Chutttt ….. Maman dort !

Je suis sûre que pour beaucoup de Seintes le récit de mon allaitement va être comme une petite madeleine de Proust au bon goût de nichon.

J’étais sur le point de passer ma licence, alors l’irritabilité, la nausée, la fatigue pour moi c’était le stress des examens. Et puis c’est bizarre je ne mange rien et je grossis des seins, c’est cool. Mr Geek trouvant ça louche, il me motive quand même au bout d’un mois à faire un test de grossesse même si perso je n’y croyais pas. Et là: Bim! dans les dents le petit trait.

En soi, jusque là, ma grossesse, mon allaitement n’ont rien de différents de ceux des autres à un détail près, je souffre d’hypersomnie idiopathique, ça y est le gros mot est lâché.

Pour ceux qui ne sont pas adeptes de Doctissimo et ne connaissent pas le Vidal en entier, ce petit nom barbare ne vous dira rien. Pour décomposer l’hypersomnie: je dors trop (parfois plus de 24h d’affilées) et n’importe quand : en parlant, en mangeant, en marchant (et oui ça m’est arrivé), et idiopathique ça veut dire qu’on ne sait pas pourquoi. Manque de bol c’était pour moi, coup de chance, ce n’est pas génétique, mes enfants sont à l’abri. Je suis une sorte de chat humain, non, de chaton, qui s’endort dans son bol le matin.

Mon premier réflexe après vomir et l’annoncer au papa n’est pas d’appeler ma meilleure amie, ma gynécologue ou ma mère (la pauvrette qui me croyait encore vierge), mais d’appeler mon neurologue (ouais mon neuro c’est trop mon BFF) et lui demander ce que je dois faire avant même de savoir si on veut garder ce bébé surprise.

La sentence tombe et
bim ! Deuxième coup dans les dents : INTERDICTION formelle de continuer mon traitement sous peine de faire des dégâts irréversibles à mon bébé. Idem si je veux allaiter, pas de pilules magiques. 
Panique à bord, je sais que sans traitement c’est un peu retour à la case départ, somnolences intempestives, malaises, bleus, bosses et fractures. On parle beaucoup avec mon compagnon, on pèse le pour et le contre. Je passe mes examens. On devait partir vivre un an à Glasgow, je devais être assistante de français, quand mon prof sait que je suis enceinte il me déconseille de partir, de me laisser un an de plus, un déchirement, je dois choisir entre mon bébé et mon rêve. Je fais un malaise, je vomis du sang, hospitalisation en urgence et estocade finale du challenger bébé: on me fait une échographie. Il mesure quelques millimètres et là j’entends son cœur ça y est je le sais, je le sens : je veux être une maman.

On en parle longuement avec mon compagnon, il accepte: on va être parents.

Commence le parcours du combattant, je suis vite, très vite épuisée sans mon traitement et à quatre mois de grossesses j’ai mes premières contractions, repos forcé, interdiction de marcher et utilisation d’un fauteuil roulant, ma gynécologue m’arrête. Tout se passe bien mais mon prof ne veut pas « prendre ce risque » de me réinscrire au programme d’assistanat pour la « crédibilité de la Fac ».

Je repars à zéro un bébé dans les starting-blocks et la fatigue, cette putain de fatigue qui me fait dormir certains jours 20h d’affilées. Arrive le moment de choisir ou non l’allaitement, pour moi c’est une évidence, pour mon compagnon aussi… Mais pour mon corps?? Ce traître n’arrête pas d’en faire qu’à sa tête. Malgré tout on va à la réunion, la sage femme qui vient régulièrement à la maison (toutes les semaines me faire un monitoring) me conseille, j’entre en contact avec une association d’aide à l’allaitement dont une amie de la famille fait partie. Je suis bien entourée. Je fais un projet de naissance, je veux faire le don du sang du cordon je m’y vois presque à pousser en rythme.

Seulement 4 jours de faux travail pour arriver à 3 centimètres de dilatations, 12h pour arriver à 6,5 malheureux centimètres, je suis épuisée. Et si je n’y arrivais pas ? Le coup de grâce, bébé fait une détresse fœtale et c’est la césarienne. Pendant deux heures avant de voir mon fils je pense, beaucoup, et je pleure, beaucoup. Dans ma tête j’ai tout foiré, l’état de grâce de la grossesse, zéro, l’accouchement, zéro et là mon allaitement arrive telle une bouée pour celui qui se noie et je m’y accroche de toutes mes petites forces.. Je vais y arriver, je veux y arriver et pis c’est tout !!

Pendant ce temps la Mr Geek la joue très bien, le petit reste en couveuse nu, il refuse le complément en bloc: « quand sa mère reviendra il fera du peau à peau et il aura sa fucking tétée de bienvenue bordel de Mac! Et Alt F4 ta gueule » (bon en vrai il est resté calme et c’est passé tout seul). J’arrive et c’est la magie du moment, il tète.

Seulement tout n’est pas si simple, comme pour d’autres Seintes mon petit tète peu, perd beaucoup de poids, le lendemain il a déjà perdu plus de 10% de son poids de naissance on me force à lui donner un complément au biberon, je pleure en lui donnant, j’ai ce goût amer d’échec dans la bouche, il pleure aussi et le refuse en bloc. Mr Geek me soutient et il finit par dire: 
« écoutez il n’en veut pas laissez tomber. »

On met un réveil toutes les 3h, on réveille le petit on le force à téter et ça c’est la nuit, la journée c’est toutes les deux heures voire les toutes heures que je lui propose le sein. Mon bébé a mal au cou, j’ai mal au corps, je craque, je fatigue et il me fait des suçons à un sein. J’en arrive à me passer un glaçon dessus avant qu’il tète pour l’anesthésier. Mais le pire c’est la nuit, j’ai peur, j’appelle à l’aide les infirmières et je me fais sermonner, qu’il faut que j’arrête de pleurer, que ça va aller, que toutes les jeunes mamans sont fatiguées.
Pendant 6 longs jours mon bébé ne reprend plus de poids, ma montée de lait se fait, explosive, je donne le surplus au lactarium et enfin je rentre chez moi.

A partir de ce moment-là, tout va mieux et mal en même temps. Et si je n’y arrivais pas ? Si je fatigue? Si j’avais une baisse de lait? On décide de mettre en place un système avec Mr Geek : il y a une échelle de la douleur, nous on a une échelle de la fatigue. Ça marche bien, très bien. Quand le petit se réveille, Mr Geek le prend, me réveille doucement, va lui changer sa couche le temps que je bouge, me le met au sein, écoute attentivement s’il déglutit et dès qu’il n’y a plus de bruits, le prend lui fait faire son rot, le recouche dans son couffin à côté de moi et me couvre avec la couverture sans me réveiller.

On amène le petit chez l’ostéopathe sur les conseils de super Cécile, la conseillère de l’association pour l’allaitement, plus de problème, plus de douleur ni de crevasses.. Au bout de 5 semaines je perds mon grand-père, le petit ressent ma peine et vomit tout ce qu’il mange et je me retrouve le soir de l’enterrement avec mon petit à l’hôpital, déshydraté. Je résiste mais j’y laisse des plumes je m’endors deux fois en n’ayant pas le temps de m’asseoir.

Je pleure et je me rends à l’évidence, je suis arrivée au stade 2 de la fatigue sur notre échelle de 5.
Alors avec Mr Geek, on met en place un système qui marche du tonnerre, le lait tiré dans la journée avec le MAP il le lui donnera dans un bibou pendant la nuit à la tétée de 4h du matin. Je dors de nouveau 8h d’affilées, je reprends le dessus, les jours où c’est dur, Mr Geek me tiens la main, ça va aller, il est hors de question de lui donner du « faux lait » même pas du vrai lait de vache, non, du lait de vache recomposé alors que c’est un petit humain. Je reprends le dessus et quand le petit fait enfin ses nuits j’arrive sur la pointe des pieds, sur la pointe des mots, je demande à Mr Geek s’il a envie de garder ce qui est devenu SA tétée, parce que moi je me sens prête à reprendre le créneau, je suis moins fatiguée. Il accepte, immédiatement.

C’est de nouveau lui, moi, les nichons et rien d’autres. Tout ce que j’avais prévu s’avère inutile même les deux fois où Mr Geek me laissera totalement seule plusieurs jours j’y arrive, je donne le sein à mon fils, je me repose comme ça, je m’apaise aussi, une bonne tétée a sur moi le même effet qu’une petite sieste… Moi qui avais prévu de changer mon petit à même le sol au besoin (au cas où je m’endorme il ne risquerait pas de tomber par terre et se blesser) moi qui pensais arriver au stade 3 de la fatigue en 3 mois, j’ai trouvé un nouveau médicament miracle en mon bébé. Oui je dors 14h minimum par jour, OUI j’ai des cernes, et OUI je dors dès que mon fils dort la plupart du temps. Mais mon bébé est en pleine forme, je me sens forte et femme quand je lui donne mon sein à tous vents et à tout va. Je m’affirme, je GRANDIS.

Si j’écris cette bafouille (ce pavé) sur mon allaitement ce n’est absolument pas pour dire « regardez, je suis formidable vous avez vu j’y arrive ». Je veux juste passer un message positif. OUI on peut être maman et malade, OUI on peut avoir une maladie du sommeil reconnue comme un handicap et se passer de son traitement si on est bien entouré et un minimum préparé. J’ai toujours vécu comme ça, j’ai appris à vivre avec, pour moi c’est NORMAL. Tout est une question d’organisation… J’ai un compagnon formidable qui mérite amplement son statut de Seint à part entière tant il me soutient dans notre choix d’allaiter.
Je suis une Seinte et je suis hypersomniaque, Je crois en moi, en nous, en mon lait et mon instinct et comme dirais Mark Twain :
« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. »

Par Jessica, la Geekette

Publicités

21 réponses à “Chutttt ….. Maman dort !

  1. Pfiouuuu… j’ai trois mots qui me viennet à l’esprit là :

    Chapeau
    Chapeau
    et Chapeau

    un pour chaque membre de ce magnifique trio !

  2. Bah si t’es formidable, y’en a plein d’autres qui auraient baissé les bras dès la maternité, mais pas toi, alors oui, tu es formidable, et ton homme aussi, il est formidable parce qu’il te soutient dans tes choix !!!!

    Vous êtes formidables !!!!!!!!!

  3. juste whaou !!! je m’incline c’est exceptionnel une telle rage d’y arriver quoi qu’il advienne !!! BRAVO ;o)))))) une cousine de mon homme est narcoleptique si le moment venu d’être maman elle se pose la question de l’allaitement je lui parlerais de ton témoignage magnifique ! bel et long allaitement à tout les 3 !

  4. C’est un témoignage merveilleux, et parfaitement résumer par cette petite citation de mark twain!
    Je lève mon verre (oui c’est jour de fêtes je bois ce soir) à ce merveilleux couple, que dis je merveilleux trio, qui à sus se compléter, ce surpasser, croire en leur potentiel, et réussir avec Brio !

    Et je vous souhaite que ces moment lactées dur encore et encore !

  5. Ah c’est beau, c’est beau comme tout !!! Je suis toute émue en te lisant, bravo ! BRAVO à toi, BRAVO à ton homme !!! Et que ça continue aussi merveilleusement que ça. Quel beau témoignage d’espoir ♥

  6. Chapeau bas Madame, tu peux être vachement fière de toi sans mauvais jeu de mot et chapeau bas à Monsieur Geek pour son soutien, il pourrait donné la main à ma douce moitié qui faisait tout comme lui si ce n’est que je ne suis pas atteinte de ta maladie mais que j’étais nase de chez nase et que je voulais allaiter le dernier comme les premier (le septième)…. résultat, il a lâché mon sein à 2 ans le ptit père comme quoi quand on veut hein… et qu’on ne me dise pas, oui mais tu n’as pas eu mal, c’était un septième, tu connais pas les crevasses, oui mais t’avais un rythme, oui mais rien du tout, premier, dernier, même combat, parfois tout se passe bien, parfois tout se passe mal, comme pour un mariage quand on signe c’est pour le meilleur ou pour le pire, on peut pleurer et abandonner ou chercher, trouver des solutions à chaque difficulté comme toi, merveilleux exemple de détermination! J’espère que ton passage sur la voie lactée t’a réconciliée avec la maman formidable que tu es! Bonne route et plein de bonheur à vous 3

  7. Sacré parcours du combattant vous formez une belle équipe !
    Sinon on a vécu le même accouchement marathon, même dénouement, même bébé qui perd beaucoup de poids.

  8. Wouah j en ai des frissons bravo pour ton pardon votre courage votre force votre foie en vous et votre bébé ! L allaitement c’est magique !

  9. Vous êtes géniaux tous les trois !
    Vous vous êtes accrochés à cet allaitement, au début comme à une « bouée de sauvetage » puis parce que c’était de toute façon ce qu’il y avait de plus naturel, de plus simple et surtout de plus bénéfique pour chacun.

    Ce papa qui a su dire non aux compléments dès le début, qui a su quand son rôle de Seint devenait essentiel pour permettre à une Seinte de se sentir à nouveau prête à chaque tétée !

    Ce bébé qui a su vous attendre…
    Vous avez réussi cet allaitement à trois, et j’en ai les larmes aux yeux tellement je trouve ça beau !!!!

  10. Merci pour ce joli témoignage: décidément l’allaitement est une question de pure volonté, les Seintes le prouvent tous les jours!

  11. Magnifique histoire! J’ai lu ca hier seule..Tellement émouvant que je l’ai lu à mon homme qui m’a regardé avec un air super sérieux et épaté en même temps et me dit « Belle histoire »!

  12. Salut,

    Je viens de lire ton post et ai l’impression de lire ma propre histoire…
    Aussi hypersomniaque, meme accouchement, meme allaitement. peut-on se parler en privé?
    Merci!

    • Purée ça fait un baille j’avais pas lu les commentaires (boulettes) et oui on peut parler si tu veux pas de soucis 🙂

  13. merci pour ce témoignage ! j’ai également une hypersomnie idiopathique. ma fille a un an et je continue de l.’allaiter. je remarque aussi que sans traitement depuis longtemps je m’en sors, alors que les symptômes étaient intenses avant le diagnostic et le traitement initial. je me demande quelle est la part des hormones. et de ma motivation.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s