Le tire-lait, un ami qui vous veut du bien

Au début je ne voulais pas allaiter. Ni ma mère, ni mes belles-soeurs n’avaient allaité, personne n’en parlait et tout le monde se portait bien. Et puis, à 5 mois de grossesse de mon premier enfant, en vacances chez nos amis de la Réunion, j’ai changé d’avis, du moins mon amie m’a juste conseillé d’essayer, que c’était que du plus pour mon bébé, même si ce n’était que quelques jours ou semaines. Je suis donc rentrée à la maison avec cette idée en tête mais je ne me suis pas pour pourtant renseignée sur le sujet, comme tout le reste de ma grossesse d’ailleurs. C’est comme ça que j’ai accouché 15 jours en avance, en ayant perdu les eaux, sans être prête, ma valise était vide, ma tête aussi, le Papa était à Paris pour le travail (j’habite à Lyon) et il était 23h. J’ai réussi quand même à aller à la maternité, le Papa m’y a rejoint, j’ai accouché, tout s’est très bien passé jusque là. Mais le calvaire a commencé quelques heures après : en chambre double, un personnel désagréable et l’allaitement. On m’avait dit que ça pouvait faire mal, mais le seuil de douleur est propre à chaque personne. Alors j’ai mis mon petit au sein et je n’avais pas mal. Ca picotait, mais ce n’était pas douloureux. Ma seule préoccupation était de sortir de cette maternité le plus vite possible. Sauf que la veille du soit disant départ, on m’a lâchement annoncé que je ne sortirais pas si mon petit n’avait pas repris de poids. Alors, je l’ai mis au sein pratiquement toute la nuit. Et le matin, il avait repris suffisamment de poids. Je me suis sauvée de la maternité, soulagée. Mais deux heures après, j’avais les seins en sang, il faisait une chaleur horrible dans l’appartement, c’était un dimanche et la montée de lait est arrivée. Le second calvaire a commencé : les seins douloureux à chaque mise au sein, les seins engorgés qui ne voulaient pas se vider, la fatigue… J’ai contacté par téléphone une association qui m’a donné des conseils de positions pour l’allaitement (le ballon de rugby…), à l’époque je ne savais pas que l’allaitement était aussi sportif. Mon petit et moi n’avons pas bien compris les explications et le calvaire a duré deux semaines. Entre temps, je suis allée voir une sage-femme qui m’a dit de travailler sur l’ouverture de la bouche de mon bébé (ça paraissait simple) : mon petit me pinçait, il fallait que je gratouille son menton à chaque succion pour qu’il comprenne qu’il devait ouvrir grand la bouche mais il n’appréciait pas et arrêtait systématiquement de téter à chaque fois que mon doigt lui touchait le menton.

Pour les crevasses, on m’avait conseillé de laisser sécher les seins à l’air : c’est là qu’on est contente d’être fin juin, que je ne suis pas pudique avec mes parents, car mes seins, ils étaient à l’air toute la journée, même à table!

Mais ça ne cicatrisait pas, j’ai failli arrêté définitivement, les énormes croûtes sur tout le mamelon saignaient à chaque mise au sein. Mais au fond de moi, je ne voulais pas autre chose que mon lait pour mon bébé. Heureusement que le Papa m’a toujours soutenu sans jamais m’influencer.

Un matin, je suis allée à la PMI faire peser mon petit et la puéricultrice, voyant mes seins, m’a conseillé de tirer mon lait. L’après-midi même, mon tire-lait électrique était livré à domicile (le Symphony de Medela, double pompage) et c’est devenu mon meilleur ami. Je donnais un biberon, je tirais mon lait, jour et nuit, toutes les 2-3 heures, pendant 2 mois. Et ça demande de l’organisation surtout quand on part en vacances : le tire-lait, les téterelles, les biberons, les bacs à glaçons pour congeler les grandes quantités de lait que je tirais, l’arbre à biberon pour faire égoutter les biberons, la glacière pour garder les biberons au frais pendant le voyage… C’est aussi dans ces moments là qu’on est convaincu que l’allaitement au sein est le meilleur pour son bébé! C’était donc fatigant mais ça m’a laissé également de bons souvenirs : la nuit, à 3h du matin, regardant les clips à la télé (toujours les mêmes pendant ces 2 mois!), avec mon petit à côté dans son transat que je berçais avec le pied et qui me regardait tirer ce bon lait pour lui. Mais j’avais aussi des frustrations : pas de mise au sein, et surtout, à chaque fois que je portais mon petit, il s’énervait, cherchant à téter, se pliant en deux pour essayer d’attraper ce sein que je lui refusais.

Quand mon petit a eu 2 mois, je suis retournée à la PMI pour une visite. La même puéricultrice, consciente de mon acharnement à ne pas renoncer à allaiter, m’a conseillé de remettre progressivement mon bébé au sein, qu’il avait peut-être mûri et qu’il saurait peut-être mieux téter. Alors, j’ai suivi ses conseils : une fois par jour, puis 2… Et une semaine après, celle du 15 août, le Papa était parti loin pour le travail, il a fait très chaud à Lyon : jusqu’à 38°C dans l’appartement. J’ai mis mon bébé au sein à chaque fois qu’il le voulait, je n’ai plus tiré mon lait et tout s’est très bien passé. Et ça a finalement duré 17 mois : un heureux allaitement, même avec une reprise du travail à ses 5 mois (j’ai tiré mon lait, mais seulement au travail, jusqu’à ses 10 mois), même avec une nourrice qui ne comprenait pas grand chose à l’allaitement et même avec une belle-soeur qui explique à son fils de 6 ans que l’allaitement c’est comme les veaux avec les vaches dans les prés.

Aujourd’hui, j’ai appris que tirer son lait et donner des biberons pouvaient compromettre un allaitement et pourtant sans ça, je n’aurai pas pu allaité. Mais à l’époque, j’ai seulement suivi un conseil qui soulageait enfin mes douleurs et qui ne disait pas de tenir bon avec mes crevasses et mes seins en sang ! Je ne m’étais pas posée la question de savoir si mon bébé allait ou non faire une confusion sein-tétine car à l’époque je n’avais pas connaissance que cela pouvait exister.

Si j’écris cet article, c’est pour dire aux mamans qui souffrent qu’il faut tout essayer pour ne pas abandonner, que parfois ça marche comme par miracle. Donc, oui, il faut se préparer un minimum, se faire confiance et se répéter à chaque instant que c’est le meilleur pour son bébé. Il y a 8 mois, j’ai accouché de mon deuxième enfant, j’ai changé de maternité, je n’ai pas écouté le personnel quand il me mettait la pression pour mettre mon bébé au sein parce qu’il fallait qu’il reprenne du poids, je me suis faite confiance, je me suis préservée, et aujourd’hui tout se passe parfaitement bien : je suis une Seinte heureuse!

Par Géraldine

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2 réponses à “Le tire-lait, un ami qui vous veut du bien

  1. wow merci de ce témoignage! de la part d’une maman qui a souffert aussi beaucoup pour les démarrages d’allaitement

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