Allaiter, tout un apprentissage

Quand j’ai dépoté Babycolle, j’étais pas au mieux de ma forme. Je me souviens vaguement avoir entendu une voix me demander “On la met à téter ?” (ou quelque chose qui y ressemble) et moi de répondre “Oui, oui”, mais sans avoir eu le temps de rajouter “mais pas à gauche”, en tout cas pas tout de suite.

Pourquoi pas à gauche ? Parce que le téton gauche est du genre Timide. Le téton droit est un Vaillant, il a toujours pointé fièrement et aime se montrer. Bref, l’infirmière déposa Babycolle devant Timide… C’est au moment où on me la posa de ce côté que je suis souvenue que, haaa mais oui, ce téton sort pas… Tétée de bienvenue un peu pourrite du coup…

Le lendemain, on me remet dans ma chambre, la journée se passe, aujourd’hui je n’ai plus aucun souvenir de cette première journée… Par contre, j’en ai de la seconde nuit… Une seconde nuit sans fermer l’oeil. Babycolle toujours plus hurlante, et la chambre toujours trop chaude. Babycolle collée autant à Timide qu’à Vaillant, je la regarde tenter de téter, mais ne l’entend pas déglutir, et plus les heures passent, et plus ça va de mal en pis. Le matin de cette seconde nuit, Babycolle n’est pas la seule à pleurer. Je l’accompagne, épuisée, perdue, j’avais passé ma nuit à tenter de comprendre pourquoi mon lait ne lui suffisait pas pour dormir quelque heures.

Au matin du 2ème jour on vient me la laver, l’infirmière me demande si je prend bien sa température…“Pardon ? Ben oui, vous remplissez bien la feuille ? Quelle feuille ? » Hé oui, j’aurais dû deviner (à travers le brouillard neuronal qu’induisait une excessive perte de sang deux jours plus tôt) que les paplards que infirmière number one avait mit dans le lit de Babycolle c’était à MOI de les remplir, et que EN PLUS je devais aussi prendre la température de Babycolle à chaque change ET la peser aussi…

Okay…

Ben non madame, j’ai pas eu vent de cette chose.

Infirmière number two prend la température de Babycolle : 38.7 … Et son poids : tout ce que je me rappelle c’est qu’elle avait perdu 10% de son poids de naissance en deux jours. Quelque minutes plus tard, on me dit “mettez-là au sein, on va lui faire une prise de sang, et ils sont toujours plus calmes quand ils ont mangé.” Moui… Je la mets donc au sein. Comme je le pressentais, elle ne tète pas assez fort, ni longtemps, et s’endort même sans avoir rien mangé. Sans que je m’en rende compte, ma petite fille était en train de décliner… On me la prend quand même. On me la ramène en me disant, “ha mais c’est pas normal qu’elle pleure autant après avoir tété, on va lui donner un petit complément.” Et moi de rajouter “hé ben c’est ce que je me tue à dire depuis cette nuit…”

Le soir 2 pédiatres vinrent me la prendre. Ma fille avait une infection et était déshydratée.

Déshydratée…

Ma faute…

Culpabilisation powa.

Direction le néonatal.

Je te passe les détails. Là, nous avons été prises en charge Babycolle et moi. Elle était sous perfusion, car je ne produisais rien en lait, on m’a fait stimuler ma montée de lait via un tire-lait. Ma Babycolle était nourrie par sonde dans un premier temps. Sous perfusions d’antibios, elle légumisait sur une table chauffante à 37.2°C.

Puis une fée me donna des téterelles, elle stimula Babycolle à la tétée. Ce fût le temps de la double pesée. Celle qu’on attend avec espoir et crainte entremêlés : la pesée d’après-tétée… Des jours avec, des jours sans, à me transformer en zombie, avec des espoirs quand elle tétait, et des chutes dans un gouffre profond quand elle refusait toute nourriture.

Six jours en tout. Six jours où on nous a appris, à elle, à téter avec force et vigueur aidée par la téterelle, et à moi, à la stimuler, la réveiller, la soutenir, l’entourer de confiance et d’amour, et lui chuchoter à l’oreille qu’elle était géniale, et pis tenter de grapiller de ci, de là, quelques minutes d’intimité, tenter de lui chanter une berceuse, mais ne pas y parvenir, se sentir tellement démunie, impuissante malgré tout…

Et puis ce jour béni des Seintes, lorsque le téléphone de ma chambre sonna, et que j’entendis l’infirmière me dire : vous pouvez venir chercher votre bébé. Si j’avais pas eu si mal au cul, j’aurais fait une culbute. Au matin du septième jour, ma fille était là, à un bras tendu, à mes côtés. Marre de l’hosto, au soir du neuvième jour, je rentrais chez nous.

Trois mois plus tard, j’ai décidé d’arrêter les téterelles. Et là surprise ! REF dans tes gencives ma pauvre Babycolle… Nouvel apprentissage : gérer ce flux qui vient trop vite, boire sans s’étrangler… Je remercie d’ailleurs les Seintes, et Marion, qui a pris le temps de me rassurer, me guider, et m’aiguiller. Six mois plus tard, le REF est quasi inexistant, Babycolle apprend à téter pour avoir son dû.

Elle a maintenant 8 mois et demi, et elle tète toujours avec avidité. Je n’oublie pas nos débuts difficiles, mais j’ai l’espoir que ces instants présents durent encore des mois et des mois. J’ai choisit d’opter pour un sevrage naturel, par respect pour mon enfant. J’ai donc l’intime conviction que notre apprentissage n’est pas encore terminé.

Par Mam’Sauterelle, initialement publié sur son blog.

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4 réponses à “Allaiter, tout un apprentissage

  1. Je trouve ce témoignage trés touchant… car moi aussi j’au subi, les aléas des infirmière 1, 2 , nuit, jour….à l’hôpital… et le plus dur a été leur remarque: « ah, mais c’est votre 2eme donc vous savez faire… » sauf que entre bébé 1 et bébé 2….c’est le jour et la nuit quant à l’allaitement. Par ailleurs, ce qui m’a interpellé dans votre billet c’est : « Nouvel apprentissage : gérer ce flux qui vient trop vite, boire sans s’étrangler…  » ceci m’intéresse car mon 2eme bibou a 4 mois et s’étrangle assez souvent lors des tétées surtout la nuit… y a t il des précautions à prendre?? Merci pour ta réponse. Mathilde

    • Ce que je faisais en début de tétée, au moment de la montée de lait, je la retirais un moment, pour laisser passer le premier jet assez fort, et je la remettais ensuite, il va sans dire qu’elle n’était pas trop contente. Par la suite, je l’ai mise en milieu de jet, afin qu’elle apprenne plus tard à le gérer d’elle même.

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