Une bien longue grève…

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Avant la naissance de Cléa, pendant la grossesse, je souhaitais déjà allaiter, et je rêvais d’un sevrage naturel. Je m’étais beaucoup documentée, j’étais sûre de mon choix et mon mari me soutenait. Malgré un début un peu difficile (tétées douloureuses, un bébé non-stop au sein les 3 premiers mois, des crevasses pendant plusieurs semaines et des engorgements inexpliqués, sans doute un REF également), je qualifiais mon allaitement de « normal », car je pensais que ces petits désagréments faisaient « partie du jeu » !

Quand, mi-juillet, à 14 mois et demi, Cléa refuse soudainement de téter malgré ses pleurs, suite à une grosse montée de fièvre pour cause de poussée dentaire, je ne comprends pas ce qui se passe. Et cela me parait impossible que ma fille, accro au sein depuis toujours, puisse se passer de téter plus de quelques heures et surtout pour s’endormir !

C’est un gros choc pour moi, je me sens impuissante face à ses pleurs, je ne sais pas comment la calmer autrement que par le sein, ni l’endormir, je perds plus facilement patience, je lui en veux presque de me « compliquer la vie », c’est un sentiment horrible de ressentir cela, et je me sens rejetée. Je passe mon temps à pleurer, d’impuissance, de tristesse, de peur, de dégout et également à cause de la chute brutale des hormones, je vis un baby blues retardé !

C’est extrêmement dur pour moi pourtant je refuse de m’avouer vaincue, il ne peut pas s’agir d’un sevrage, pas de manière si brutale ! Je demande conseil autour de moi, médecin, consultantes en lactation, animatrice LLL, amies d’amies ayant allaité longtemps, entourage proche : pour la plupart, la réponse est sans appel: il s’agit d’un sevrage, c’est normal à cet âge, il faut que je m’y fasse.
Pourtant je refuse de les croire, non ce n’est pas possible, je sens que ce n’est pas ça, ma fille essaye de me dire quelque chose, mais je sais que ce n’est pas un sevrage. Pas à cet âge, pas si brutalement, pas déjà !

Alors je tire mon lait, dès que je peux, mais je ne tire déjà plus beaucoup et je m’énerve vite, j’ai l’impression de passer tout mon temps au tire lait: tirer, laver, donner au verre, laver, tirer etc…. tôt le matin, tard le soir, c’est dur. J’organise mes journées, mes sorties pour caler le plus de tirages possibles malgré tout. De temps en temps sur une demi-seconde, elle prend le sein en bouche mais ne tète pas ou demande à téter mais quand j’approche le sein, crie « non » en tournant la tête… Dur à vivre.

On m’oriente vers un forum de mamans qui vivent un allaitement différent, elles sont très compétentes, elles sauront m’aider ! Ouf ! Je reprends espoir ! Elles me parlent de frein de langue serré qui pourrait l’empêcher d’amorcer le sein mais je n’y crois pas trop car je me dis que si Cléa a tété jusque là, ce n’est pas possible que ce soit ça, je pense plus à un blocage psychologique. Et c’est ce que me confirment les « professionnels de santé », m’affirmant que c’est tout simplement un sevrage et que je dois m’y faire.

Pendant ce temps elle continue d’alterner les périodes où elle refuse complètement le sein avec des moments ou elle réessaye quelques secondes à nouveau…. L’allaitement est malgré tout présent dans sa tête puisqu’elle donne le sein à ses poupées, « m’aide » à tirer le lait et réclame à téter même si elle ne le fait pas. Je veux continuer pour elle, pour qu’elle puisse avoir du lait quand elle voudra/pourra revenir. Je cherche le pourquoi du comment pour elle. Je fais des recherches sur les freins de langue et je me rends compte qu’énormément de choses collent avec notre histoire (les débuts difficiles, le REF, les crevasses et engorgements inexpliqués, les « fuites » de lait sur l’autre sein jusqu’à plus d’un an…) et avec le fait que ma lactation avait baissé sans que je m’en rende compte, ce qui explique qu’elle ait du mal à réamorcer le sein (retour de couche à 9 mois et non-prise de poids à partir de ce moment là (quand elle a commencé à manger un peu plus de solides)). Je suis sous le choc, je pleure beaucoup, des nerfs, de « comment ai-je pu passer à côté de ça pendant tout ce temps ? » de joie aussi car ça signifie la clé du problème et donc la solution ! Je prends donc rendez-vous chez un ORL pour lui faire couper à notre retour de vacances, un mois et demi après le début de la grève. Début septembre, je pars donc en vacances avec mon tire lait (manuel simple pompage), pour continuer de stimuler, mais de toute façon, je le sens bien, je suis optimiste, elle va retéter lors des vacances, quand je serai plus détendue et tout rentrera dans l’ordre !

Mais elle n’a pas retété et la frénotomie chez l’ORL n’a pas changé grand chose…. Je suis dépitée et désespérée. Si ce n’était pas ça, qu’est ce donc alors ? Je continue de tirer mon lait, trouvant enfin un « rythme de croisière », à tirer 6/7 fois par jour, j’enchaine sur une formation, je tire dans la voiture pendant les pauses, dès que je pars en week-end je prévoie le tire lait, mon grand compagnon de voyage….

J’essaye de garder espoir mais je me fais peu à peu à l’idée qu’elle ne retètera plus, trop de temps a passé, elle semble très bien pouvoir vivre sans. Elle arrive à s’endormir sans le sein, et moi j’en ai de plus en plus marre de tirer le lait (et recueillir si peu) j’ai l’impression de ne faire plus que ça, toute la journée à cran pour arriver à caser tous les tirages dans l’emploi du temps et ne pas me coucher trop tard pour être reposée et ainsi produire plus de lait, cercle vicieux infernal…..

Je le vis très mal, je sais qu’au départ ça n’était pas un sevrage, mais j’ai peur que ça le devienne quand même…. Je ne vois pas d’issue favorable. Mais je ne veux pas donner raison à toutes ces personnes qui m’ont affirmé que c’était un sevrage, qu’il « fallait accepter », « ne pas se rendre malade pour si peu » que « c’était déjà très bien d’avoir tenu tout ce temps », qu’il « y a d’autres moyens de materner son enfant » et que « si je voulais continuer à allaiter, je n’avais qu’à faire un 2e enfant » !!!

J’ai recherché des réunions LLL vers chez moi (qu’il n’y a pas, je dois faire 1h30 de route pour en trouver une), mais lors des premières réunions, elle n’est pas du tout intéressée, et se contente de jouer… ça ne présage rien de bon…

Puis mi décembre (5 mois après) lors d’une réunion LLL, on fait intervenir la petite fille de l’animatrice (2 ans et demi), en la faisant téter juste devant Cléa, et en lui demandant si c’est bon, si elle aime etc… Cléa regarde, ne dit rien, mais observe puis s’endort. Le soir en allant se coucher, elle pleure, hurle dans mes bras ce qui ne lui ressemble pas du tout, moi je le ressens comme une libération. Je la laisse extérioriser son trop plein d’émotions en lui parlant doucement et en effet, des qu’elle se calme enfin après de longues minutes à pleurer, elle tète un peu. Disons qu’elle prend le sein en bouche une dizaine de secondes, le mouvement n’est pas très correct, mais l’envie semble là, ce qui n’était plus le cas depuis des semaines! Je reprends espoir, ce n’est plus qu’une question de jours, c’est gagné ! Mais les efforts sont de courte durée, elle abandonne bien vite car elle ne reçoit pas de lait, je ne tire que très très peu…

Je suis découragée et dégoutée… Il y a plein de mamans qui attendent la moindre occasion pour sevrer, ou qui ne veulent pas allaiter plus de quelques mois, ou à l’inverse qui n’arrivent pas à sevrer leur bambin… Pourquoi cela m’arrive t’il à moi qui souhaite allaiter depuis le départ, et jusqu’au sevrage naturel ? Je ressens une profonde injustice mais je ne peux rien faire pour y remédier.

J’essaye également le DAL, mais elle refuse sur le sein, elle le boit « à la paille »…

Parallèlement, je continue de lire les pages spécialisée sur l’allaitement, la LLL et des forums et je remarque qu’il y a beaucoup de grèves de tétées, dont une m’interpelle, car bien que le bébé soit plus petit, on a un peu les mêmes « symptômes », et on lui parle également du frein de langue, elle prend rendez vous à Paris pour lui faire couper au laser et quelques jours plus tard donne le verdict: problèmes résolus, bébé tète bien, sans douleur et reprend du poids…

Sans trop réfléchir je prends moi aussi rendez vous chez ce même chirurgien dans la semaine, c’est un sacré coût, une grosse organisation aussi, mais je veux tenter la dernière chance. Rendez vous le 11 janvier. L’opération est assez délicate, Cléa se met dans tous ses états (pas d’anesthésie générale, juste un gaz), résultat, la frénotomie n’est pas complète, mais on ne peut pas faire plus, Cléa est vraiment hystérique, c’est bon pour personne. Je suis déçue, j’ai peur d’avoir fait tout ça pour rien mais j’espère quand même et puis de toute façon ça sera toujours bon pour sa mastication et ses apnées du sommeil…

Pourtant le lendemain soir, elle tétouille un peu plus longtemps que les fois précédentes, mais surtout, pour la 1ère fois, je sens la langue onduler sous le sein! (et en même temps elle ne ronfle plus la nuit !) Je reprends espoir, je me dis qu’elle va y arriver, elle est sur la bonne voie! Les jours suivant elle essaye aussi régulièrement, elle arrive à avoir un peu de lait, la lactation repart lentement, mais elle mord au lieu de téter, je ne sais pas comment lui faire passer ça. J’ai peur qu’arrivées si près du but, elle ne se souvienne plus comment téter !

Depuis la frénotomie, elle réclame très souvent à regarder des photos et des vidéos de bébés allaités, je lui montre le mouvement sur les images, elle essaye ensuite, mais pas très concluant! Mais elle est motivée, moi aussi, on y arrivera !

Le 9 février, autre réunion LLL, on redemande à la petite fille de bien vouloir nous montrer comment elle ouvre la bouche, place la langue etc, ce qu’elle fait avec beaucoup d’application!

Les jours suivant Cléa prend un peu d’assurance, elle ne tète pas longtemps mais elle arrive à avoir un peu de lait, je l’entends déglutir… j’y crois!

Et le 16 au matin, soit 7 mois après le début de sa « grève » en se réveillant trop tôt, elle demande à téter… et elle tète… 10 min, elle déglutit, elle tète correctement (presque, encore un léger pincement), mais elle arrive à avoir le lait seule. C’est gagné ! Bravo ma chérie !

Depuis elle tète plusieurs fois par jour, comme avant, pour les réveils et endormissement et plusieurs fois dans la journée ; elle ne ronfle plus, mastique correctement, a repris du poids et tète parfaitement sans aucun pincement. Et moi, je profite du bonheur d’allaiter! Elle a 2 ans et on débute la deuxième partie de notre allaitement, aussi longtemps qu’elle le voudra !

Par Anne, à qui on souhaite de belles tétées.

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21 réponses à “Une bien longue grève…

  1. Waw quelle belle histoire !
    C’est fantastique !
    Pourriez vous indiquer le site/forum des mamans qui allaitent autrement svp ? Merci !

  2. Bravo!! J’allaite mes deux jumeaux de 1 an mais depuis un mois je n’allaite plus le petit gars car ses dents me faisaient trop mal et je pense que c’est un problème de langue et de frein, mon mari m’a toujours soutenu pour l’allaitement mais là il refuse qu’on lui sectionne le frein, il pense que ça ne vaut pas la peine 😦 Le sevrage s’est fait en douceur, je tire mon lait pour lui quand même et il s’endort dans nos bras. J’essaye de ne pas y penser et je continue avec sa soeur . Je trouve ça super ce témoignage, ça devait être extraordinaire la reprise de la tétée, je crois que je n’aurais pas été si tenace!

  3. Pfiou, quel courage et quelle ténacité ! Je suis admirative devant cette volonté!
    Et qui aura porté doublement ses fruits car vous avez pu réglé d’autres problèmes que celui de la tété. Bravo d’avoir écouté votre instinct qui vous disait bien que ce n’était pas qu’un « simple » sevrage !
    Je vous souhaite encore de bien belles tétées !

  4. Tout simplement magnifique cette détermination!! Et surtout cette parfaite compréhension entre mère et fille !! tu avais bien compris qu’elle ne souhaitait pas se sevrer !! touchant merci pour ce témoignage qui aidera beaucoup de mamans à rester déterminer!

  5. Quelle ténacité! C’est fou comme en devenant maman on développe 1 instinct surpuissant qui nous guide et nous pousse.
    Personne d’autre qu’une maman ne comprend le mieux son enfant.
    Bravo à toi pour ce combat, malgré toutes les remarques (habituelles) de l’entourage comme du corps médical.
    Tu peux être fière de ton parcours, de toi et de ta puce!
    Estelle, maman allaitante

  6. Un grand bravo pour cette longue bataille et d’y avoir toujours cru !

    Anne,maman d’un petit garçon de 31 mois,toujours allaité 🙂

  7. Waou quel persévérance, comme c’est beau !!! Encore plein de bien belles tétées à vous 2 ❤

  8. Bravo
    Je suis vraiment admirative!
    Les freins de langue et de lèvre devraient être mieux connus des professionnels de santé.
    Profitez bien et encore Bravo!!

  9. Waouh quel courage!!!!! Bravo à toutes les deux!!!!! Très touchant.
    Je vous souhaite de belles et loooonnngues tetees 🙂

  10. Oh je viens juste de vous lire, merci beaucoup beaucoup pour tous vos beaux messages ! ça fait chaud au coeur d’être comprise et soutenue !
    j’espère en effet que mon témoignage pourra redonner espoir et confiance aux mamans qui subiront une grève….
    voici le forum qui m’a beaucoup aidé: aptforum.forumactif.com/
    merci encore à toutes! ❤

  11. Mon fils a été enrhumé une fois et ne voulait plus teter vraiment, pendant plusieurs jours…
    En plus, j’étais obligée d’aller à la fac pour valider mon année à ce moment la (purée de système francais), et ma mère lui donnait des biberons de mon lait.C’était très dur pour moi de l’accepter ms pas le choix.
    Et le biberon, il voulait. Mon sein, c’était trop dur pour lui avec son rhume.
    Alors j’avais très peur il n’avait que 5 mois! Il n’acceptait le sein de tps en tps que lorsque je le promenais debout. Et bien j’ai passer des journées entières à l’allaiter debout, à l’endormir au sein debout! Mes parents me prenait pour une folle! ‘Tu ne peux pas continuer comme ca » .
    Heureusement, mon mari me soutenait et me rassurait. Il me disait que c’était dû au rhume. Et ma mère, qui me disait ‘donne lui un biberon quand il est enrhumé! » mais non! je me suis pas laissée faire. Et si le petit a téter avec bcp de difficultés en pleurant pendant plusieurs jours, et que moi j’étais épuisée, ca c’est calmer ensuite. C’était bien dû au rhume.
    L’allaitement, c’est vraiment un bonheur simple et très précieux….

  12. Pingback: Mon baby blues à retardement… | Une Maman dans la Ville·

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