Seinte

L’allaitement n’a pas été un choix : ça a été une évidence… Depuis toujours… D’aussi loin que je m’en souvienne…

Et concernant une évidence, on ne se pose pas beaucoup de questions.

Il y a donc eu cette évidence : j’allaiterai mes enfants, « tout simplement ».

Il y a eu cette histoire racontée par Maman : pour mon grand frère comme pour moi, elle n’avait pas assez de lait, elle devait compléter et à 2 mois, elle n’en avait plus et à du arrêter de nous allaiter.

Il y a eu ce moment un peu fou, où on a su que j’étais enceinte : l’allaitement est resté une évidence, sans plus de questions.

Il y a eu ce cours de préparation à l’accouchement, dans « ma » maternité ami des bébés, animé par une consultante en lactation. Première nouvelle : « on ne peut pas ne plus avoir de lait, tant qu’on stimule, il y a du lait ».

Il y a eu ces informations : l’allaitement réduit les risques d’eczéma et d’allergie {entre autre}. Le futur papa a souffert d’un eczéma important puis d’un asthme qui l’a amené plusieurs fois à l’hôpital étant petit…

Il y a eu cette très chère amie qui a accouché quelques mois avant moi. Enceinte de 3 mois, j’ai passé 2 jours avec elle et son nouveau-né de 10 jours. Elle l’allaitait avec des drôles de petits trucs en silicone : comme une tétine de biberon qu’elle m’était sur son sein. Je me suis fait la réflexion que c’était bizarre de vouloir allaiter son bébé mais d’utiliser « ça » entre elle et son bébé. Mais je n’ai rien dit.

Il n’y a pas eu de question, ni même de questionnement.

Il y avait juste cette drôle d’idée : « je veux allaiter au moins 3 mois, jusqu’à Noël ».

Il y a eu un accouchement surprise. Bébé devait naître à terme, voir même plus tard. Il est né avec 2 semaines d’avance, en tout juste 5 heures !

Il y a eu ce premier regard, tellement… indicible.

Il y a eu cette première mise au sein. Mon bébé contre moi pendant 2h… La première mise au sein s’est faite un peu attendre. J’étais déchirée par la ventouse, je n’avais pas de péridurale, et le travail de M. le couturier n’était pas compatible avec la douceur de cette première tétée. Ca ne m’a pas dérangé. Je parlais à la puce entre 2 serrages de dents.

Il y a eu les SF, les puéricultrices qui me disaient que la puce tétait super bien.

Il y a eu la visite de la Marraine de ma puce, cette très chère amie, qui m’a tendue une boite jaune, avec ses téterelles dedans en me disant « tu verras, ça m’a sauvé la vie ! »

Il y a eu ce matin du 3e jour, du sang sur la grenouillère de la puce, du sang dans le lit… Une grosse boule d’angoisse, je la regarde, je me regarde… OUF, ce n’est que moi. Mon téton gauche est bien abîmé. La SF me propose des téterelles. Je prends celles qu’on m’a prêtée. Pendant 2 semaines. Puis je n’en n’aurais plus jamais besoin.

Il y a eu le retour chez nous, qui s’est fait un peu attendre.

Il y a eu 8 à 10 tétées par jour. La puce qui dort beaucoup, et que je réveille pour les tétées, lorsque 3h ou 3h30 se sont écoulées… Mais pas toujours, car si elle dort, c’est qu’elle en a besoin, les tétées à la demande, respecter le rythme du bébé… Les nuits sont relativement paisibles, la puce dort 6 heures d’affilée…

Il y a eu ce rendez-vous avec la consultante en lactation 10 jours après notre sortie de la maternité.

Je lui explique que la puce dort beaucoup et que je la réveille pour les tétées. Elle la pèse : la puce n’a pris que 10g en 10 jours… La consultante en lactation me dit : c’est normal qu’elle dorme beaucoup : elle s’est mise en mode économie d’énergie… Je dois l’allaiter 10min un sein, 10 min l’autre puis 10 min à nouveau le 1er sein. C’est long. La puce s’endort…

Alors il y a eu le doute, la peur un petit peu aussi, et si c’était vrai, et si comme Maman, je pouvais ne pas avoir assez de lait, et si j’arrivais pas à l’allaiter, et si j’arrivais pas à la faire pousser assez ?

Il y a eu le 1er rendez-vous chez la pédiatre, la puce n’ayant toujours pas assez pris… Elle m’a conseillé de compléter par un ou deux biberons, de mon lait si possible… les 30 minutes de tétée n’étant pas efficaces : la puce s’épuisait…

Alors il y a eu le tire-lait… Pas facile… Et je n’arrivais pas à avoir beaucoup… ca augmentait le doute… Mais je n’ai complété qu’avec mon lait… La puce prenait aussi bien le biberon que le sein, pas de soucis de ce côté là. Son papa a acheté un biberon Tommee Tippee permettant une succion proche de l’allaitement maternel (parait-il).

Il y a eu toutes ces nuits, où après la tétée, je me levais pour continuer à prendre mon lait avec le tire-lait… Une longue et épuisante heure s’écoulait entre la tétée et le tire-lait…

Il y a eu ma mère qui me disait « tu vois c’est comme moi, tu n’as pas assez de lait », le papa qui disait « mais si tu n’y arrives pas, arrête, c’est pas grave, regarde moi je n’ai pas été allaité, et je suis en bonne santé »

Il y a eu la 3e visite chez la pédiatre et une première prise de poids « normale » entre 2 visites. J’ai donc pu arrêter de compléter…

Il y a eu la reprise du travail, ces premières journées de travail avec la puce, car j’ai fait le choix, étant à mon compte, de garder ma fille avec moi au bureau, à l’exception de 3 demi-journées par semaines, pour organiser des rendez-vous. J’ai cessé de me lever la nuit pour tirer mon lait… Trop de fatigue…

J’ai rendu quelques semaines plus tard, ne l’utilisant plus du tout, le tire-lait qui correspondait pour moi à cet engin de torture, à cette contrainte de devoir me battre pour ne pas donner de lait en poudre en complément à ma fille…

Les réserves du congélateur sont très vite descendues…

Il y a eu quelques semaines plus tard l’introduction du lait en poudre rimant avec la fin des réserve de mon lait congelé, mais sans contrainte cette fois, juste pour chez la Tatie, soit 3 biberons par semaine.

Il y avait cette très chère amie qui allaitait toujours son petit de 10 mois… Ce que je trouvais bizarre : il était diversifié et avait des dents… Ca faisait quand même grand pour être toujours allaité…

Il y a eu cette période, si dure, à partir de 4 mois, où la puce ne voulait plus téter… Se mettait à pleurer dès qu’elle était au sein, se cambrant comme pour s’échapper…

Il y a eu ma mère qui me disait « tu vois c’est comme moi, tu n’as peut-être plus de lait et puis tu l’as déjà assez allaitée, 4 mois, c’est bien plus que la moyenne. », le papa qui disait « mais laisse tomber, si elle ne veut plus, faut pas la forcer. C’est pas grave, regarde moi je n’ai pas été allaité, et je suis en bonne santé »

C’était trop difficile de la voir pleurer à chaque mise au sein… Je commençais à les diminuer, à remplacer les mises au sein par des biberons. De toute façon, je devais tout compléter par des biberons, même quand je tentais la mise au sein puisqu’elle refusait de téter. J’avais trop peur qu’elle recommence à ne pas prendre assez de poids. Ca a duré peut-être 2 semaines. Au bout de 3 semaines, j’en étais arrivé à 3 tétées par jour, la mort dans l’âme… Résignée à arrêter.

Puis il y a eu ce partage anodin sur facebook d’une amie, ayant un petit bonhomme d’un an de plus que la puce. Un lien vers un blog : « Les Seintes ». Je me suis mise à lire, lire, lire… Cette volonté d’allaiter que j’avais enfouie en moi pour ne plus voir la puce pleurer, cette volonté d’allaiter que je m’étais résignée à abandonner a refait surface… J’ai passé un week end à la mettre au sein très souvent… Et si elle ne tétait pas beaucoup, je ne complétais pas, je la remettais simplement 1/2h plus tard… En 3 jours, elle acceptait de nouveau le sein sans pleurer, en 5 jours j’ai totalement arrêté tout complément.

C’était peut-être aussi une question de confiance en moi : il fallait que « j’y crois » !

Depuis il y a eu la diversification… Les premières dents… La puce se met assise, puis maintenant debout…

Il y a ce papa qui tous les matins se lève pour m’amener la puce dans le lit pour qu’elle tète pendant qu’il se prépare, ensuite je me prépare pendant qu’il fait la toilette et habille la puce…

Il y a ce Papa fier de m’amener notre bébé… Finalement content de cet allaitement et qui ne me demande plus quand je vais arrêter… Qui me répond juste quand je dis qu’on laissera quelques jours la puce à ses grands-parents cet été « c’est pas possible, tu l’allaitera encore ! » comme une évidence.

Il y a donc cet allaitement qui a été sauvé grâce à cette amie, grâce à toutes les Seintes. Cet allaitement qui est devenu serein passé les 4-5 mois de la puce. Cet allaitement qui nous a bien aidé pendant les vaccins, lors de la première chute de la miss cherchant à se mettre debout, lors de nos premières vacances avec ce trajet en avion et ce décalage horaire…

Il y a eu la tétée câlin, la tétée réconfortante, la tétée couchée, la tétée assise, la tétée debout, la tétée dans le bain, la tétée à la piscine, dans le parc, dans l’avion, la tétée à l’église lors d’un mariage ! La tété simultanée, avec ma très chère amie et son petit…

Il y a eu NOTRE apprentissage, NOTRE apprivoisement de NOTRE allaitement…

Il y a ma puce, qui aura bientôt 10 mois,

Il y a moi, femme heureuse, professionnelle épanouie, mère radieuse…

Seinte grâce à vous toutes…


Ecrit par L.B.

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7 réponses à “Seinte

  1. J’en ai la larme à l’oeil.
    Je me retrouve dans plusieurs points
    juste un mot magnifique.

  2. Une belle histoire, comme souvent ici, et un très bel hommage aux Seintes!
    Je te souhaite encore de longs mois de douces tétées!!!

  3. Comme toi, allaiter a été simplement une évidence…et j’ai pu réaliser ce rêve puisque tout se passe bien, sans souci, vraiment…je sais j’ai de la chance!!
    Cela me paraît tellement plus simple mais chacune ses envies…à respecter bien sûr;-))
    En tout cas, j’allaite en toute liberté, pour le grand bonheur de Loulou qui, à 18 mois, aime toujours autant cela;..!!

  4. Pfiouuu je l’avais loupé celui-là. Ça me fait pleurer 🙂 et ma loupiote qui dort juste à côté…vivement la tétée, ici on aime bien celles de la nuit 🙂

  5. J’ai l’impression de lire mon histoire… sauf que dans mon cas, l’épuisement et le stress aidant, je n’ai jamais réussi à relancer ma lactation. J’en étais malade… Il faudrait que j’écrive mon récit peut-être.

  6. Pingback: Allaiter, une première fois la deuxième fois | Je suis une Seinte·

  7. Ohlala… quelle récit émouvant. Pareil, j’ai la gorge qui se serre et les larmes aux yeux. tu as eu bien du courage !!! bravo. Quand l’allaitement est pour nous une évidence, on ne s’attend pas à ce que ce soit difficile. On prend un coup sur la tête et au coeur. Mais tout problème a sa solution ! Mais encore faut-il être entouré des bonnes personnes ( amies, personnel de santé, famille, .. ) qui nous donnent les bonnes clés. Et on reprend confiance. Que je suis contente pour toi et ton bébé !!! ( ta grande aujourd’hui, lol )

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