Le changement passera par chacune

Toi, moi et la tétée

Toi, moi et la tétée

Aujourd’hui encore, des femmes se sentent contraintes de se cacher pour allaiter. Isolées. Soumises à une tyrannie véritable ou supposée, diffuse, confuse.

Aujourd’hui en France, l’allaitement n’est pas pris au sérieux, ni soutenu en dehors des réseaux hyper spécialisés.

Au cours d’un allaitement, certaines ne connaîtront que le soutien affectueux, les regards souriants, la bienveillance. D’autres évolueront dans des milieux plus hostiles ou seront plus sensibles aux quelques remarques ou critiques, qui les mineront, leur feront perdre confiance.

Arrêtons d’attendre qu’on nous donne notre place de mère allaitante qui mérite le respect, prenons-la.

Arrêtons d’attendre des pouvoirs publics ou des autorités soi-disant compétentes un soutien affiché qui ne viendra pas (pour le moment au moins), soyons nous-mêmes les bases du soutien.

Ce n’est pas une grande cause théorique à défendre, une guerre prosélyte à mener ou une utopie plus ou moins belle qui fait rêver, c’est un choix de vie, un choix parental, un choix de santé que nous avons le droit de défendre.

Et plus qu’un choix dans la sphère personnelle, c’est un droit dans la sphère publique.

Chaque mère allaitante porte en elle ce droit, et d’une certaine façon la responsabilité de ses choix.

Choisir de se cacher, de se soumettre à la pression des ignorants au puritanisme mal placé ou choisir d’être fière de ce choix et de le vivre pleinement.

Se cacher, c’est l’opposé de se montrer. Mais quand on allaite partout, on ne se montre pas, il n’y a pas de spectacle, de « public » ou d’exhibition.

Céder à la pression, réelle ou imaginée, et aller se réfugier dans des toilettes, un coin sombre, sa voiture… c’est accepter que ce que vous faites mérite d’être caché.

Il ne s’agit pas d’accuser, ou de juger à notre tour de telles réactions, si tristes. A force d’harcèlement, l’innocent en vient à accepter d’être fautif. Face à tant de haine, je dois bien être coupable, sinon pourquoi ? Notre cerveau chercher une logique : je dois mériter cela, je dois sûrement faire quelque chose de honteux…

Non ! C’est aux oppresseurs d’évoluer. Et c’est peut-être aussi à vous de les y pousser.

Parce que vous méritez mieux. Parce que votre enfant mérite mieux.

Si vous vous cachez en pleine conscience, de votre plein gré, et sans aucune pression extérieure : alors vous êtes libre, vous ne vous cachez pas, vous vous isolez. Si c’est ainsi que votre histoire doit s’écrire et que vous le vivez bien, tant mieux. Mais c’est une situation rarissime.

Allaiter, ce n’est jamais s’exhiber. Allaiter, ce n’est pas se montrer en public. A force de vivre dans une atmosphère remplie de prétendus conflits biberon-sein et autres délires de culpabilité, nous en sommes venues à accepter, inconsciemment pour beaucoup, ce statut de soumises, d’invisibles, de je-ne-veux-surtout-pas-déranger.

Si vous cédez à ce jeu de cache-cache malsain face aux plus forts et majoritaires de l’espace public (les hommes, et femmes, sans enfants), alors vous leur prouvez qu’ils ont eu raison de vous juger, raison de vous donner honte de vous, de vos choix.

Arrêtons également d’accepter d’être les victimes, arrêtons d’utiliser des mots et expressions qui jouent le jeu de ceux qui se disent choqués de voir une mère allaiter.

Et pourquoi toujours dans les toilettes ? Ces tyrans ont réussi à faire entrer dans l’esprit de certaines que c’est un lieu finalement acceptable pour allaiter, tranquillement.

Parce qu’allaiter serait aussi impudique qu’uriner en pleine rue. Parce qu’un bout de décolleté à peine sorti serait aussi insupportable qu’un pénis brandi devant des enfants à la sortie de l’école.

L’allaitement maternel est un droit pour la mère et l’enfant, et quelque soit l’âge de l’enfant !

L’allaitement maternel est naturel, il doit être toléré et accepté comme tout choix de vie, c’est indispensable pour vivre ensemble, c’est essentiel pour nous épanouir en tant que parents.

Toléré, car chacun a le droit a ses opinions, aussi tristes soient-elles. Personne ne demande à ce qu’on nous tape sur l’épaule en nous félicitant : face à une mère qui nourrit son enfant, une indifférence respectueuse sera bien suffisante.

Ces quelques ignorants se permettent de vous juger, de vous rabaisser et de vous faire sentir honteuse de votre choix, de votre droit.

Imaginez qu’ils se permettent la même chose avec un couple gay qui se tient la main dans la rue ? Une jeune fille en mini-jupe dans le train ? Un couple mixte qui s’embrasse dans un parc ? Une femme voilée au supermarché ?

Ce serait odieux. L’idée même de cette intolérance, de cette ignorance vous donne la nausée.

Il en va de même avec votre allaitement. Cette pratique qui reste minoritaire – sur le moyen et long terme surtout, n’a pas sa place dans l’espace public.

Il faut dire qu’en France l’espace public n’est pas fait pour les familles, les parents, ou les enfants.

Il n’est pas conçu pour nous, mais nous pouvons le plier à nos choix de vie, car nous ne voulons que cela : vivre ensemble, dans le respect des droits et des choix de chacun. Nous n’avons à obtenir l’aval ou l’approbation de personne.

Une mère a le droit d’allaiter partout où sa présence et celle de son enfant sont autorisées. 

N’acceptez pas la soumission, n’acceptez pas le jugement, vivez pleinement votre allaitement.

Souvenez-vous toujours que vous n’êtes pas seule.

Tétée après tétée, nous changerons les mentalités, en espérant ainsi que nos filles et nos fils ne deviennent pas parents à leur tour dans une société aussi dénaturée.

Bel allaitement à toutes, partout.

– Marion

Illustration : Toi, moi et la tétée, aux Editions du Hêtre

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10 réponses à “Le changement passera par chacune

  1. En fait je ne me suis jamais posée la question, ma fille a faim, je sors le sein. On ne m’a jamais regardée de travers, on ne m’a jamais rien dit, j’ai allaité partout à n’importe quel moment. Il faut rendre l’allaitement naturel et le fait d’allaiter, aussi normal que de sortir un biberon.

  2. Oui!! L’allaitement est un acte normal mais malheureusement pas assez banal pour que tout le monde soit à l’aise avec…
    Il faut le banaliser et ça, ça passe par des tétées partout, d’enfants de tous âges…
    J’allaite mon minus de 12 mois et demi partout et je compte continuer!

  3. La plupart du temps, l’allaitement n’est ni un spectacle, ni une exhibition, mais ça peut l’être dans certains cas. J’ai déjà vu une femme allaiter son enfant d’une façon choquante. J’ai allaité mon enfant, et je n’ai jamais eu besoin pour autant de mettre entièrement ma poitrine à l’air pour ça !
    Donc, comme je le disais, j’ai allaité. Je le faisais discrètement non pas à cause du regard des autres, mais parce que je voulais partagé ces moments intimes au calme avec mon fiston. Pour moi, donner le sein, ce n’est pas seulement donner à manger !

  4. Avant que le premier commentaire désagréable n’arrive, je n’avais jamais imaginé que la tétée pouvait gêner. Depuis je suis totalement dans l’esprit de ton texte. Je me dis souvent que notre tétée peut être un petit peu une tétée militante 🙂 Je le fais encore maintenant que ma fille à 1 an, et je vous avoue que c’est pas toujours facile mais ça vaut le coup ! 🙂

  5. J’ai allaité mes trois enfants, entre 2 ans et 2 ans et demi chacun, même enceinte du suivant. J’ai allaité partout (dans un commissariat de police, à la messe, à la piscine municipale, dans la cour de l’école, au restau, dans le bus, le train…), sans jamais me poser aucune question en fait ! Je n’ai jamais eu aucune remarque, ni senti de regard désapprobateur, peut-être justement par que cela me paraissait complétement normale… Je l’ai toujours fait discrètement, sans revendication, mais de plein droit donc sans aucune gène : mes enfants réclamaient, si j’étais d’accord (oui parce que des fois, avec les bambins on n’a pas envie, pas par gène, juste par manque de disponibilité… et c’est important de savoir leur dire aussi, je trouve : Un allaitement, c’est aussi une relation), ils tétaient comme bon leur semblait… Quand je vois mes filles 5 et 3 ans, allaiter leur poupées en discutant comme si de rien n’était… sans aucune remarque de leur frère de 7 ans je me dis que c’est bien parti. Par contre, quand je vois des jeunes mamans, qui donnent des biberons à de tout petits bébés (nouveaux-nés), je suis mal à l’aise et je pense que ça se sent… et je m’en veux, parce que j’aimerai porter sur chaque mère le regard bienveillant qu’elle mérite quelque soit ses choix ou son histoire !!! Je suis sûre qu’on a toutes à y gagner…

  6. Malheureusement en France il n’y a pas de salle d’allaitement prévue aux lieux publics pour que les mamans puissent allait et tranquillement , dans le centre commercial, centre ville ,hôpital, aire de repos d’autoroutes etc. Dommage !

  7. J’allaite souvent dans ma voiture (jamais aux toilettes!!!) mais c’est plus pour une question de confort. Je n’ai jamais ressenti le besoin de me cacher mais d’être bien installée si 😉
    C’est aussi un endroit calme, sans bruit, propre où on profite d’une petite tétée en tête à tête. Mais peut être que si le soleil revient on en profitera pour s’installer sur un banc….merci pour cet article intéressant!

  8. Pingback: La semaine mondiale de l’allaitement avec Maman Natur’elle | Je suis une Seinte·

  9. Toujours les mots justes ! Merci de remettre les pendules a l’heure ! Bonnes tétés à toutes !!

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