4 mois et 2 jours

Février 2004 : Chronique d’un allaitement désastreux

Après un accouchement très long et une césarienne en urgence, me voici maman pour la première fois. Comme la naissance, l’allaitement me semble un acte naturel, sain, une évidence pour mon fils. Suite au sentiment d’échec dû à la césarienne, il me semble encore plus important d’allaiter mon bébé, je m’y accroche, je sens que j’en ai besoin pour devenir une mère et construire un lien avec mon fils. Malheureusement, aux douleurs post opératoires, s’ajoutent une mise au sein tardive, des crevasses et des conseils très contradictoires de la part de l’équipe médicale. Nos débuts sont difficiles, mais je m’accroche.

J+8 : nous sommes enfin de retour à la maison. Je suis ignorante en matière de nouveau né, et encore plus en matière d’allaitement. Les cours de préparation à la naissance dispensés à l’hôpital ne m’ont donné qu’une petite formation théorique. Concrètement, je donne la tétée avec des bouts de sein en silicone à cause de mes crevasses, je suis obligée d’allaiter soutenue par mon gros coussin à cause de ma cicatrice. C’est dur, mais je m’accroche, persuadée dans mon fort intérieur que c’est ce dont mon bébé a besoin.

J+3 semaines : hospitalisation. Mon fils est déshydraté et n’a toujours pas repris son poids de naissance. Il régurgite beaucoup, à distance des tétées, du lait partiellement digéré. Il souffre et pleure beaucoup. Les médecins cherchent une explication, explorent des hypothèses. Une sténose du pylore ? Une allergie aux protéines de lait de vache (APLV) ? Le diagnostic est difficile à poser… Après une semaine d’hospitalisation, on nous renvoie à la maison, avec un suivi en consultation externe et chez un allergologue.

Avril : les tests cutanés chez l’allergologue ne sont pas probants, mais au vu des symptômes (mauvaise prise pondérale, vomissements importants), le pédiatre conclut à une APLV. Très surprise que cela puisse être possible alors que je l’allaite, il m’explique que les PLV contenues dans mon alimentation passent dans mon lait et rendent malade mon bébé. Il décide donc que je dois arrêter d’allaiter. Je demande alors timidement si je peux exclure les PLV de ma propre alimentation, et prendre des compléments de calcium, afin de pouvoir continuer à allaiter. On me regarde comme si j’étais une extra-terrestre masochiste, mais on accepte ma proposition. Dans le même temps, on me demande d’espacer les tétées et de ne faire téter mon fils qu’à horaires réguliers, 5 fois par jour, puis rapidement 4 fois. Je m’exécute, pensant bien faire.

Mai : mon fils grandit mais grossit à peine. Les gens en le voyant me demandent de combien il était prématuré. Ils ont du mal à l’imaginer pesant 4kg310 à la naissance. Il est cerné, vomit et pleure toujours beaucoup. Sur conseil de la pédiatre en ville qui pense que mon lait n’est pas assez nourrissant (APLV fortement soupçonnée à l’hôpital mais non prouvée de façon scientifique), je me résous à acheter une boîte de lait maternisé et à commencer un allaitement mixte. Je tire également mon lait, de façon intuitive, pour lui donner de préférence mon lait lorsqu’il a besoin de complément au biberon. Le résultat est désastreux. Les vomissements s’accentuent, les pleurs également. Diarrhées et déshydratation sévère.

Juin : désespérée de voir mon fils chétif, malade et en souffrance, consultation avec le pédiatre de l’hôpital. Il est décidé de le passer au Pregestimyl, un lait artificiel sans PLV pour les enfants allergiques. Je poursuis quelques jours mon allaitement et puis me résigne. Benjamin a 4 mois et 2 jours lorsqu’il prend sa dernière tétée. Mes seins vont continuer à produire du lait pendant des mois après ça. Je décide dans la foulée d’introduire les fruits et légumes, bien qu’il n’ait que 4 mois. Le pédiatre n’est pas débordant d’enthousiasme, mais je ne supporte plus de voir mon fils dépérir.

Son allergie durera 20 mois, avec de grosses réactions au niveau cutané et digestif lors des rares contacts accidentels avec des PLV durant cette période. Aujourd’hui à 8 ans et demi, il est grand pour son âge et en parfaite santé, quel soulagement !

Mai 2012 : Chronique d’un allaitement « surprise »

Après une séparation, un mariage, voici un deuxième bébé, une petite fille vient agrandir notre petite famille. Avant la naissance, mon mari me taquine sur l’allaitement, il veut le meilleur pour sa fille. Moi, je suis plus hésitante. J’ai peu confiance dans ma capacité à nourrir mes enfants mais je veux bien essayer, pour les débuts, le colostrum, il est clair que je ne m’acharnerais pas si ça se passe à nouveau mal.

Une naissance par voie basse, comme je le souhaitais, un bébé en peau à peau dès sa venue au monde et une première tétée dans la demi-heure suivant sa naissance m’encouragent. Je demande à rentrer rapidement à la maison pour pouvoir m’occuper de mon grand. Comme je me sens bien, que la puce tète bien et reprend du poids, nous sortons au 3e jour. 5 jours après sa naissance, Ysaline a déjà récupéré son poids de naissance. Je suis stupéfaite ! Je l’allaite à la demande, sans me poser de questions, sans noter combien de tétées elle prend par jour. Elle tète partout, en sortie, au supermarché, au parc… Et dans n’importe quelle position. Le soir la dernière tétée, c’est juste elle et moi, allongées dans la chambre, au calme pour un dernier câlin avant la nuit. Les jours passent et je la vois toujours sereine après les tétées, voire endormie sur mon sein. Des petits plis apparaissent sur les cuisses, les bras, dans le cou. Je me régale de la voir devenir dodue. A chaque visite chez le pédiatre, il la pèse, et elle grossit en moyenne d’un kilo par mois depuis sa naissance. Il me demande si je continue un allaitement exclusif. Je réponds oui, tant que ça marche. La semaine dernière, il me demande si je souhaite diversifier, vu qu’elle va avoir 4 mois. Hésitante et timide, je réponds que je n’en ai pas forcément envie tout de suite. Il m’encourage, et me dit que c’est très bien de continuer un allaitement exclusif jusqu’à 6 mois. Je sors ravie, on a le feu vert pour continuer !

Aujourd’hui ma chérie, tu as 4 mois et 2 jours. Les gens commencent à me demander quand je vais arrêter de t’allaiter. Papa répond : « Pourquoi ? Pourquoi arrêter alors qu’elle profite aussi bien ? » De mon côté, je réponds que je ne sais pas, jusqu’à 6 mois c’est sûr. Et ensuite probablement, tant qu’elle le voudra !

4 mois et 2 jours… et ce n’est que le début !

Par Aude M.

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16 réponses à “4 mois et 2 jours

  1. bonjours, tres belle histoire avec la petite, plutot difficile avec le grand, les medecins vont trop vite a la fassilite, le lait en poudre!!
    ta fille est de quand?

    • A vrai dire, ce n’était même plus des vœux! Mais j’ai eu beaucoup de chance cette fois ci… Ysaline aura 5 mois dans quelques jours, et je suis fière de ses 7kg de petits plis dodus!

  2. Trop beau… bravooooo pour ton récit.. tu m’as mis la petite larme a l’oeil… profites bien de ton allaitement… il est clair que quand ca marche bien on n’a pas envie que ca s’arrete… bisous

  3. Comme je me retrouve dans histoire… Nous avons toutes les deux vecu la meme chose pour nos deux enfants… Les larmes montent… J’ai eu exactement le meme probleme avec ma grande a qui on a detecté un inlorence aux PLV. Jai du stopper lallaitement sans aucune preparation ni sevrage ce qui, psychologiquement, a ete tres douloureux pour moi… Me voila maman pour la deuxieme fois avec une puce d’un mois et demi. Mon allaitement se passe a merveille et comme toi je l’allaite a la demande sans regarder ma montre! En tout cas je te souhaite pleins de bonnes choses et surtout un allaitement merveilleux!

  4. Bonjour,

    Je suis tombée sur votre témoignage par les hasards du surf et je suis très émue. Emue de lire les mêmes débuts cahotiques que pour moi et mon aînée, née par césarienne, allergique aux PLV (entre autres mais surtout)… lorsque l’allergo a posé le diagnostic, elle m’a dit de sevrer ma fille. Quand j’ai demandé pourquoi je ne me sèvrerai pas moi des PLV sa réaction fut interloquée « mais ça va être tellement galère pour vous ! » et je peux pas essayer d’abord ?
    J’ai donc supprimer de mon alimentation les PLV mais aussi les protéines de chèvre, de porc et de poisson. Exclusion totale, ma fille réagissait même à un aliment contenant des « traces de PLV » que j’aurais pu consommer… c’est dire !!
    Elle a été allergique 16 mois aux PLV, 24 mois au reste et 36 mois au poisson. Je l’ai allaitée 4 ans. Elle en a bientôt 11 et se porte TRES bien !
    Elle n’est plus allergique mais si elle mange du saucisson, un yaourt et de la crème sur la même journée, un peu d’eczéma réapparaît… elle sait gérer !!
    J’ai rapidement cessé d’écouter le corps médical incompétent en matière de nourriture de mes bébés (entre autres) et j’ai fait à mon idée ! Allaitement exclusif jusqu’à ce que l’enfant décide de manger autre chose (ce qui ne veut pas dire qu’auparavant il ne goûte pas, en suçotant un truc, par exemple), allaitement tout court jusqu’à ce que moi ou mon enfant en ait marre. Durée des tétées à sa demande et à ma capacité (eh oh ! hein ! ;)) etc etc…
    Résultat j’ai 4 enfants en super forme qui ont chacun eut leur histoire d’allaitement allant de 16 mois à 4 ans, selon leurs caractères, ma disponibilité etc… et on est tous très heureux !!!
    Pour la diversification, l’aînée a mangé dans mon assiette vers 7 mois (à ma reprise du taff …), la deuz à 10 mois, les garçons à 5 et 8 mois… chacun son caractère quoi ! et après ? je trouve tout aussi ridicule les exigences ou autorisations en terme de nourriture pour les enfants en fonction de l’âge, que si on disait « attention, il doit chausser du 22 à 18 mois absolument ! » non ?
    Je vous souhaite beaucoup de bonheur avec cette petite puce et une forte complicité entre vos enfants !

    • Merci!
      C’est vrai que si c’était à refaire aujourd’hui, je serais plus forte, plus sûre de moi et j’affirmerais mieux mes positions… Bravo pour votre courage, et 4 ans d’allaitement, waouaw! Respect!

  5. Bonjour,
    mon petit Martin vient d’ avoir 5 mois. Il est mon 5ème enfant.
    Déjà à 15 jours de vie, je pensais que mon allaitement était fini. J’ ai été très soutenue par plusieurs personnes de mon entourage dont mon époux. Tous mes enfants ont été allaités et tout était allé pour le mieux. Quelle surprise, horrible surprise, de découvrir que mon bébé, mon petit bébé chéri, un peu cheveu sur la soupe ne grossissait pas.
    En fait j’ ai tenu bon quand on m’ a accusée de tous les maux « pas assez de lait », « pas assez nourrissant » « c’ est ta faute, tu es mal dans ta peau alors ton bébé ne peut pas être bien » « ton trouble du comportement alimentaire a rendu ton bébé anorexique » on m’ a même dit que j’ étais trop vieille (j’ ai 38 ans) pour allaiter.

    Tout ce que vous décrivez sur l’ aspect physique de votre bébé me touche profondément et m’ émeut. Souvent j’ essuie des regards interloqués « ah ? Il fait moins que son age » me dit on avec de grands airs.

    Après avoir culpabilisé pendant 4 mois et …quelques jours, une de mes amies diagnostique un reflux gastro oesophagien (rgo).

    Notre vie vient de changer ! Vous connaissez la suite…nous on en est qu’ au début mais c’ est trop bon !!!!

  6. Suite et fin… Ysaline a aujourd’hui 40 mois, soit un peu plus de 3 ans, et elle vient cet été de décider d’arrêter de téter. Ça a été progressif, je ne peux même pas dire quel jour a eu lieu la derniere, mais on y est, un sevrage naturel, à sa demande et tout en douceur. Un peu plus de 3 ans de bonheur lacté, aucun biberon même après la reprise du travail, et une petite fille en parfaite santé, et très sociable! Elle vient de faire sa rentrée à l’école!

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