Ménage à trois : Bébé, la douleur et moi.

Avant d’être maman, je pensais que le biberon, comme la poussette, faisait partie des indispensables de la jeune maman. Avant, je pensais, puisque je l’avais toujours entendu, que « dans la famille, on n’a pas de lait ». En fait, je ne savais même pas qu’on pouvait nourrir son enfant de son propre lait.

Mais ça, c’était avant.

Et puis, il y a eu, lors de cette première grossesse, un rêve (oui, oui, un rêve !), comme une évidence. Cet enfant sorti de moi devrait prendre mon sein ; ça semble idiot, mais cela sonnait maintenant comme une évidence. Je me suis un peu renseignée, sans plus, pensant que l’allaitement, ça coule de source.

Après un accouchement long – trop long – tout avait plutôt bien démarré. Mais j’ai commencé à avoir mal et donc consulté une spécialiste en lactation. Candidose, violet de gentiane (et bébé déguisé en Marylin Manson avec ses lèvres violettes ^^), Dakt*rin, mais la fatigue et la douleur et le manque d’information ont eu raison de ce premier allaitement à 5 semaines. « Mieux vaut un biberon donné avec amour qu’un sein à contrecœur », « mais vous lui avez déjà donné tout ce qu’il y avait à donner de bénéfique (sic) », « je te l’avais bien dit, dans la famille on ne peut pas allaiter, c’est normal que ça n’ait pas marché ». Toutes ces petites phrases censées être réconfortantes ont été assassines, et malgré le répit ressenti à court terme, la frustration a gagné en puissance, au fil des jours et des semaines. Mais Junior avait commencé à refuser le sein dès le premier biberon, il était trop tard. Un échec, une douleur, un sentiment d’inachevé.

Pour le second, ce serait différent, je mettais toutes les chances de mon côté, me documenterai à fond, ferai la chasse à la candidose, suivrai toutes les préconisations de la Leche League et autres spécialistes. Je referai l’histoire et réussirai un allaitement long, jusqu’au sevrage naturel.

Après un accouchement court -presque trop- mais physiologique, « Po » (celui de Kung Fu Panda) est né et a été mis au sein dès que j’ai pu m’asseoir sur la table d’accouchement…

Pourtant, malgré les plus ou moins bons conseils du personnel de la maternité et de la consultante en lactation de l’hôpital, malgré mes connaissances, des crevasses très douloureuses s’invitent et viennent gâcher le plaisir. Je suspecte à nouveau une candidose et écume les associations et spécialistes en lactation de mon secteur, mais pas de consultante IBCLC autour de moi. « Diagnostic » : pas de candidose, bébé a une trop petite bouche pour mon sein (ah bon ?), ça va passer. La deuxième semaine, je dois tirer mon lait au sein gauche, trop douloureux pour être tété. Je retourne quand même voir la médecin référente allaitement et une autre consultante, second diagnostic : vasospasme. Pour moi, il y a clairement un problème de succion, et je continue à creuser la question. On tâtonne, on repère des coincements dans le crâne et potentiellement la mâchoire, mais 5 séances d’ostéo et 3 de kiné, jusqu’à ses 3 mois, si elles ont décoincé Po, n’ont pas amélioré sensiblement la succion.

Parce qu’on cumule, à deux mois et demi, une vilaine diarrhée avec nez très pris et fièvre à 38, nous conduisent à l’hôpital pour 48h. Diagnostic : pas grand’chose, mais moi, moralement et physiquement un peu à bout, je suis en arrêt maladie suite au congé mat’ pour épuisement.

A trois mois, la douleur est toujours là, mais on fait ménage à trois. Forcément, ma lactation n’est pas formidable et la courbe de poids ne plaît toujours pas à ma pédiatre. Une petite cure de fenugrec et toujours un allaitement à la demande, du repos, et le poids repart à nouveau à la hausse.

Malgré tout je n’abandonne pas l’idée de trouver la solution à cette douleur persistante, et prend contact avec une autre consultante IBCLC cette fois, très loin de chez moi mais recommandée par une très bonne amie. Elle prend la peine, malgré la distance, de chercher des explications. Elle fait appel à une collègue spécialiste de la mauvaise succion, évoquent un possible frein de langue postérieur (type 4) qui ne se voit pas à l’œil nu. Il y a également un frein de lèvre supérieure, évident celui-là, mais qui d’après elles, ne gêne pas la succion. Puisque ça expliquerait tout, je prends le risque de filer directement chez le spécialiste ès frein de langue, à Paris. Le temps d’avoir le rendez-vous trois semaines plus tard (on n’est plus à ça près hein), il coupe le frein de lèvre et un léger serrement du frein de langue, sans grande conviction. Aux 4 mois du bébé, il est sans doute trop tard.

Et effectivement, ça n’a pas changé grand-chose au final. Les mauvaises habitudes sont prises, le vasospasme est installé, la douleur, c’est sûr, ne s’en ira plus.

Mais tant pis, le ménage à trois est maintenant bien rôdé, on continue, on nichonne, tout le temps, partout, à la plage, en écharpe, au restau, au zoo, chez le médecin, au lit, le jour et la nuit. Et on emmerde ceux à qui ça ne plaît pas.

Aujourd’hui, à bientôt 7 mois, et malgré la reprise du travail, les débuts difficiles de la diversification et le tire-lait qui en rajoute une couche, on est toujours là, tous les trois, et ce n’est pas près de s’arrêter. Bien sûr, je ne suis pas maso ni intégriste à tout prix, et si j’ai continué jusque-là, c’est que le rapport plaisir/douleur est maintenant à l’avantage du plaisir. Allaiter reste toujours une évidence, comme dans mon rêve, ou presque…

Par Siam Juni-Po

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11 réponses à “Ménage à trois : Bébé, la douleur et moi.

  1. je me retrouve bcp ds l’histoire à part que la visite ds l’orl à paris pour le frein de langue type 4 et une séance chez une osteo conseillée par une amie( apres en avoir vu d’autre sans résultat)on enormement améliorée les choses meme si le vasospasme a mis du temps à passer quand meme! les crevasses ont pu cicatriser et la chaleur de l’été a fini de me soulager!
    ca fait 10 mois maintenant et pas pret de m’arreter!

  2. Oooooh que de souvenir !!! j ai eu un.allaitement douloureux au debut, si tu veux contacte moi en mp je te raconterai et te donnerai des astuces… Si ca te dis. En tt cas felicitations pr ta tenacité !

    • Sandra, c’est gentil… J’ai le sentiment d’avoir tout essayé, mais pourquoi pas. Comment je fais pour te MP ?

  3. Bravo pour ta perseverance. j’espere quand meme que la douleur partira a un moment donne pour te laisser dans une relation bi-dimensionnelle entre toi et ton petit bout! En tous cas chapeau d’avoir continué!

  4. Eh bien, quel courage !
    On constate à nouveau que l’allaitement est encore bien mal connu en France et qu’il est difficile de trouver des spécialistes pour régler les problèmes. Bravo pour votre ténacité, vraiment exemplaire.
    Je vous souhaite encore de beaux mois d’allaitement!

  5. Tu peux vraiment être fière de toi ;-))
    En tout cas,moi je suis très fière de toi ❤

  6. sincèrement, je pense que la douleur n’est pas une fatalité, même quand elle dure depuis longtemps… pour ma grande, la douleur a été là dés la première tétée… jusqu’au 3 mois de ma fille, d’une manière intense, horrible, mordante, des crevasses puis des plaie, de la peau qui manquait au bout du sein, l’impression que ça ne finirait jamais … et puis après avoir trouvé des solutions, après avoir persisté à interrompre une tétée avec une mauvaise prise du sein… petit à petit, la douleur s’est estompée. je suis restée très sensible pendant cet allaitement, très à fleur de peau, très peur que ça revienne aussi… mais je me suis accroché à dire que cette douleur n’était pas la bienvenue, et ma fille a appris à arrêter de mal prendre le sein, et moi j’ai aussi appris à respecter mon corps et mes sensations qui, quand douleur il y a, sont là pour dire que les choses ne vont pas dans le bon sens. Car la douleur on s’habitue, on se dit qu’on a vécu tellement pire que là, ça pince mais c’est pas grave, ça pourrait être pire… mais NON ! ça pourrait être mieux… donc crois en vous, gardes espoir, persiste à vouloir la virer cette fichue douleur… ça peut…et votre allaitement peu durer aussi… j’ai souffert terriblement durant les 3 premières semaines, ça s’est un peu calmé, mais encore très très douleureux jusqu’à ses trois mois, j’ai commencé à avoir des tétées sans douleur vers ses 5 mois… et l’allaitement est devenu cool vers ses 1 an… et elle a arrêté de téter à 3 ans 1/2 … jamais de la vie, à l’époque où j’avais si mal, j’aurais imaginé aller jusque là… crois en vous… vous en êtes capables 😀

  7. Bonsoir,
    Est-ce que qq vous a parlé de la position asymétrique au sein? Je suis consultante en lactation IBCLC et cette position résout bien des soucis. Avec cette position, la langue arrive loin du mamelon et il n’y a donc pas de douleur. Il n’est pas normal d’avoir mal lorsqu’on allaite.
    Si vous le désirez, vous pouvez me contacter par le biais de mon site web: http://www.sos-allaitement.fr
    Cordialement.
    Christine Maillart

    • Merci Christine,
      Je vous ai répondu sur le formulaire de contact de votre site,

      Finalement, les mois passent et la douleur s’en va progressivement, au plus grand bonheur de mon fils et de moi-même… L’allaitement est toujours un immense bonheur.

  8. s’il s’agit du Dr Rousselet (et qui d’autre d’ailleurs ça pourrait être à part lui!) j’ai RDV demain pour mon petit bout…après 6 mois de galère avec mon allaitement. Frein de type 4 détecté tardivement, palais creux, frein de lèvre supérieure…

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