Une rencontre en avance

Un lundi, comme tous les autres, sauf que ce lundi je perds les eaux. J’étais à 30 SA + 3, soit 6 mois et une semaine de grossesse, là c’est la panique, c’est trop tôt !

Je suis dirigée vers un hôpital de niveau 3… débutent alors les examens, tout est ok, bébé est en forme, la poche est juste percée, mais le liquide se renouvèle bien, je peux accoucher dans les heures qui suivent mais aussi dans les semaines à venir…

L’attente commence, chaque heure, chaque jour passé est une victoire. Rassurée sur l’état de santé de bébé, je me « rappelle » que pour cette grossesse je souhaitais, plus que tout, allaiter. Je m’étais documentée en achetant des livres et en fouinant sur le net ou j’ai découvert, entre autre, Maxi best of McMaman et les Seintes.

Et là re-panique : comment vais-je pouvoir allaiter si j’accouche si tôt ?!
Je contacte alors Marion, qui met en branle tout son réseau et qui me met en contact avec Seinte Solène : je suis conseillée, soutenue, j’ai toutes les infos dont j’ai besoin pour induire ma lactation … au cas où.

31 SA +1, alors que tout allait bien, bébé à décidé qu’il était temps d’arriver, Eden est minuscule, un mini bébé mais en parfaite santé qui n’a pas eu besoin d’assistance respiratoire. Un accouchement juste parfait et j’ai la pêche, comme me l’ont conseillé Solène et Marion je demande un tire-lait … et là, les emmerdes commencent !

« Maaais Madame, vous devez vous reposer, z’avez bien le temps pour tirer votre lait » … non je veux ce foutu tire-lait maintenant, j’exige ce foutu tire-lait ! La sage-femme me l’apporte à contre-coeur en me balançant un « Vous savez, dans ces conditions il y a de grandes chances que ça ne fonctionne pas. »
M’en fous, je tire, encore et encore ! Et j’ai ma montée de lait en 48h, première victoire ! Sauf que mon colostrum est parti en bactériologie et pendant ce temps ils lui donnent du lait artificiel .. qu’elle ne digère pas du tout.
Bactério ok, à 2 jours de vie, elle reçoit mon lait, qu’elle digère très facilement… étonnant, non ?

Je m’accroche à mon « allaitement », je fais un point d’honneur à ne pas me laisser décourager par la situation, cette foutue machine et les réflexions démoralisantes de certaines infirmières.
Je suis sous surveillance : « Oh mais vous tirez trop ! Trop longtemps, ça ne sert à rien »… et j’en passe !

Ma lactation est bien lancée, je produis beaucoup de lait… y a plus qu’à !

32 SA, je peux enfin la prendre dans mes bras… A ce terme, selon eux, je ne peux toujours pas l’allaiter, les prémas ne sauraient pas prendre le sein correctement et téter, avaler et respirer en même temps – risque de fausse route .. tu parles !
Eden a prouvé qu’ils se plantaient, première présentation du sein, juste pour voir… Là, mon bébé tout minuscule, ouvre la bouche, tel un serpent s’apprêtant à avaler sa proie, gobe mon téton et tétouille, devant les yeux effarés de l’infirmière… Elle s’endort… Une chose est sûre, elle est encore trop petite et se fatigue très vite, en attendant elle est nourrie, avec mon lait, par sonde.

Pendant les deux semaines qui suivent, je me bats contre des infirmières de mauvaise volonté, pour faire un maximum de peau à peau, pour les mises aux seins, même si je sais qu’elle ne pourra pas se nourrir, vu que c’est de sommeil dont elle a besoin.

Je pleure, de fatigue, de colère, d’incompréhension, j’ai le sentiment qu’elles font tout pour nuire à mon allaitement. Je comprends aussi qu’elles ne sont pas informées, que pour elles l’allaitement c’est bien mais pas indispensable – aberrant en service de réanimation néonatale !

Je me ressaisis, je n’ai pas su garder mon bébé dans mon ventre, hors de question qu’elle n’ait pas le meilleur, mon lait. Et je demande notre transfert vers un autre hôpital.

34 SA : là, tout change, nouvel hôpital, fini l’incubateur, je peux faire du peau a peau à volonté, tire-lait et tèterelles à volonté ! Le pied, ils ont même une conseillère en lactation, je suis toute joie !
Eden est déjà bien décidée et motivée… Elle arrache sa sonde, décision est prise de ne pas lui remettre et de voir.

Commencent alors les vraies tétées, Eden tète comme une championne, de plus en plus chaque jour, elle grandit et grossit bien, on doit malgré tout, se plier aux règles, pesée avant et après la tétée et complément donné à la tasse ou au biberon en fonction des quantités prises.
Peu importe, ce qui compte, c’est la sortie, pour ça, il faut qu’elle prenne les quantités décidées par le pédiatre, qu’elle ne fasse plus de bradycardies, qu’elle fasse au moins 2 kg et qu’elle soit à 36 SA…
A 35 SA elle remplit toutes les conditions, on n’attend plus qu’elle atteigne l’âge requis.

36 SA, après 5 semaines de néonat, c’est la sortie, je prends mon bébé et tout mon stock de lait sous les bras et on rentre à la maison !

Là c’est une autre paire de manche, tétées à volonté, mais elle ne se réveille pas pour réclamer, dans quelle mesure la réveiller ? Ma lactation ne va-t-elle pas baisser ? Comment qu’on faaaaait ? Mini-panique, je continue de tirer mon lait, après chaque tétée, je suis crevée…

Heureusement Seinte Solène est là, l’infirmière de la PMI, allaitante convaincue, est un très bon soutien aussi, elles me conseillent et me rassurent.

37 SA : adieu le tire-lait, bonjour les tétées à volonté et sans stress. Ma lactation a diminué, mais s’est adaptée à la demande d’Eden.

Encore mille mercis à Solène, Marion et les Seintes pour tous vos conseils, sans vous je n’y serais pas arrivé, je vous en serai éternellement reconnaissante ….et Eden aussi !

Par Nadia.

***Bienvenue à Eden, et félicitations à sa maman Nadia, pour sa persévérance, sa force et sa volonté.***

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16 réponses à “Une rencontre en avance

  1. je trouve ça juste hallucinant de devoir se battre pour son allaitement et surtout en lisant ton témoignage je suis émue et touchée par votre histoire .
    BRAVO !!!

  2. Bravo Nadia ! Tu es une winneuse, tu t’es battue et tu as déjà remporté une magnifique victoire dont toi seule connaît la saveur.
    Je vous souhaite une belle et longue voie lactée, pleine d’amour.

  3. Respect Nadia ! Quelle volonté, quel courage, et quelle anticipation aussi. Comme quoi, rien ne semble remplacer l’information, les expériences des autres. Il y a les choses que l’on sait intuitivement, mais pour lutter contre une équipe médicale, dans un moment pareil, heureusement que tu a su ou trouver du soutient.
    Magnifique témoignage, merci.

  4. merci à vous 3 !
    Oui Cindy c’est juste hallucinant de devoir se battre, j’aurais aimer vivre cette naissance prématurée sans ce stress en plus …mais c’est derrière nous, le plus important est qu’Eden est maintenant accro aux tétées !

  5. J’ai la larme facile ses derniers temps. Moi je trouve ça beau. De vouloir allaiter envers et contre tout. C’est une belle histoire. Je souhaite le meilleure à Eden et sa maman.

  6. Seigneur ! Je revois mon histoire dans la tienne et les larmes coulent coulent coulent !!!! Tu as toute ma tendresse !

  7. Bonjour !
    Bravo pour votre combat..je suis infirmiere et je ne comprend pas mes collegues….bises

  8. Comme je comprends! J’ai accouché à 32SA+4, on m’a donné un tire-lait sans souci là où j’ai accouché mais dans l’hôpital où j’ai rejoint ma puce ils ont mis 48h à m’amener un TLE qui ne fonctionnait pas! Et ils m’engueulaient car je me levais tirer en néonat la nuit malgré ma césarienne! Le monde à l’envers! Mais comme toi je me suis accrochée et j’allaite toujours ma puce de 6 mois, malgré le départ difficile et les 10 semaines de néonat…

    Bravo à toi et à ta petite Eden 🙂

  9. bravo

    Eden énormément de chance de t’avoir pour maman

    pour faire changer les choses…. car toutes les mamans n’auront pas ton cran
    tu pourrai envoyer un courrier (ton texte ici est parfait)au service neonat du premier hôpital (racontant ton vécu…) ainsi qu’une copie a la drh de l’hôpital (ou au service remédiation si il existe) y a que comme ça qu’on peut faire avancer les choses 😉

    idem pour le deuxième service un compliment ça motive …a faire encore mieux ;)-

  10. bravo! que tout allaitement dure autant que vous le souhaitez tous les 2…
    enfin en tout cas ce qui me fait halluciner c’est que dans un centre de néonat tu aie d’un coté des infirmières désinformées et d’un autre un lactarium qui essaie tant bien que mal de récolter assez de lait pour nourrir tous les prémas…pourquoi c’est si mal foutu?

  11. Grande préma à une époque où les mamans n’approchaient leur bébé qu’à travers une vitre et l’allaitement n’était pas envisageable, ton témoignage m’a beaucoup touchée.
    Bravo à toi.
    Je te souhaite à un bel et long allaitement.

  12. Nicolas est arrivé à 34 s.et 3 jours. On me l’a enlevé pendant plus d’une heure, je ne savais mm pas où il était, si ça allait. Ensuite on m’empêchait beaucoup de faire de mon mieux. Il va avoir froid, il doit dormir, ne le touchez pas. Il ne saurait pas téter, on ne vous réveille pas pour allaiter, on lui met une sonde. Elles nous ont traumatisé… Je suis restée le plus possible à ses côtés et j’ai tiré mon lait, sous les critiques de ces dames qui ne sont pas mère mais savent tellement mieux que moi ce qui est bon pour mon enfant… Le manque d’humanité de cette néonat est étonnant, encore heureux qu’il reste des gens qui sont là par vocation !
    A force d’amour et de bon lait mon titi est si vigoureux que le pédiatre en est baba 🙂
    et je n’ai pas souvent vu un tel accro du lolo !

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