Ma fille, ma téterelle et moi

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J’ai donné naissance à mon premier bébé, une belle petite fille, il y a 6 mois déjà. C’était un mardi.

L’accouchement a été long et difficile, autant pour bébé que pour moi, mais quel soulagement quand tout s’est enfin terminé. J’ai pu avoir ma fille immédiatement en peau à peau. Ce souvenir est juste parfait. Elle a pris le sein comme une championne et s’est endormie. J’étais rassurée. Je voulais allaiter. Il était hors de question que ça ne fonctionne pas. J’avais beaucoup lu, je m’étais informée et j’avais une marraine d’allaitement.

Le soir, tout à commencé à se compliquer. Ma fille ne tétait plus mais léchait le colostrum. Les infirmières m’ont aidé comme elles pouvaient mais insistaient sur l’importance qu’elle prenne le sein. Le lendemain, toujours pas mieux. Du coup, elle perdait du poids et son taux de bilirubine augmentait. Elle ne tétait pas, elle me mordait et léchait le colostrum. J’ai été blessée, j’ai eu les mamelons en sang.

Le jour de la sortie, soit moins de 48h après avoir accouché, bébé s’est retrouvée en pouponnière car elle perdait toujours beaucoup de poids, était très jaune, amorphe et refusait de s’alimenter. Les infirmières ont compris mon intérêt pour l’allaitement et ont accepté de lui donner mon colostrum à la seringue. On a pu finir par sortir de l’hôpital mais avec promesse de la ramener le lendemain pour la peser.

Le vendredi matin, c’est l’heure de la fameuse pesée. Encore du poids en moins et un taux de bilirubine élevé mais stable. Bébé ne prend pas mieux le sein. Je commence à m’inquiéter. La pression de ma maman et de mon mari se font sentir et les premières réflexions arrivent : « mais donne lui un biberon, tu vois bien qu’elle a faim ». Et moi de leur répondre que non, je ne lui donnerai pas de biberon, qu’elle a déjà du mal à téter et que si elle prend un biberon, c’est fini, elle ne tétera plus jamais.

Une chance que j’ai eu une montée de lait très tôt (48h après l’accouchement). L’hôpital nous a fourni des seringues et un tube pour alimenter ma fille. On force la petite à téter mon doigt auquel est accroché le tube et la seringue pleine de mon lait. Soulagement, elle mange ! Avec mon mari, on sait très bien que si à la pesée du samedi matin notre fille n’a pas repris du poids, ils vont nous la garder. C’est avec la boule au ventre qu’on se rend à l’hôpital. On a pu pousser un ouf de soulagement. Elle a repris 30 g… et son taux de bilirubine a baissé. On peut rentrer à la maison tranquille.

Maintenant, le combat pour la faire téter commence. Les tétées sont longues, entre 1 et 2h, douloureuses et remplies de crises. Je suis épuisée, je n’ai pas dormi depuis presque une semaine et j’ai les réflexions de ma mère et de mon mari sur la facilité des biberons… Là s’en est trop, je craque et je m’énerve. Ça a été magique ! Plus de réflexions de personne mais des encouragements, enfin ! Je trouve une conseillère en lactation, dans mon village, qui accepte de se déplacer un dimanche après midi. Une vraie bénédiction cette dame ! Elle me confirme ce que je soupçonnais. J’ai du muguet et bébé aussi. Ceci explique certaines des crises de bébé et mes douleurs. Traitement au violet de gentiane pour nous deux. Et surtout, elle m’a donné une téterelle. La résurrection.

D’une tétée de 1 à 2 h, on est passé à 20 minutes, très efficace. Elle m’a donné des trucs pour enlever la téterelle. Ma fille a déjà un caractère et refuse de téter sans la téterelle. Alors voilà, depuis 6 mois maintenant, on n’est jamais juste nous deux lors des tétées, il faut compter sur la téterelle. Je n’ai jamais réussi à m’en défaire, elle fait partie de notre histoire. Je vis au Québec où l’allaitement est très (et des fois trop) encouragé. J’ai eu le droit à une réflexion d’une infirmière, une seule fois, lors de ses vaccins à 2 mois et demi. Elle m’a dit « mais vous avez ENCORE (vraiment en majuscule dans le ton de sa voix…) une téterelle ? » et avant qu’elle rajoute quelque chose du genre : « c’est pas bien », je lui ai expliqué sur un ton tout aussi sec que c’était ça où je n’allaitais pas. Plus de réflexions par la suite. Mon mari a vu mon envie d’allaiter et m’encourage depuis, ma mère me demande presque tous les jours si j’allaite encore (euh, elle a juste 6 mois…) et ma grand-mère, 96 ans, est super fière de moi parce que j’allaite (elle se pavane devant tous ses amis à la maison de retraite en disant que j’allaite !). J’acceptais la situation.

Voilà qu’un beau samedi matin, il y a 15 jours, elle a elle-même enlevé la téterelle pour prendre le sein comme une championne. Je suis tellement heureuse de ce changement. Elle était prête et me l’a fait savoir. Enfin les tétées sont notre moment à toute les deux. Fini ce bout de silicone entre nous. J’ai eu plein de conseils pour la supprimer, l’enlever une fois que bébé prend bien le sein, l’enlever une fois que le réflexe d’éjection est passé, etc. Rien n’a fonctionné. Ma solution : accepter d’être 3 pendant les tétées et attendre que bébé soit prête à l’enlever. Je ne pensais pas que ça pourrais arriver un jour. Je m’étais faite à cette idée mais là, je suis la maman la plus heureuse qui soit !

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Par Marie.

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10 réponses à “Ma fille, ma téterelle et moi

  1. Bravo ! Bravo ! Bravo !
    Merci pour votre témoignage.
    La photo après la naissance est magnifique.
    Bonne continuation à deux.

  2. Que dire: beaucoup d’émotions ( et limite des larmes aux yeux ) et bravo à toutes les 2!
    Et la grand-mère de 96 ans a bien raison d’être fière et de le dire!

  3. J’ai la gorge serrée…
    J’ai utilisé la téterelle pour ma n°2 pendant tout mon allaitement (10 mois) et quelques mois pour n°3 (qui a préféré sans un jour sans que je m’y attende)… n°4 n’a jamais su téter efficacement… et a eu 2 jaunisses costauds… j’ai galéré (c’est le mot) tout de même pendant 4 mois à tirer mon lait, tenter la pipette, le verre, le dal… rien à faire (on ne saura jamais pourquoi… certainement un frein de lèvre)… bref, il vient d’avoir 12 mois et j’aurai toujours ce pincement au cœur…
    Quand je lis un si beau témoignage, j’ai les larmes aux yeux !!!!!!!! c’est si merveilleux l’allaitement !!!!
    Bravoooo !!!

  4. Ah l’allaitement n’est pas toujours simple à mettre en route contrairement aux légendes^^
    Il faut le temps d’apprendre à se connaitre et s’apprivoiser, chacun à son rythme, bravo pour votre perséverence, allaiter est parfoi un combat car tout le monde de comprend pas ce choix, je vous souhaite plein de moments et la magie qui va avec pour vous et votre pitchoune^^

  5. Ici aussi j’utilise la téterelle depuis 5 mois et demi, conseillée à la maternité car ma fille ne prenait pas assez de poids sans. J’ai aussi eu le droit aux remarques de son médecin : « ah mais faut arrêter cela, il doit y avoir le contact de la peau etc… » Oui bah sans bout de sein, c’était plus d’allaitement du tout alors… Du coup on fait avec et cela tient. Et surtout depuis quelques jours deux dents ont fait leur apparition et ma fille m’a aussi fait la surprise de se hâter à prendre le sein avant que je mette le silicone et de s’en sortir très bien comme cela.

  6. Quel beau témoignage de persévérance!!! magnifique!! J’aime tellement la photo… que de souvenirs….
    Aujourd’hui à 14 mois, ça fait 2 mois que les tétées sont terminées… j’ai parfois un peu de nostalgie…

  7. Bravo ! J’ai eu le même parcours, avec DAL et compagnie, la téterelle a sauvé notre allaitement, car sans elle il ne tétait pas du tout. Mais à cause d’elle il ne prenait pas assez de poids.. Et mes seins n’étaient pas assez stimulés, obligé de le tire-allaiter pendant 3 mois (complément au DAL pendant les tétées).
    Et a 3 mois, sur les conseils d’une docteur pro allaitement, j’ai retiré les téterelles. Il a chouiné, montré son mécontentement, pendant 48 heures ça a été difficile, je voyais qu’il en souffrait. Je l’ai accompagné en lui disant que j’étais sure qu’il y arriverait et que j’avais confiance en lui. Et enfin il a tété. Mon sein. Quelle sensation merveilleuse. Et aujourd’hui, à 19 mois, ces débuts difficiles sont oubliés !

  8. Merci pour ce témoignage. Moi aussi la téterelle c’est comme un élément extérieur dans notre relation d’allaitement dont j’aimerai me passer. 5 mois avec pour mon ainé qui a tété du jour au lendemain sans jusqu’à ses 17 mois. Et déjà 1 an pour mon deuxième et elle est toujours là. Elle a sauvée mes allaitements même si j’aimerais bien lui dire au revoir aujourd’hui.

  9. Comme ce témoignage me parle ! J’ai accouché il y a 9 mois d’un adorable petit garçon. Tout menu, mais tonique. Par contre, il n’a pas bien lu le mode d’emploi de la tétée avant de trouver la sortie, et bien que pleine de bonne volonté, je ne savais guère trop comment lui expliquer. Je remercie les sage-femmes qui m’ont donné rapidement une téterelle pour répondre à ses difficultés et soulager mes seins endoloris par les longues tétées hasardeuses, ont compris rapidement que j’avais du muguet (mais pas le petit, miracle de la téterelle ?) et m’ont soutenue très largement devant mon désir profond d’allaiter. Si nous avons dû malgré tout lui donner un complément quotidien au biberon, la présence de la téterelle lui a permis de faire la transition sans rejeter le sein. Au contraire ! Un jour, également il s’est agité, a fait sauter la téterelle et avant que je ne puisse la remettre… il tétait en direct. J’ai ressenti la même chose : il était prêt. Quel bonheur indescriptible. Depuis ses 4 mois environs, l’allaitement est un moment précieux. S’il se dirige avec douceur vers le sevrage, en raison de la diversification et de son désintérêt croissant pour le sein hormis le matin, c’est certainement parce que ce petit objet qui nous a accompagné pendant les premiers mois nous a simplifié l’allaitement en adoucissant les premiers temps hésitant. C’est un moment de partage, tous les moyens sont bons pour que l’enfant comme la mère profitent paisiblement de cet échange.
    Cela a été dur, épuisant, éreintant… si je n’avais été soutenue par mon entourage, j’aurais sans doute abandonné plus vite (en me laissant dans un profond étant de déprime).
    La téterelle, c’est temporaire normalement, oui, l’enfant stimule moins bien a priori le sein, mais cela peut sauver bien des allaitements et si le temps de l’utiliser se prolonge et que l’enfant comme la mère s’en portent bien… pourquoi s’obstiner à dire : « il faudrait bien l’enlever » ?

    Merci pour ce témoignage !

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