Une histoire chaotique


Tetée

Je voulais depuis longtemps raconter notre histoire. Pour à mon tour encourager des mères, comme il y a plusieurs mois les histoires de Seintes m’ont encouragée.

Après une grossesse rêvée, j’ai perdu les eaux un matin en sortant du lit. Presque 30h plus tard, Aymeric était parmi nous. Façon de parler, car il a fallu encore 9 très longs jours pour qu’il soit vraiment avec son papa et sa maman.
Après 24 heures sans contractions suite à la rupture de la poche, on commence la perfusion. Les contractions débutent mais lorsqu’elles commencent à se faire efficaces, bébé fait un épisode de tachycardie. On arrête la perfusion, puis on la reprend. Le col est bien mou mais ne s’ouvre pas plus qu’à 3 cms. Je me mobilise pourtant dans tous les sens, ballon, marche. Rien n’y fait. A nouveau un épisode de tachycardie qui se stoppe dès l’arrêt de la perfusion. Consultation du médecin, le dosage est augmenté pour un dernier essai. Le mot césarienne est prononcé. Je pleure, mon conjoint est consterné. Il sait combien je crains cette intervention suite à sa description par des amies. J’ai heureusement une super sage-femme et un personnel médical attentionné qui tente de me réconforter. L’opération me parait ultra-rapide : c’est un garçon !! On me l’amène brièvement, avant qu’il parte avec les pédiatres et son papa. Tout ceci est très vite raconté, mais aura quand même pris 12h entre la perfusion et la césarienne !
En salle de réveil, je suis droguée par l’épuisement et les médicaments. Il fait très chaud dehors et encore plus dans cette salle. Je n’arrive pas à enlever les couvertures. Mais je suis heureuse, mon fils est là, on m’a promis de me l’amener bientôt.
Coup de tonnerre, ma sage-femme arrive avec la nouvelle. J’ai fait une poussée de fièvre qui conjuguée à la durée entre la rupture de la poche des eaux et la sortie du bébé fait craindre une infection. Les pédiatres préfèrent le garder sont surveillance pour la nuit. Ma sage-femme se bat pour cependant m’emmener Aymeric un moment en salle de réveil, que je puisse le prendre contre moi. Il dort si paisiblement ce petit être que je découvre alors.
Le lendemain au réveil, on m’annonce que finalement ils ont préférés le mettre sous antibiotiques par prévention, le temps d’avoir le résultat des cultures. J’ai du mal à comprendre, mais les médecins nous disent que c’est le protocole. Les sages-femmes proposent de m’emmener en néo-nat pour le voir. Mon tout-petit ! Et pourtant si gros (3kg600) par rapport à ces crevettes de néo-nat !! Il sera la mascotte du service durant tout son séjour en faisant s’étonner chaque nouvelle infirmière.
Dès mon arrivée, on me propose de le mettre au sein. Il est réveillé et n’a pas mangé depuis son biberon de minuit. Je ne sais pas comment faire, quoi faire, comment le prendre au milieu de tous ces câbles, de toutes ces machines. Oui je voulais allaiter, enfin… essayer, mais comment faire ? En tant que scientifique, J’étais convaincu des bienfaits du lait maternel depuis longtemps, mais je m’étais peu renseignée sur les aspects pratiques. Les infirmières m’aident à nous mettre en place et magie : moi je ne savais pas, mais Aymeric a compris tout de suite ! Notre fils était (et est toujours) un téteur marathonien !
Suivent trois jours monotones entre la maternité et la néo-nat. Malgré les douleurs de la cicatrice, je passe des heures dans un fauteuil avec Aymeric au sein ou endormi. Il doit sortir le quatrième jour si les cultures sont négatives.
Vint le soir du troisième jour. Nous plaisantons avec son papa et l’infirmière. Aymeric a fini de téter et il prend son biberon de complément (protocole de néo-nat, nous n’avons pas eu le choix, avec les pesées et tout le reste…). Il s’endort et son papa le remet dans son berceau quand tout à coup les moniteurs se mettent à hurler. Sa fréquence cardiaque est à 230, arrivée instantanée des infirmières puis des médecins.
Ma mémoire a effacé le cours des événements, mais la première crise est passée après un petit choc vagal (juste un linge froid sur le visage) de la part d’un infirmier. D’autres crises ont eu lieu dans les jours suivants et le diagnostic est tombé : tachycardie supraventriculaire.
Il n’était évidemment plus question de sortie et les tétés et même visites sont devenues un supplice. La tachycardie se déclenchait souvent lors du hoquet après le sein et l’incertitude de savoir ce qui allait se passer à chaque fois combiné au monitoring et aux sonneries anxiogènes nous a rapidement perturbés. Le personnel médical a pourtant essayé de nous rassurer au maximum, et ce dès le premier soir. Il supportait très bien les accélérations (il dormait en général) et le cœur des bébés est, il semblerait conçu pour supporter cela et cela disparaissait le plus souvent en grandissant. Mes souvenirs de ces 5 jours s’entremêlent et je ne suis pas sûre de vouloir m’en rappeler…
Vint le soir du 8 ème jour, ou j’ai pu enfin récupérer Aymeric dans ma chambre. Il avait un traitement, nous devions revoir les cardiopédiatres et le faire monitorer régulièrement, mais il était enfin avec moi. Mais passer une première nuit avec un bébé de 8 jours n’est pas pareil que de le rencontrer directement après l’accouchement. Pour lui comme pour moi c’était la découverte. Nous avions arrêté les biberons de complément avec la bénédiction des pédiatres.
Vint le 9 ème jour et le retour à la maison qui fût dans la même ligne que la première nuit. Hormones, stress et fatigue conjugués à une non-confiance en moi ont entraîné 5semaines très difficiles. J’avais littéralement peur de rester seule avec mon fils. Peur qu’il pleure, peur de ne pas savoir… Les allers-retours entre l’hôpital et la maison le temps de trouver le bon dosage, ce médicament à donner trois fois par jour…. Et l’allaitement… Alors qu’il n’avait pas perdu de poids à la naissance (merci les compléments), Aymeric a commencé à perdre du poids en rentrant à la maison. Sans doute « réglé » par la néo-nat, il ne réclamait pas souvent (il n’a jamais tété plus que 7 fois par jour) mais tétait à chaque fois presque 45 minutes. Cela nous déstabilisait, mais il nous paraissait anormal de réveiller un bébé pour le nourrir ! Heureusement, j’ai eu une super sage-femme qui m’a rapidement prescrit un tire-lait avec pour consigne de tirer à la fin de chaque tétée et une heure après également. J’ai été vraiment bien soutenue par mon conjoint. Il me connaît suffisamment pour savoir qu’à chaque crise de doute, de larmes ; il lui suffisait de me signaler que j’avais le choix et que je pouvais arrêter et donner un biberon (et oui dans mon cas ce fut une aide et il le savait). Ma sœur, qui a emménagé chez nous et qui a géré l’intendance et mes névroses durant 15 jours.
Vint le 14 ème jour. J’avais les seins beaucoup plus tendu et il me semblait depuis deux jours que mon bébé pesait un peu plus sur mes bras. La pesée de la sage-femme confirma mes soupçons : Aymeric avait pris 100g. Victoire !
La suite ne fût pas évidente et resta parsemée de doute, mais un premier grand seuil était passé. J’avais réussi à faire grossir mon bébé de mon seul lait. Les tétées se sont succédé. Un petit pic au troisième mois ou fidèle à ses habitudes, Aymeric n’a pas réclamé plus, mais s’est mis à tété plus fort ! Moi qui n’avais jamais eu de crevasses ait eu des plaies au mamelons durant 15jours.
Vinrent les 5mois et la reprise du travail. Je n’avais jamais quitté mon tire-lait, donc autant continuer à tirer pour la crèche. Je m’étais fixé au moins 6mois et le début de la diversification comme limite. Nous avons commencé la diversification par quelques compotes que Monsieurr puisse grignoter quelque chose en m’attendant en cas de fringales.
Vinrent les 6 mois. Pourquoi s’arrêter alors que tout fonctionne ? Je tirais deux fois par jour dans le bureau d’une collègue qui possédait le même Medela Symphony et un bureau personnel. Autant continuer jusqu’à Noël. Il aura alors 8 mois et ce sera bien de pouvoir allaiter pendant les 15 jours de vacances.
Vinrent les 8 mois et la diversification très efficace. Aymeric adore manger et goûte tout. Je ne tire plus que une fois par jour mais mon croquignole de petit bonhomme adore téter lors de nos retrouvailles à la maison. Ma collègue de tirage étant partie (et son bureau par la même occasion), je décide de tirer à mon bureau sous un foulard. Ce qui signifie tirer en open-space, avec mon tire-lait à demeure sur mon bureau et sous le nez de mes collègues. Cela a fait sourire au départ puis est devenu complètement routinier et la plupart n’ont même pas remarqué la disparition de la machine lorsque j’ai arrêté les tirages.
Vint la date symbolique du premier anniversaire… Si on m’avait dit que nous irions jusque-là ! J’avais depuis longtemps choisi cette date pour rendre mon tire-lait. Pour faire une transition en douceur à la crèche, Aymeric aura droit à un petit biberon « dessert » de lait artificiel à la crèche le midi.
Depuis, Aymeric à 16mois. Monsieur ne prend en général le sein que le matin au réveil et le soir au retour de la crèche mais parfois plus les week-ends. Quand on parle d’allaitement « à l’amiable », le mot est parfaitement trouvé ! « Mama, tétée !!! » suivent souvent de « Oui, dans une minute je finis ce que je fais ». Et les « Tu veux téter ?» sont maintenant parfois suivis de « Nan » retentissants (pas tout le temps heureusement). Le moment le plus important est celui du retour de la crèche ou à peine le pas de la porte franchi, mon petit bonhomme réclame « tétée » en pleurs alors qu’il était tout sourire quelques minutes avant… Sans doute sa façon de décompenser après la journée. Il est aussi resté seul chez ses grands-parents quelques jours cet été et je suis partie seule en déplacement professionnel. Les retrouvailles ont à chaque fois demandés quelques jours de tétouille de remise à niveau, mais cela n’a pas eu l’air de lui poser problème.
Un final, comme toutes les belles histoires? Rien n’est fini ! Merci aux Seintes de leur histoire, j’espère que mon témoignage pourra aider comme les leurs m’ont soutenu.

OpenSpace

Mon lieu de tirage en open space : tout au fond, mon bureau.

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Une réponse à “Une histoire chaotique

  1. Votre histoire est très belle ; c’est fort comme, malgré les moments très difficiles du début, elle est surtout pleine d’espoir et de douceur. Exactement ce qu’il faut pour aider et rassurer une jeune mère dans des premières semaines tourmentées.
    Belle continuation !

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