Un jour, j’ai voulu avoir un enfant.

Super malade, je suis. Les nausées me rendent irritable et pas très compréhensive… Toutes les odeurs me font vomir, le gel douche (blurp sur les pieds) le nettoyant ménager (blurp dans le seau) le café (blurp dans l’évier), le déo, la colle du scotch, le brouillard… Après deux fausses couches je suis terrifié à l’idée de m’attacher à toi et de te perdre. Je comprendrais plus tard qu’être si malade, c’était une façon de me rassurer ; tant que je vomis c’est que tu es là, en vie.

Je croise les doigts pour que tu t’accroches et l’échographie des 15 semaines est magique, je vois ton petit coeur battre, les risques de fausses couches sont bien amoindris et je m’installe vraiment dans ma grossesse. Ton père par contre prend peur, ce n’est plus une vague idée, c’est un petit être qui s’agite, deux bras, deux jambes, une tête… Cette fois c’est vraiment trop pour lui, nous ne le reverrons plus.

Je suis très fatiguée, j’ai de sévères contractions la nuit, je travaille debout et tombe plusieurs fois dans les vapes. La faute au diabète gestationnel, diagnostiqué fin du 5ème mois. Je suis toutes les semaines à l’hopital, impossible de stabiliser mes taux avec un simple régime (pourtant je fais super gaffe !) alors ce sera piqûres dans les cuisses 4 fois par jour jusqu’à l’accouchement ! Je suis hyper frustrée, je ne peux rien manger de sucré, pas de chocolat, de glaces, de fruits… Peu de pain et de féculents… J’ai l’impression d’avoir toujours faim… Et en plus des traditionnelles vergetures, j’ai des bleus à chaque injection. Toi, pas de soucis, tu t’agites, rues et de toute façon, si je mange un peu trop, tu te fais force de me taper dans l’estomac ! Je n’ai qu’un ventre énorme, j’ai du mal à apprécier tes mouvements, et je n’ose pas dire que je n’aime pas ça être enceinte. C’est quoi la plénitude de la femme enceinte, la joie de porter un enfant ?

Je parle allaitement avec les copines, – toutes biberonnantes, pour différentes raisons – « t’en fais pas si tu n’y arrives pas, c’est super dur, prend une boite de poudre au cas où etc… »

Quand on me demande jusqu’à quand je compte allaiter, je dis que je te donnerai au moins le colostrum.

A la fin je n’ai plus de force, je ne dors plus et j’ai du mal avec mon centre de gravité… Je suis donc soulagée quand on me propose le déclenchement, à cause du diabète. Je rentre à la maternité debout avec ma petite valise. Loin de l’idée que je m’en faisais ! Les contractions ne se font pas attendre, mais toi… Tu étais décidément bien accrochée, tu refuses de sortir.

Au bout de 5 jours, épuisée je suis – enfin ! – prise en charge par une super sage femme, « On l’accouche aujourd’hui ce bébé ! Je finis à 19h je la verrai naitre ! » On blague beaucoup, elle dédramatise tout et m’évite la césarienne. A 18h58 tu es là.

J’aurai un accouchement super, le prétravail terrible, mais l’accouchement en lui même parfait !

Et à partir de là, quel bonheur ! Je t’ai attrapé quand tu es sortie, je t’ai mise sur mon torse et tu me regardais ! Tu as tout de suite chercher à téter, je ne voulais plus te lacher pour que tu sois nettoyée, pesée, mesurée… Je me souviens d’avoir dit à la sage femme que j’avais eu une grossesse seule et pourrie, que je venais de passer 5 jours seule avec mes contractions (ben oui, les visiteurs ne viennent qu’une fois le bébé né !) alors franchement qu’elle me laisse en paix ; tu tètes… Elle est partie… Nous somme restée deux heures en peau à peau, émerveillée l’une par l’autre. Je n’ai pas aimé être enceinte, mais je t’ai aimé au premier souffle.

Coté allaitement, je suis un peu devenue la mauvaise copine, mise au sein évidente, tétées efficaces, reprise de poids rapide, à peine un téton un peu irrité !

C’est toute la joie que je n’ai pas eu durant ma grossesse qui passe dans ces premières tétées, c’est vraiment en allaitant que je me suis sentie mère.

Les pics de croissance, je ne les ai même pas vu passer, tu réclames je te donne, je n’ai jamais pensé que je pouvais manquer de lait ou qu’il pouvait ne plus être « bon ». Je ne suis pourtant pas vraiment informée, je suis juste en mode instinctif, je n’ai jamais porté un bébé, je n’ai même jamais vu changer un bébé ou donner le bain mais c’est seulement maintenant que je me dis que j’aurai pu avoir peur… Car sur le moment, je savais juste quoi faire, inconsciemment.

Quand on me demande jusqu’à quand je compte allaiter, je dis au moins jusqu’à la reprise du boulot.

A 1 mois, tu as des coliques, je fais des recherches sur le net et je me rend compte que peu d’allaitements sont aussi faciles que le mien, j’ai pris ma revanche sur la grossesse ! Je pose un congé parental, on a perdu 9 mois de vie in utero, alors je veux profiter de tes premiers mois. Tu exploses les courbes de poids/taille, tu es souriante, hyper tonique. Ma mère me dit qu’il faut attendre entre chaque tétée, est choquée des termes « à la demande », je lui dis oui et puis je fais comme je le sens !

Quand on me demande jusqu’à quand je compte allaiter, je dis au moins jusqu’à la diversification.

A 4 mois, je reçois des pubs de différentes marques pour des couches, des préparations artificielles et des petits pots. Dès 4 mois disent-ils. Tiens ? Je surfe pour comprendre, ça me semble tellement tôt ! Et là je tombe dans la marmite. La Leche League, les Seintes… Parce que l’allaitement est le ciment de notre relation qu’après cette grossesse subie je me sens enfin en phase avec toi, à ma place et faisant ce qu’il faut pour ton épanouissement, j’ai le sentiment de te donner le meilleur possible et je vais continuer longtemps, t’inquiète mon bébé, je serai une seinte !

Quand on me demande jusqu’à quand je compte allaiter, je dis tant que tu en voudras !

Par Barenziah, auteure du blog : mademoiselle-lisa.over-blog.com

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10 réponses à “Un jour, j’ai voulu avoir un enfant.

  1. une belle revanche sur une grossesse difficile (j’en sais quelque chose 3 diabètes mais l’homme était là ouf!) et bonne continuation chez nous c’est 12 mois de tétouille!

  2. je suis très émue, très beau récit

    les nausée très fortes et vomissements 4 à 8 fois par jours et pendants 4mois et demi (soit la moitié de la grossesse!) j’ai connu aussi, pour ma première, avec amaigrissement et grande faiblesse, c’est très dur
    pour le second, j’ai pris un traitement homéopathique, les nausées, vomissements, bouffées de chaleurs ont disparus 🙂
    ils s’agissait des hormones mal supportées et en taux anormalement élevé, d’après l’homéopathe qui a tout réglé 🙂
    au cas où d’autres dans le même cas ne sauraient pas quoi faire, ça évite un début de grossesse horrible pour certaines femmes …

    bonne continuation et bon allaitement

  3. Quel beau texte. Quelle belle histoire. Bon allaitement à toutes les deux, et belle vie.

  4. Je pleurs comme une madeleine en lisant ce récit émouvant. Vous avez une histoire très belle toutes les deux. Je vous souhaite tout le bonheur du monde.

  5. Quelle rencontre, quel départ dans la vie.
    Belle vie à toutes les deux et qu’elle soit la plus douce et la plus aimante possible.
    Vous le méritez pleinement après ces si longs mois difficiles.
    Merci pour ce partage!

  6. trop beau… tu m’as mis la larme a l’oeil… tu as raison prend ta revanche et surtout n’écoutes que toi…
    bisous

  7. Belle revanche et belles convictions !
    « je lui dis oui et puis je fais comme je le sens ! » : ha ha bravo ! le secret ultime d’une vie épanouie : )

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