Donner l’exemple

Ce blog est entré en hibernation depuis quelques mois, années. Il est né en 2011 comme une révolution du coeur, un sursaut de l’esprit, un refus de la désinformation aussi virtuelle que réelle, un combat contre les idées reçues et les préjugés.

J’allaitais alors mon premier fils d’à peine un an. Jamais, avant qu’il naisse, en juillet 2010, je ne m’étais posé la question de la durée de mon allaitement – je prévoyais d’allaiter, oui, mais combien de temps ? Je n’avais même pas pensé qu’il faille réfléchir à une date, une péremption, un passage à autre chose.

Comme souvent quand on est parent, et comme nous le savons toutes, la variable « plongeon dans l’inconnu » est largement présente à chaque nouvelle étape, et c’est un peu au jour le jour qu’on fait ses choix, qu’on avance, qu’on tâtonne.

Ce n’est que lorsque mon fils avait 6 mois que je me suis demandée si le « lait de suite » était vraiment la bonne suite pour nous. (réponse : non)

Ce n’est que lorsque mon fils a eu 1 an et m’a fait une grève de la tétée que j’ai simplement su que ça pouvait exister.

Ce n’est que lorsque j’ai dû faire face aux remarques et jugements plus ou moins acerbes et malvenus de proches ou professionnels que j’ai vu à quel point l’allaitement accompli était un sujet sensible, qui faisait remonter du coeur et des tripes de chacun des histoires, vécus, directs ou indirects, qui rendaient les débats passionnés, clivants, parfois violents.

Ce n’est que lorsque j’ai vécu un sevrage naturel avec mon fils que j’ai su que notre relation n’allait pas mourir mais juste vivre et s’épanouir autrement.

Ce n’est que lorsque j’ai eu mon deuxième fils que j’ai compris que chaque allaitement était unique, comme chaque grossesse, chaque naissance, chaque enfant.

Et à la fin de ce cycle, je me suis  rendue compte que tout n’était qu’un éternel recommencement aussi. Les remarques, si elles n’ont plus d’effets, ne me font plus douter, sont elles toujours là – « esclave », « contraintes », « trop fusionnel »… dépliez la brochure et piochez donc ce que vous voulez.

Comme si nos choix étaient disponibles et ouverts à commentaires et suggestions.

J’ai arrêté de parler allaitement, je vous le confiais il y a quelques mois.

Grâce à ce blog, j’ai répondu aux questions de plus de 1500 mères et pères.

Ce chiffre est étrange – il ne veut pas dire grand chose. Comment se rendre compte ?

J’ai arrêté de parler allaitement et je pensais laisser ce blog vivre sa vie, riche des vos témoignages et de toutes ces archives encore consultées tous les jours par une nouvelle génération de parents qui vivent ce que nous avons, un jour, traversé, et qui trouvent ici des réponses à leurs nouvelles questions qui ne sont pour nous que des souvenirs.

J’ai arrêté de parler allaitement et je ne pensais plus être utile aux autres – la fatigue, l’usure de la répétition, l’impression d’être si inaudible face à des monstres du marketing.

J’ai arrêté de parler allaitement avec un arrière-goût amer et triste en bouche. 

Et je suis devenue tata.

Ce n’est pas la première fois, mais c’est le premier enfant de ma petite soeur. C’est particulier, pour moi.

Un petit garçon né un peu trop tôt, qui dort beaucoup (trop), qui se fatigue vite, un poids qui descend, remonte trop lentement, des professionnels alarmistes, tous ces signes qui auraient pu mener si vite à un boite de lait artificiel.

Vous connaissez cette escalade.

J’ai attendu, je ne voulais pas m’immiscer, gêner, risquer de forcer ou d’ennuyer. Le coeur ouvert, la main tendue, discrètement.

Et puis ma soeur m’a appelé, une fois, deux fois, plein de fois – nous habitons loin l’une de l’autre, quelle frustration. Des questions, des réponses, des conseils, des idées proposées.

Pour stimuler la lactation, pour trouver un rythme de tétées de croisière, pour aider ce tout petit à s’alimenter, pour comprendre ses signaux…

Je l’ai enfin rencontré – il est beau, il est petit, il est parfait. Sa mère m’a impressionnée – pleine de volonté et de persévérance, un DAL autour du cou, un tire-lait à portée, un bout de sein en passe de disparaitre au fil des tétées.

Un bébé qui grossit bien, grandit bien. Des parents confiants, des sourires – plein de sourires.

Je leur ai dit ma fierté pour leur détermination et leur parcours.

Et j’ai entendu leur réponse : « Honnêtement, si tu n’avais pas été là pour me soutenir et me conseiller comme il faut et quand il faut, j’aurais sûrement cédé et fait ce que les professionnels me disaient. Il a de la chance d’avoir une marraine et une tante comme toi ce petit bout ! »

Alors j’ai oublié les 1500 parents virtuels. J’ai oublié les creux et les hésitations. J’ai oublié les remarques acerbes et la solitude.

Parce que ce chemin, ce si long chemin que j’ai entamé en juillet 2010, ces plus de 6 ans d’allaitement cumulés, ces heures à lire, me documenter, me passionner pour une fonction physique et affective fondatrice de notre espèce, tous vos  témoignages lus, relus, corrigés, vos questions, vos reproches aussi, parfois, les insultes, même, malheureusement, tout ce chemin que je n’aurais jamais imaginé il y a quelques années, a pris un nouveau sens pour moi : j’ai donné l’exemple sans un bruit, sans le dire, et j’ai pu transmettre ma force et mon maigre savoir au bon moment, à l’une des personnes qui comptent le plus pour moi.

Je voulais partager ce sentiment de joie avec vous. Car c’est grâce à vous aussi que tout cela a été possible – seul on va plus vite, mais ensemble on va tellement plus loin.

Allaitez, vivez, maternez, transmettez. 

 

« Donner l’exemple n’est pas le principal moyen d’influencer les autres, c’est le seul moyen« 

Albert Einstein

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13 réponses à “Donner l’exemple

  1. Qu’il est beau ce tout nouvel article ❤ félicitations à vous, j'imagine parfaitement votre bonheur, votre fierté. Je suis la seule de mon entourage à allaiter aussi "longtemps" (chacun sa définition de la notion) et j'aurai aimé pouvoir motiver inconsciemment d'autres parents à en faire de même, malheureusement ce n'est pas le cas. Malgré cela, les autres enfants me voient, et parfois m'imitent avec les poupées… Je me console en me disant que c'est aussi, et surtout, à eux -la génération suivante- qu'il faut enseigner, montrer, guider.
    Merci pour votre retour, aussi bref fut il ❤

  2. Quel beau témoignage! Tellement vrai ce chemin d’allaitement… Tout est dit. Je m’y retrouve à ceci près que je ne suis pas tata du côté de mon unique soeur. Mais je n’hésite pas à partager mon petit savoir sur l’allaitement quand quelqu’un en a besoin. C’est en parlant et en écoutant les bonnes personnes que les solutions et les encouragements viennent à ceux qui en ont besoin, comme ce fut mon cas il y a 2 ans. Ne vous taisez pas, vous risqueriez de ne pas aider une maman allaitante qui en a besoin. Bonne continuation et merci énormément pour votre blog si encourageant !

  3. c’est beau, c’est vrai, c’est fort. c’est doux.
    Merci à toi d’avoir été là un jour (juste quelques paroles échangées qui m’avaient à l’époque remotivée) et oui, transmettons nos petits bouts de savoirs pour nos petits qui ne demandent que la belle vie 🙂

    et félicitations, sincères félicitations, à ta petite soeur devenue mère.

  4. Que tes mots sont doux et beaux. J’ai été l’une des 1500, militante aussi au début, puis simplement disponible. J’ai transmis et j’en suis heureuse. Alors Merci à toi Marion d’avoir su nous écouter et nous parler, nous renseigner et nous rassurer 💛

  5. Merci de donner l’exemple et d’avoir été une tata pour tous ces enfants.
    Je ne parle plus allaitement mais j’allaite et quand on me demande conseil, je réponds.
    Ma soeur aussi vit loin et elle m’a souvent appelée pour avoir des conseils.
    Bravo à ce petit bébé et à sa maman.

  6. Oh Marion ! Te lire me mets la larme à l’œil ! Je pensais justement à toi cette semaine (c’est dingue !) en me disant que nos flammes pour l’allaitement diminuent un peu avec le temps sans s’éteindre vraiment… Ma dernière est loin d’être sevrée malgré ses 3 ans et 1/2 mais je suis moins combattante, moins présente. Et pourtant pour moi aussi il y a des petites graines semées qui donne de belles plantes totalement inattendues… j’ai été heureuse de croisé ton chemin et le serais encore aussi rares que se feront les occasions… Belle vie à toi, de maman, de tata, de marraine… Bises

  7. 3 ans que je n’allaite plus après 2ans et demi de « lait de maman » uniquement, et pourtant cet article m’a touché au plus profond de mes tripes de maman!!! Merci d’avoir été là, d’avoir pris le temps d’alimenter ce blog comme un 3e bébé car il m’a aidé, informé, rassurée et confortée. J’imagine votre fierté devant la 1501ème!!! Bravo et merci 😊❤❤

  8. Quel beau témoignage ! Et qui résonne avec ce que j’ai vécu. C’est difficile d’informer sans s’immiscer, d’être présent sans s’imposer… Mais parfois on est là au bon moment et c’est fabuleux ! 🙂

  9. Bientôt 18 mois d’allaitement avec mon fils! Et je redoute ce fameux sevrage!
    Je m’étais dit que lorsquil marcherait j’arrêterai mais je ne suis pas prête. Enfin l’est-on vraiment?
    J’ai quelques amies qui mont pose des questions pour leur allaitement et j’étais touchée qu’elle me demande et fière de pouvoir partager mon expérience.
    Merci pour ce joli article! 😊

  10. Je suis une maman de février 2017 d’un petit garçon que je continue à allaiter avec joie, plaisir et fierté ! Notre rythme semble idéal et je n’ai même pas à me plaindre de téter nocturne !
    Voilà la diversification qui arrive à grand pas alors que bébé a calé trois de ses quatre tetees au moment des siestes (qu’il fait rarement)
    A l’approche de ce grand changement je me sens comme aux premiers jours de l’allaitement : perdue ! Aujourd’hui, j’ai essayé de le câliner plutôt que m’endormir au sein pour la sieste. Il dort, je culpabilise alors qu’il s’est endormit en tétant mes vêtements. J’ai envie de pleurer, suis je une mauvaise maman qui enlève ce réconfort à mon bébé ?
    Je tombe sur ton blog alors que j’ai envie de me rassurer ! Ce texte est si beau ! Grande sœur, grande cousine, j’aimerai tellement encouragée mes cadettes le jour venu comme ma cousine m’a aidé par des tonnes de sms à la maternité ! Ta sœur peut être heureuse de t’avoir !

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