Le récit de Claire

Je me présente, je m’appelle Claire et je suis la maman d’un petit bout de 4 mois.

L’aventure de la maternité a commencé il y a déjà un long moment. Une fois la décision de devenir parents prise, nous avons dû surmonter bien des difficultés puisqu’aux dires de ma gynéco : « vos ovaires sont dans un tel état que vous n’aurez jamais d’enfant ». Avec l’aide d’un mari compréhensif, une super spécialiste de l’infertilité, 96 injections d’hormones, 16 prises de sang, 27 follicules ponctionnés dont 14 fécondés, Mon trésor a été implanté dans mon utérus le 14 aout 2011. 6 semaines plus tard, je saignais, l’aventure de la grossesse semblait s’arrêter la.
Mais non, Le petit bout s’est accroché avec l’aide de 16 comprimés et 4 suppositoires d’hormones quotidiens, de 2 injections hebdomadaires et d’un cerclage en urgence à 12 semaines. A partir de la, j’ai été alitée stricte pendant 6 mois avec autorisation de quitter mon lit pour les toilettes, une douche un jour sur deux, et les 8 hospitalisations pour accouchement imminent.
Finalement, ce n’est que 5 semaines et 3 jours avant le terme, que j’ai perdu les eaux et que mon bout de chou a décidé de montrer sa frimousse. L’accouchement fut terrible : 12h de travail une fois les eaux rompues, sans péridurale (je l’ai refusée car le travail n’avançait pas), et un col qui refuse de s’ouvrir car le petit est trop petit et ne pousse pas efficacement. 5 heures de perfusion d’ocytocine n’ont pas aidé, mon fils fatiguait, son rythme cardiaque faiblissait – une seule solution : la césarienne.

Comment se sentir femme quand on n’est pas capable de se reproduire avec le simple acte d’amour, qu’on est incapable de permettre à bébé de grandir dans notre ventre sans l’aide de la science, quand on ne parvient pas à mettre au monde un petit bout par les voies naturelles ?

Notre petit prince est né à 2.2kg, tout faible, avec un bruit dans les poumons. On me l’a montré puis on me l’a arraché pour le mettre en couveuse et le surveiller. Pendant ce temps je faisais une réaction allergique à l’antibiotique que l’on m’avait administré et je me retrouvais en réanimation.

A mon réveil, j’avais interdiction de bouger, je devais patienter pour voir mon enfant. Ma première demande fut le tire-lait pour amorcer la montée de lait. Toutes les 3h je le plaçais sur mes seins vides : douloureux, certes, mais encore plus douloureux pour moi l’idée de ne pas pouvoir nourrir mon tout petit qui avait tant besoin de ce lait.

14h après mon accouchement, je descendais en néonat pour découvrir mon bébé. Il avait été agité depuis la naissance et s’est soudainement calmé à mon arrivée. On me l’a mis dans les bras et 2 minutes plus tard il cherchait déjà mon sein. Il l’a trouvé immédiatement et a eu le reflexe de succion de suite. Cette sensation unique, cet échange avec mon tout petit fut le moment ou je me suis dit : ca y est, je suis maman.

Les premiers jours de néonat, il était perfusé. Je devais extraire mon colostrum et on le lui administrait par gavage par le nez, puis à chacune de nos rencontres, je le mettais au sein. Une infirmière fantastique m’a appris l’extraction manuelle et la collecte du colostrum par seringue, pour éviter d’en perdre. Grace à une bonne stimulation, ma montée de lait arrivait 50h après la naissance de mon bébé.

Etant donné qu’il était petit et maigre, beaucoup m’ont conseillé de tirer mon lait, de faire téter le bébé puis de lui administrer le lait tiré pour être sur qu’il prenne assez. Hors de question ! Mon bébé savait téter et était bien surveillé donc pas de soucis.
Après 10 jours, il pesait 2.4 kg.
Après 1 mois : 3.5 kg.
Il a pris 2.6 kg en 2 mois et 10 cm : comme quoi, il fallait lui faire confiance à mon bonhomme.

Bon les premières semaines je le réveillais pour téter puis ça a vite changé : il me réveille pour téter !

Quand j’ai dit à mon entourage que j’allais allaiter, on m’a répondu qu’on était au 21eme siècle et que le temps du biberon était arrivé depuis longtemps. Mais durant mes longs mois alitée, j’avais pris le temps de me renseigner sur l’allaitement (chose que je n’avais jamais vu faire), j’en avais compris les bienfaits pour le bébé et évidemment le bébé prématuré et ca me tenait à cœur d’y arriver. Je craignais qu’après tous mes soucis hormonaux, je n’ai pas assez de lait ou autre. Mais la volonté a suffit.

Je crois que je me suis ressentie femme à nouveau le jour ou mon enfant a pris mon sein et s’est senti rassuré au beau milieu des machines, des aiguilles, des infirmières qui courent partout. L’allaitement m’a rendu ce statut que j’avais perdu dans les difficultés. Pour moi, j’ai raté la conception, j’ai raté la grossesse, j’ai raté mon accouchement, mais je vis un franc succès avec l’allaitement.

Cela fait 4 mois que j’allaite, et je m’épanouis pleinement dans cette relation magique avec mon fils. Au départ, il y a eu des doutes, puis des certitudes quand je voyais qu’il grandissait parfaitement, puis maintenant une évidence, celle de continuer. Quel bonheur quand en fin de tétée il s’endort ou se retourne et me regarde avec un grand sourire qui semble dire : merci maman, c’était bon ! Maintenant, il tète un sein puis se retourne d’un air de dire, aller, j’en veux encore, donne-moi l’autre.

J’ai repris le travail il y a 3 jours, et malgré 3 semaines d’acclimatation avec la nounou, mon bébé refuse toujours le biberon de lait tiré. Mais j’ai la chance d’habiter à coté du boulot et d’avoir 2 pauses allaitement par jour ce qui me permet de le nourrir à sa demande.

Dans mon entourage, on me demande quand est-ce que je vais enfin le passer au biberon, quand je vais arrêter d’être esclave de l’appétit de mon enfant, quand est-ce que je laisserai enfin la place au papa pour nourrir son bébé. Peu importe, je suis pour l’allaitement exclusif au moins jusqu’à 6 mois et je rêve de maintenir ces moments privilégiés avec mon enfant pendant encore de nombreux mois. Le sevrage naturel me semble l’idéal.

Aujourd’hui il a 4 mois et 8 jours, il est en pleine forme, notre relation est parfaite, il est en pleine santé : pourquoi arrêter ?

A la question récurrente : alors, il fait ses nuits ? La réponse est toujours la même : certaines fois, on ne sait pas pourquoi, oui, mais c’est rare. En général c’est entre 1 et 3 tétées la nuit ! Et même si à la troisième je fais des fois un peu la tête, je positive en me disant que ca ne durera pas et qu’un jour je serais nostalgique de ces moments à tous les deux quand il tête à moitié endormi et moi aussi, tout contre moi.

Je suis contente de survivre aux critiques et de continuer mon aventure avec mon petit bout. Réussir cet allaitement m’a aidé à surmonter des épreuves, a permis à mon petit de récupérer plus vite puisque j’avais échoué de l’amener à terme, lui permet de grandir chaque jour davantage, et nous a permis de renforcer ce lien exceptionnel enfant-maman.

Suis-je pour autant une Seinte ? Ou vais-je devenir une Seinte si je parviens à mener à bien mon projet d’allaitement long ? Je ne sais pas. La seule certitude c’est que c’était la meilleure chose à faire pour lui et pour moi et qu’on ne va pas s’arrêter en si bon chemin !

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18 réponses à “Le récit de Claire

  1. je crois que tu es une Seinte, depuis que tu as voulu ce petit en toi … merci pour ce magnifique témoignage …

  2. Je me sens beaucoup moins seule quant au vécu difficile de la conception par DO, et au fait que pour moi aussi l’allaitement m’a aidée à faire le deuil de la non-hérédité, d’une grossesse gémellaire difficile à vivre à cause des autres qui me critiquait à longueur de temps et d’une césarienne non prévue à 38,5 SA….j’allaite encore mes filles de 2 ans et 1 mois….et apparemment le sevrage n’est pas pour maintenant 😉 alors MERCI!!!!! Merci à toi Claire!!!!!!! et surtout continue ainsi!!!!!

  3. J’allaite mon Cromignon qui a un an, et je suis comme toi: difficultés à procréer, césarienne…effectivement l’allaitement me permet de me sentir mère.

  4. très belle histoire.
    j’ai eu la même sensation que toi quand ma fille a enfin pu téter pour la première fois plus de 3 jours après sa naissance (séparation à la naissance et envoie de ma doune dans un autre hôpital …). elle a été allaité jusqu’à ses 4 mois et demi. aujourd’hui sa petite soeur de bientôt 9 mois est toujours allaitée jusqu’à …. je sais pas tant qu’elle le veut !!!

  5. ouh là j’ai pleuré là !!!!!!! merci pour ce beau témoignage et tout ce courage !! Continue ainsi !!

  6. Merci pour ce doux témoignage, si fort.
    Comme toi, l’allaitement a aidé à panser mes blessures… D’une grossesse chaotique, d’un accouchement cauchemardesque et des premiers mois ponctués d’une dépression post-partum. Nous avons fêté nos 1an il y a peu, et nous savourons ces instants privilégiés à deux ou à trois avec papa.
    Je te souhaite de les vivre le plus longtemps possible et bravo pour ton courage!
    Je l’ai déjà dit ici : « parce qu’allaiter fait de nous (entre autres) leurs mères »…

  7. tu as voullu allaiter et tu allaites ,n’écoutes pas ceux qui ne peuvent pas comprendre , c’est ton choix ,vis ton allaitement pour toi et ton bébé,sans te poser trop de questions (et a la question « il fait pas encore ses nuits ??? » je repondais mais ca veut dire quoi daire ses nuits pour un bébé de 4 mois ??)et tout iras bien !! je pense que tu est une seinte et ton bébé doit le penser aussi ! bonne continuation a vous

  8. « esclave de l’appetit de mon enfant »…Mais comment les gens peuvent-ils se permettre des paroles aussi violentes ? Merci pour ce beau récit très émouvant… Pour moi aussi, j’ai eu le sentiment que l’allaitement est ce qui m’a permis de devenir vraiment Maman… Longue route lactée à vous !

  9. Merci beaucoup les filles! J’espere continuer dans cette voie et partager mon parcours lacte avec vous pendant longtemps!

  10. continue encore et encore… Ne fais pas attention aux dire des autres… j’ai allaité mon dernier pendant 25 mois. Des critiques j’en ai eu, beaucoup beaucoup mais toujours maintenant, alors qu’il va fêter son quatrieme anniversaire dans quelques jours, je garde une relation tellement particulière, tellement magique avec lui que je ne saurais te dire que ça: CONTINUE!
    J’ai également allaité mes jumeaux, préma à 35sa+1jour. le lait que l’on donne au bébé préma, c’est tout simplement du lait maternel venant des banques de lait…. Comme quoi, il n’y a rien de meilleur!!!!

  11. Quel récit! Je mesure toute l’étendue de la chance de n’avoir pas eu de problème à la .
    conception (très (trop?) rapide à mon goût -enfin au goût de mon chef au boulot plutôt!).

    Après 18 mois d’allaitement et de « maternage », je pratique la « surdité sélective ». Selon les remarques et ceux qui les font, je réponds en expliquant pourquoi je fais ça, pourquoi je pense que c’est mieux ou bien je réponds laconiquement, ironiquement, j’essaye l’humour ou … j’ignore dans les cas désespérés.

    On est au XXIème siècle, bcp de choses ont évolué depuis le Néolithique, certes, mais on n’a pas encore trouvé mieux que l’utérus d’une femme pour faire croitre un bébé, et le lait maternel pour l’alimenté. Et la science permet de venir expliquer tout cela avec des études sérieuses. Sans compter l’amour et le lien qui se créé, que l’on a encore du mal à quantifier et mesurer scientifiquement…
    Belles et longues tétées à vous !

    E au fait, une maman qui prépare, lave, compte, mesure, achète des biberons est-elle moins « esclave » ? De son enfant ou de l’industrie alimentaire? Faut pas faire de gosses si on n’a pas envie de s’en occuper… Je pense que tu trouveras sur ce site de quoi répondre aux malotrus ou de quoi te taire sans te sentir dégradée par les propos de mauvais plaisants!

    • Tu as bien raison ! J’ai arrêté l’allaitement quand supabb avait 6 mois et aujourd’hui il m’arrive très souvent d’oublier son biberon dans le sac à langer ! Quelle galère, c’était plus simple avant ^^

  12. Superbe récit, tu es une Seinte et ton mari aussi ^^ vous avez traversé tant d’epreuve, aujourd’hui tu parais pourtant tellement sereine ! Bravo

  13. Superbe récit Claire! Bon courage pour continuer comme tu le veux. C’est un parcours impressionnant et en plus tu as repris le travail. Plein de soutien!

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