 jours et le lait rejaillira !

      Plus d’info ici : Les pics de croissance

      ou sur notre mail

  10. Bonjour je m’appelle marie, j’ai 27 ans et allaite depuis 3 mois mon amour de ma vie. Je n’est pas eu beaucoup d’encouragement, ma belle mère voulait même que je tire mon lait pour pouvoir donner le biberon, vous imaginez . Mon loulou ne prends pas beaucoup de poids du coup prochain rdv la pédiatre de la pmi veux que je complète avec un biberon si il n’a pas pris assez de poids. Je suis déçu. Sans oublier les  » ton lait ne doit pas être assez riche » . Enfin c’est compliqué l’allaitement surtout entouré de mamans bib. Qui compare les prises de poids de leurs enfants avec celle de mon fils et à qui on doit sans cesse se justifier. Jusqu’à devoir sortir une courbe de poids de bébé allaiter . Ma question : suis je obligé d’accepter le complément bib ? Mon ami dit que c’est sa santé qui est en jeu

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